Les quelque 600 000 Rohingya qui se trouvent toujours en Birmanie risquent de nouveau d’être victimes de génocide, estiment des enquêteurs de l’Organisation des Nations unies qui se montrent très critiques du Conseil de sécurité.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans un rapport diffusé hier qui sera présenté aujourd’hui au Conseil des droits de l’homme, les auteurs disent « regretter profondément l’incapacité du Conseil de sécurité à adresser l’ensemble de la situation en Birmanie à la Cour pénale internationale ».

Le rapport, constitué de plusieurs exemples de témoignages de viols collectifs, de prisonniers morts en détention, de tortures, etc., indique qu’il y a progrès dans la constitution de preuves.

Au terme d’environ 400 entrevues menées auprès de réfugiés et de victimes, les enquêteurs de l’ONU – qui se sont vu refuser l’entrée en Birmanie par le gouvernement – annoncent avoir dressé une liste confidentielle de plus de 100 personnes soupçonnées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, qui s’ajoutent à six généraux déjà visés en 2018.

Le Conseil de sécurité devrait « imposer un embargo sur les armes et des sanctions ciblées, assortis de gel d’avoirs et d’interdictions de voyages » à l’encontre des auteurs présumés de violations des droits de l’homme, peut-on lire.

Bob Rae, l’envoyé spécial du gouvernement canadien pour la question des Rohingya, salue « la qualité et la sagesse » des signataires du rapport.

Un pas dans la bonne direction

Ce rapport, fait-il observer, documente la situation toujours « très précaire des Rohingya qui sont isolés, qui n’ont pas de liberté de mouvement, qui ne peuvent pas gagner leur vie et qui sont souvent mal nourris et malades ».

Ce rapport peut-il réellement améliorer la situation de cette minorité musulmane en Birmanie ? Y a-t-il espoir qu’il contribue à faire baisser la violence contre les Rohingya ?

Matthew Smith, cofondateur de l’organisme Fortify Rights (dont le siège est en Asie du Sud-Est), croit que c’est le cas. En le lisant, en constatant qu’une liste de 100 auteurs allégués de violations des droits de l’homme a été dressée, M. Smith estime que « la justice se met en marche » et que cela envoie un message clair aux leaders militaires et civils, de même qu’aux responsables des prisons.

Déjà en 2012, au moins 70 Rohingya ont été massacrés en une journée dans le village de Yan Thei.

En 2017, est-il écrit dans le rapport, des autorités gouvernementales « ont menacé des villageois rohingya pour qu’ils acceptent [la mise en place] des cartes de vérification ».

L’ONU estime depuis quelques années déjà que les Rohingya constituent « la minorité la plus persécutée dans le monde ». L’ONU croit que 80 % du million de réfugiés qui ont fui vers le Bangladesh sont des femmes et des enfants.

Quand des responsables pourront-ils être effectivement mis en accusation ? M. Smith, de l’organisme Fortify Rights, se dit incapable de se prononcer là-dessus, relevant que « de commune renommée, la justice internationale demeure très lente ».

Bob Rae assure, lui, que le Canada « est à l’avant-plan des efforts qui sont faits », mais qu’il faut du temps pour constituer une preuve solide « et un tribunal qui soit efficace ».