(Hong Kong) La police a tiré gaz lacrymogène et gaz poivre dimanche à Hong Kong où des dizaines de milliers de manifestants prodémocratie sont retournés dans les rues une semaine après leur victoire dans les urnes.

Jerome TAYLOR
Agence France-Presse

Les militants prodémocratie renouent ainsi, après une brève trêve, avec les manifestations massives qui mobilisent depuis six mois les habitants de l’ex-colonie britannique, inquiets d’une mainmise croissante de la Chine érodant leurs droits et libertés.

Cette journée de mobilisation avait valeur de test pour les autorités et les manifestants, après des élections locales marquées par une écrasante victoire du camp prodémocratie auquel Pékin et l’exécutif local refusent toute nouvelle concession.  

Mais elle a vu aussi le retour de confrontations violentes entre certains manifestants et des policiers, qui ont tiré des gaz lacrymogènes sur la foule comprenant y compris des enfants.

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Les Hongkongais qui prenaient part à l’un des trois rassemblements autorisés dimanche par les autorités étaient déterminés à mettre la pression sur les autorités hongkongaises pour qu’elles accèdent à leurs demandes.

« Le gouvernement ne nous entend toujours pas, donc les manifestations vont continuer, elles ne s’arrêteront pas », a déclaré un étudiant de 20 ans, acceptant seulement de donner son prénom, Chen.  

« Il est difficile de prédire ce qui va se passer. Mais les gens sont toujours très en colère et veulent du changement », a-t-il déclaré à l’AFP lors d’une manifestation dans le quartier commerçant de Tsim Sha Tsui, au sud de la péninsule.

Le rassemblement avait commencé dans le calme, les habitants arrivant par traversier et train.  

Une petite fille a entonné des slogans réitérant les revendications du mouvement, notamment la mise en place d’un véritable suffrage universel pour choisir les gouvernants de Hong Kong, rétrocédé par la Grande-Bretagne à la Chine en 1997.

Une partie du cortège a été arrêtée par un cordon de police. Les forces de l’ordre ont demandé aux manifestants de ne pas avancer, affirmant qu’ils s’écartaient de l’itinéraire autorisé.  

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La police a pulvérisé du gaz poivre, puis tiré des gaz lacrymogènes en divers endroits.  

« Ce n’est pas fini »

Dimanche matin, des enfants et des personnes âgées avaient participé à une manifestation pacifique qui s’est déroulée sans incident.

Dans l’après-midi, un rassemblement de moindre envergure s’est déroulé devant le consulat américain afin de remercier Washington pour son soutien au mouvement de contestation.

PHOTO NICOLAS ASFOURI, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Nous nous battons pour la liberté, pas seulement la nôtre mais celle de la prochaine génération aussi. Si nous cédons maintenant, nous perdrons tout » a dit à l’AFP Edmund, un étudiant de 19 ans.

« Je voudrais envoyer un message au gouvernement : nous n’avons pas fini et ce n’est pas fini », a de son côté expliqué à l’AFP un manifestant de 27 ans.  

Il a dit espérer que ces nouvelles actions se dérouleront de manière pacifique, redoutant « que l’opinion publique ne change si la violence et les affrontements se poursuivent ».

En même temps, comme les plus radicaux, il ne peut s’empêcher de craindre que le mouvement « ne dépérisse si nous adoptons une attitude totalement pacifique ».

Parmi les manifestants, une adolescente de 13 ans, qui a donné son nom de famille, Leung.  

« Je pense que les Hongkongais continueront à descendre dans la rue, sinon le gouvernement pourrait croire à tort que nous avons renoncé à nos revendications », a-t-elle déclaré à l’AFP.  

« Je me joindrai à eux aussi souvent que je le pourrai », a-t-elle promis.    

La violence redoutée

Le principal rassemblement s’est dispersé dans le calme à la tombée de la nuit, mais certains manifestants ont rejoint d’autres lieux de la ville.  

Dans la soirée, des gaz lacrymogènes ont été tirés dans plusieurs endroits, alors que des militants radicaux vandalisaient des commerces considérés comme prorégime et lançaient des projectiles contre la police.

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Les policiers ont procédé à plusieurs arrestations, selon des témoins.

Les organisateurs de ces manifestations avaient appelé les participants à demeurer « très modérés », redoutant un retour de la violence qui a émaillé les rassemblements, en particulier au cours des derniers mois.

Dimanche, une vidéo circulait sur l’internet montrant un manifestant agressant brutalement un homme qui essayait de dégager une barricade.

Dans cette séquence filmée, le commentateur se moque de la victime qui trébuche avant de s’effondrer après avoir été frappée à la tête avec un lourd objet. Du sang s’écoule de sa blessure.

La police a confirmé cet incident dans un communiqué, précisant que « jusqu’à présent, personne n’a été arrêté » et que « la victime, souffrant d’un grave traumatisme crânien, a été hospitalisée ».

Le chef de la police hongkongaise, Chris Tang Ping-keung, a souligné dimanche à la radio que cette attaque, qui s’est produite samedi soir à Mong Kok, « aurait pu tuer ».

Le mouvement prodémocratie a débuté en juin en réaction à un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Celui-ci a depuis été suspendu, mais les manifestants ont élargi leurs revendications pour obtenir plus de démocratie.