Après la NBA, c’est au tour de la plus importante ligue de soccer professionnelle anglaise de s’attirer les foudres du gouvernement chinois, qui s’indigne des critiques formulées à son encontre par un joueur vedette.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Mesut Özil, de l’équipe d’Arsenal, a publié vendredi un message sur les réseaux sociaux dénonçant la campagne de répression en cours dans la région autonome du Xinjiang contre les Ouïghours.

Le joueur allemand d’origine turque a déploré notamment le fait que des mosquées utilisées par cette minorité musulmane ont été fermées et que « des religieux ont été tués », pressant au passage les musulmans de la planète à rompre le silence à ce sujet.

Nombre de chercheurs et de journalistes ont dénoncé au cours des dernières années l’approche musclée de Pékin, qui est accusé de détenir arbitrairement plus de 1 million de Ouïghours dans un vaste réseau carcéral pour les soumettre à un processus de rééducation forcée.

PHOTO GREG BAKER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Au cours des dernières années, Pékin a été accusé de détenir arbitrairement plus de 1 million de Ouïghours dans un vaste réseau carcéral pour les soumettre à un processus de rééducation forcée. Sur la photo, un centre de la région de Kachgar, dans l’ouest de la Chine, considéré comme un centre de rééducation.

Le Parti communiste chinois maintient qu’il s’agit de centres de formation fréquentés sur une base volontaire et continue d’attaquer les critiques qui le contredisent à ce sujet, ce qui n’a pas tardé à se répéter dans le cas de Mesut Özil.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a déclaré que le joueur de soccer avait été trompé par de « fausses informations » et qu’il devrait se rendre au Xinjiang pour « s’y promener et constater la situation ».

Il a assuré, selon l’agence Xinhua, que la Chine « protégeait la liberté religieuse de tous les Chinois, y compris les Ouïghours » et avait réussi avec son approche à empêcher tout attentat terroriste depuis trois ans dans la région.

La télévision d’État a parallèlement annulé la diffusion dimanche d’un match entre Arsenal et Manchester City.

Manque de solidarité

Plusieurs sites chinois consacrés aux sports ont critiqué en ligne Mesut Özil, arguant que le fait d’être un joueur vedette « ne lui donnait pas le droit de commenter des enjeux de sécurité nationale ».

Les dirigeants d’Arsenal ont rapidement pris leurs distances de leur vedette en relevant dans un communiqué que ses messages sur les réseaux sociaux reflétaient son opinion personnelle et que l’équipe elle-même était « apolitique ».

Arsène Wenger, ancien entraîneur d’Arsenal qui occupe aujourd’hui des fonctions importantes au sein de la Fédération internationale de football association (FIFA), a relevé mercredi que le joueur « utilisait sa notoriété pour exprimer ses opinions, qui ne sont pas nécessairement partagées par tout le monde ».

« Ce qu’il dit relève de lui et non d’Arsenal », a ajouté M. Wenger dans une entrevue à la BBC.

Le manque de solidarité de l’équipe n’a pas échappé aux militants ouïghours, qui décrivent le joueur comme un « champion des droits de la personne ».

Louise Greve, porte-parole de Uyghur Human Rights Project, a indiqué mercredi que Mesut Özil se comportait de façon exemplaire face aux « atrocités » commises par le gouvernement chinois et que les autres vedettes de sport, comme les chefs de gouvernement, devraient lui emboîter le pas.

Qui sera le prochain à prendre la parole pour donner espoir aux Ouïghours qu’ils ne sont pas abandonnés ?

Louise Greve, porte-parole de Uyghur Human Rights Project

Mesut Özil ne fait pas l’unanimité comme défenseur des droits de la personne, puisqu’il a été critiqué récemment en raison de ses liens amicaux avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui a lancé une vaste campagne de répression dans son propre pays en 2016 après un coup d’État avorté.

Et maintenant ?

Chip Pitts, spécialiste d’éthique d’entreprise, pense que le joueur a fait preuve d’un courage considérable en s’en prenant à la Chine relativement à la situation dans le Xinjiang.

Son équipe, dit-il, adopte une approche beaucoup plus problématique en refusant de l’appuyer dans sa sortie.

« Les dirigeants d’Arsenal ont la responsabilité de faire ce qu’ils peuvent pour influencer positivement la situation là-bas en matière de droits de la personne plutôt que de se montrer complices par leur silence », relève le spécialiste.

Il est compréhensible, selon lui, que l’équipe craigne de perdre des occasions d’affaires et de voir sa marque de commerce affectée. « Mais quand on prend une position comme ça, la vérité tend à nous revenir au visage », prévient-il.

La polémique rappelle celle survenue il y a quelques mois après que le directeur d’une équipe de la NBA eut donné son appui aux manifestants de Hong Kong. La Chine avait décrié l’intervention et réclamé, en vain, des sanctions alors que la télévision d’État suspendait la diffusion de matchs d’avant-saison dans le pays.