(Washington) Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a assuré vendredi que Pékin était prêt à coopérer avec le président élu des États-Unis Joe Biden sur plusieurs priorités, mais a mis en garde Washington contre un « maccarthysme » anti-Chine.

Agence France-Presse

Après des mois de confrontation directe avec le gouvernement du président sortant Donald Trump, il a dit espérer un retour au dialogue et à un climat de « confiance mutuelle » entre les deux premières puissances économiques mondiales après l’alternance du 20 janvier.

« Il est important que la politique américaine à l’égard de la Chine renoue dès que possible avec l’objectivité et la raison », a dit Wang Yi dans une intervention virtuelle devant l’Asia Society, un cercle de réflexion de New York.

Il a assuré que la Chine estimait qu’il y avait une « possibilité de coopération » sur plusieurs priorités de la future administration Biden : la lutte contre la pandémie, la crise économique et le changement climatique.

« Nous espérons pouvoir élargir la coopération, et gérer nos divergences par le dialogue », a-t-il insisté.

L’administration Trump a décrété ces derniers mois l’échec de décennies de dialogue avec Pékin, et s’est engagée dans un bras de fer tous azimuts.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, un faucon en première ligne dans cette confrontation aux allures de nouvelle guerre froide, a mis fin à des programmes culturels d’échanges financés par la Chine et a drastiquement durci les règles pour l’attribution de visas aux Chinois.

Avec des accents de plus en plus idéologiques dans ses accusations contre le Parti communiste chinois, il a évoqué un combat entre « liberté » et « tyrannie » et a appelé les universités américaines à se méfier des étudiants chinois.

Universités sanctionnées

« Les activités néfastes du Parti communiste chinois en Chine et à l’étranger nuisent aux intérêts américains et sapent la souveraineté de nos alliés », a encore dénoncé vendredi Mike Pompeo dans un communiqué.

Le ministère américain du Commerce a ainsi inscrit 59 nouvelles entités chinoises sur sa liste noire, dont l’Université de Tianjin et l’Institut de technologie de Pékin. Toute exportation de technologies américaines vers ces entités devra faire l’objet d’une autorisation spéciale.

Les motifs de ces nouvelles sanctions résument bien l’étendue des griefs de Washington : violation des droits humains et « surveillance de masse », « vol de secrets industriels de sociétés américaines » et détournement des exportations américaines à des fins militaires, campagne d’intimidation en mer de Chine méridionale…

Toujours vendredi, le secrétaire d’État américain a marqué le premier anniversaire de l’apparition officielle du coronavirus en Chine en réclamant une fois de plus « de la transparence à Pékin sur l’origine et la propagation de la pandémie ». L’administration Trump accuse les autorités chinoises d’avoir caché sa gravité et d’être donc responsables de sa propagation au reste de la planète.

« Nous assistons à un maccarthysme qui ressurgit et met en danger les échanges internationaux normaux », a déploré Wang Yi avant les nouvelles accusations américaines, en référence à la chasse aux sorcières contre les communistes menée aux États-Unis par le sénateur républicain Joe McCarthy après la Seconde Guerre mondiale.

Le ministre chinois a accusé des responsables américains, sans les nommer, de pratiquer « une présomption de culpabilité irresponsable » à l’égard de la Chine. « Ils ignorent nos nombreux intérêts communs et la marge de coopération entre nos deux pays, insistant sur le fait que la Chine est une menace majeure », a-t-il regretté.

Joe Biden a promis d’être ferme vis-à-vis de Pékin, épousant une hostilité grandissante dans la classe politique américaine, mais aussi de rechercher une certaine coopération face aux défis planétaires.