(Washington et Séoul) La tension est montée d’un cran jeudi entre les États-Unis et la Corée du Nord avec la saisie d’un cargo nord-coréen accusé d’avoir violé les sanctions internationales au lendemain de tirs de missiles par le régime reclus.

Jerome CARTILLIER et Sunghee Hwang
Agence France-Presse

Assurant étudier la situation «très sérieusement», le président Trump, qui d’habitude insiste inlassablement sur la qualité de ses relations avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, s’est ouvertement interrogé sur sa volonté de négocier sérieusement sur la dénucléarisation de la péninsule.

«Personne n’est content de ce qui s’est passé», a-t-il affirmé en évoquant des «missiles de courte portée». «La relation se poursuit, mais nous verrons», a-t-il ajouté, affirmant avoir le sentiment que les Nord-Coréens n’étaient pas véritablement «prêts à négocier».

Les tirs ont été effectués vers l’est, sur des distances respectives de 270 et de 420 kilomètres, a indiqué l’armée sud-coréenne, au moment même où Stephen Biegun, représentant spécial américain pour la Corée du Nord, était en visite à Séoul.  

Officiellement, la Corée du Nord n’a pas procédé à un tir de missile depuis novembre 2017, mais plusieurs projectiles avaient déjà été tirés samedi, dont un missile de courte portée d’après les experts.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a averti que les tirs de jeudi «pourraient rendre les négociations plus difficiles» avec les États-Unis sur le nucléaire.

«Navire anti-sanctions»

AFP

Le cargo Wise Honest.

La justice américaine par ailleurs annoncé la saisie d’un cargo nord-coréen de 17 000 tonnes, le Wise Honest, accusé d’avoir violé les sanctions internationales en exportant du charbon et en important des machines.

Cette mesure, une première selon le procureur fédéral de Manhattan Geoffrey Berman, intervient dans un contexte de défiance croissante depuis le sommet de Hanoï en février entre Donald Trump et Kim Jong-un, qui s’est soldé par un désaccord. M. Kim réclamait une levée des sanctions trop importante aux yeux de M. Trump en échange d’un début de dénucléarisation jugé trop timide.

«Ce navire anti-sanctions est désormais hors service», s’est félicité le vice-procureur général des États-Unis, John Demers. «La Corée du Nord et les entreprises qui l’aident à contourner les sanctions des États-Unis et de l’ONU doivent savoir que nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour appliquer les sanctions internationales».

Le bâtiment avait été bloqué l’an dernier en Indonésie, son capitaine étant poursuivi par les autorités indonésiennes. Les autorités américaines avaient lancé de leur côté en juillet la procédure de saisie.

«L’objectif de Kim, au-delà de prouver que ces programmes d’armement deviennent de plus en plus puissants, est clair : montrer à l’Amérique et à ses alliés que s’ils ne sont pas disposés à faire des compromis sur les conditions de la dénucléarisation, Pyongyang suivra sa propre route», a commenté Harry Kazianis, du groupe de réflexion conservateur américain Center for the National Interest.

Le Japon a réagi calmement aux tirs de jeudi, son premier ministre Shinzo Abe déclarant à des journalistes «qu’aucun impact sur la sécurité (du Japon) n’avait été confirmé».

Scepticisme grandissant

REUTERS

Un système Iskander, installé près de Moscou.

Concernant les tirs de samedi, les images diffusées par les médias nord-coréens montrent un engin similaire au missile russe Iskander à un étage, d’après les experts.  

Il ressemble à une arme présentée par la Corée du Nord au cours d’un défilé militaire l’année dernière, au moment où s’amorçait la détente sur la péninsule.

Pyongyang s’est toutefois refusé à employer le terme de «missile», indiquant que l’exercice avait impliqué «plusieurs lance-roquettes de longue portée et armes tactiques guidées».

Il s’agissait d’un «exercice de routine» qui s’est déroulé dans les eaux territoriales nord-coréennes et les projectiles ne constituaient pas une menace pour les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon, a affirmé un responsable nord-coréen.  

Pendant sa rencontre historique avec Donald Trump en juin 2018 à Singapour, Kim Jong-un s’était engagé à travailler en vue d’une «dénucléarisation complète» de la péninsule coréenne.  Mais le scepticisme a grandi depuis avec l’absence d’avancées concrètes.  

Le dirigeant nord-coréen a rencontré fin avril le président russe Vladimir Poutine à Vladivostok pour leur premier sommet, pendant lequel il s’est plaint de la «mauvaise foi» des Américains dans la crise nucléaire.

Depuis l’échec de Hanoï, la Corée du Nord a accusé Séoul de s’être rangée du côté de Washington et les relations entre les deux frères ennemis se sont de nouveau dégradées.