(Tsunagi, Japon) Le Japon va doubler les effectifs des secours mobilisés pour rechercher des survivants des inondations et glissements de terrains meurtriers qui ont fait au moins 52 morts après des précipitations intenses, a annoncé le premier ministre Shinzo Abe mardi.

Charly TRIBALLEAU
Agence France-Presse

Au moins 52 morts ont été signalés par les autorités locales, mais ce bilan devrait encore augmenter, une dizaine de personnes étant toujours portées disparues.

Des pluies intenses devaient persister dans les prochains jours, a prévenu l’Agence météorologique japonaise, qui maintenait mardi son deuxième plus important niveau d’alerte pour une majeure partie de l’ouest et du centre du pays.

« Même une petite quantité de pluie peut provoquer un désastre. Je voudrais que les gens soient en alerte maximale concernant les glissements de terrain et les inondations », a souligné le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga.

« C’est une course contre la montre », a résumé Yutaro Hamasaki, un responsable de la région de Kumamoto, la plus durement frappée par les inondations dès samedi matin dans l’île de Kyushu, interrogé par l’AFP. « Nous devons vraiment accélérer la cadence car le temps presse. Nous n’abandonnerons pas ».

Le premier ministre Shinzo Abe a annoncé le doublement des effectifs de secours mobilisés (policiers, pompiers, gardes-côtes et membres des Forces japonaises d’autodéfense), passés à 80 000.

PHOTO KYODO, REUTERS

Des résidants sont secourus à Omuta, dans la préfecture de Fukuoka, au sud du Japon.

Chaussures flottantes

Des cours d’eau en furie ont balayé des ponts et rendu des routes impraticables à Kyushu, forçant les secouristes à intervenir à bord de canots ou par hélicoptère.

À Omuta (nord-ouest de Kyushu), des dizaines d’enfants ont passé la nuit à l’étage de leur école primaire, après l’inondation du rez-de-chaussée. Ils ont été secourus mardi matin.

« Les armoires à chaussures ont été emportées (par les eaux) et des chaussures flottaient », a témoigné une fillette de 11 ans interrogée par un journal local. « Des enfants pleuraient parce qu’ils s’inquiétaient de ne pas pouvoir rentrer à la maison et les fortes pluies leur faisaient peur ».

Kentaro Oishi, qui propose habituellement des excursions de rafting aux touristes à Hitoyoshi, a expliqué à l’AFP avoir été appelé en renfort pour aider des habitants bloqués par les eaux. « Je fais du rafting depuis 20 ans, mais je n’aurais jamais imaginé naviguer dans les rues de la ville », a-t-il dit.

Parmi les personnes décédées figurent 14 résidents d’une maison de retraite n’ayant pu être évacués alors que les eaux envahissaient le bâtiment.

« Tout le rez-de chaussée était inondé, nous n’avons pas pu y accéder. Certains (des résidents) avaient réussi à se réfugier au premier étage. Je n’avais jamais rien vu de tel », a témoigné un secouriste à la télévision publique NHK.

PHOTO KYODO, REUTERS

Des policiers effectuent des recherches pour trouver des survivants à Tsunagi, dans la préfecture de Kumamoto

Cloisons en carton

Les évacuations étaient encore compliquées par la crainte du coronavirus, même si le Japon a été relativement épargné jusqu’à présent par la pandémie, avec moins de 1000 décès pour près de 20 000 cas au total.

La nécessité d’observer une distance physique a ainsi diminué la capacité d’accueil des centres d’hébergement d’urgence, alors que les recommandations d’évacuation concernaient plus de 1,2 million d’habitants à Kyushu, selon la NHK.

Dans la ville de Yatsushiro, les autorités ont transformé en refuse un gymnase, où les familles étaient séparées par des cloisons en carton pour prévenir la propagation du virus, a constaté un photographe de l’AFP.

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, AFP

Selon des médias locaux, certains habitants ont préféré dormir dans leur voiture, par crainte d’être infectés dans un refuge.

Pour la vie économique locale déjà durement éprouvée par l’effondrement du tourisme à cause de la pandémie, cette catastrophe naturelle tombe au pire moment.

« Ce magnifique endroit a été bouleversé du jour au lendemain », a déclaré à l’AFP Yuji Hashimoto, responsable de l’office du tourisme de Yatsushiro, ville réputée pour ses onsen.

« Les dégâts dépassent l’entendement […]. C’est une double peine, alors que notre ville souffrait déjà de l’impact du coronavirus », a-t-il déploré.

La saison des pluies bat actuellement son plein dans l’archipel nippon, une période à hauts risques en matière d’inondations, coulées de boue et glissements de terrain.  

Le changement climatique joue également un rôle car une atmosphère plus chaude retient davantage d’eau, accroissant le risque et l’intensité de précipitations extrêmes.