(Chengdu) Pékin, Tokyo et Séoul ont appelé mardi la Corée du Nord à s’abstenir de « provocations », dans un contexte tendu autour du programme nucléaire nord-coréen, au cours d’un sommet tripartite en Chine ayant aussi été marqué par un timide réchauffement dans les relations entre le Japon et la Corée du Sud.

Jing Xuan TENG à Chengdu avec Sébastien RICCI à Pékin
Agence France-Presse

« Nous avons réaffirmé que la dénucléarisation de la péninsule (coréenne) et la paix durable en Asie de l’Est étaient l’objectif commun des trois pays », a déclaré le premier ministre chinois, Li Keqian, à l’issue de ce sommet organisé à Chengdu (sud-ouest).

La Corée du Nord « doit s’abstenir de provocations » a souligné son homologue japonais Shinzo Abe, précisant qu’il s’agissait d’un « message commun » de Pékin, Tokyo et Séoul.

Pyongyang a récemment procédé à une série d’essais sur sa base de tir de fusées de Sohae, après une succession de tirs de projectiles les semaines précédentes en dépit de plusieurs résolutions de l’ONU.

Le régime de Kim Jong-un a fait ces dernières semaines une série de déclarations véhémentes et adressé à Washington un ultimatum pour la fin de l’année. Faute de progrès dans leurs discussions, Pyongyang a promis un « cadeau de Noël ».

« Peut-être que ce sera un cadeau gentil, peut-être un cadeau où il m’envoie un beau vase, plutôt qu’un essai de missile », a plaisanté depuis la Floride le président des États-Unis Donald Trump, qui a refusé de spéculer sur ce que serait la réponse américaine à un tir de missile balistique à longue portée – qui serait le premier depuis 2017.

Après un rapprochement en 2018, les négociations sur le programme nucléaire nord-coréen sont dans l’impasse depuis l’échec du sommet d’Hanoï en février entre MM. Kim et Trump.

Le Japon, allié des États-Unis, est en première ligne, constituant une des cibles favorites des essais de missiles du régime de Pyongyang, dont les engins tendent à s’abîmer en mer du Japon, voire à survoler cet archipel.

L’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a qualifié mardi le Japon de « nain politique » et estimé que ses tirs de missiles ne constituaient « aucune menace ».

Timide réchauffement

Le sommet de Chengdu aura également permis un début de rapprochement entre le Japon et la Corée du Sud, avec, pour la première fois en quinze mois, une rencontre entre Shinzo Abe et le président sud-coréen Moon Jae-in.

Au cours d’une conférence de presse à l’issue de la rencontre, le premier ministre japonais a exhorté Séoul à faire le nécessaire pour que le Japon et la Corée du Sud « retrouvent des relations solides ». Il a cependant insisté sur « la responsabilité » de Séoul dans le règlement des différends entre les deux pays.

Côté sud-coréen, le président Moon a fait part à son interlocuteur japonais de l’importance d’avoir des « conversations franches » pour régler les différends entre leurs pays, a rapporté la presse sud-coréenne. Il a également estimé que la Corée du Sud et le Japon étaient « les plus proches voisins, géographiquement, culturellement et historiquement », selon la présidence.

Les deux hommes, M. Abe en costume bleu marine et M. Moon souriant et vêtu de gris, s’étaient serré la main pendant l’entretien, intervenu en marge du sommet.

Les relations entre Tokyo et Séoul sont plombées depuis des décennies par des contentieux historiques hérités de l’époque où la péninsule coréenne était une colonie japonaise (1910-1945).  

Mais la brouille s’est nettement aggravée il y a un an lorsque des tribunaux sud-coréens ont exigé d’entreprises nippones qu’elles dédommagent des Sud-Coréens forcés de travailler dans leurs usines pendant l’occupation japonaise.

Tokyo avait décidé cet été de rayer la Corée du Sud d’une liste d’États considérés comme des partenaires commerciaux privilégiés, une mesure à laquelle Séoul avait aussitôt répliqué par une radiation similaire du Japon.

« En tant que grande puissance régionale, la Chine espère montrer au monde qu’avec sa force diplomatique elle peut réunir autour d’une même table les dirigeants japonais et sud-coréens », explique à l’AFP Haruko Satoh, une spécialiste de la politique chinoise à l’université d’Osaka, au Japon.

Loin de mettre fin à la totalité des différends entre Tokyo et Séoul, ce geste devrait néanmoins rassurer Washington, inquiet des dissensions entre ces deux alliés clés pour la sécurité en Asie orientale.