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Inde: le viol de trop

Une étudiante s'est recueillie lors d'une veillée à... (Photo Amit Dave, archives Reuters)

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Une étudiante s'est recueillie lors d'une veillée à la mémoire de la victime du viol collectif, lundi à New Delhi.

Photo Amit Dave, archives Reuters

Un viol toutes les 20 minutes.

La statistique a de quoi inquiéter, d'autant plus qu'elle ne répertorie que les cas signalés à la police. En Inde, ce chiffre est connu depuis longtemps. Chaque année, les mouvements de femmes ne manquent pas de scander que la violence sexuelle est un souci quotidien pour la moitié de la population du pays de Gandhi. Mais jusqu'au 16 décembre dernier, bien peu de gens dans les cercles indiens du pouvoir prêtaient l'oreille à leurs doléances.

Pire, plus de 42 politiciens indiens ont été récemment réélus malgré des accusations sérieuses de viols et de sévices sexuels qui pèsent sur eux, selon des statistiques publiées hier dans le journal India Today.

Dans la rue, la violence sexuelle est depuis longtemps acceptée avec résignation. Et ce, même par les étrangers. Bible des voyageurs indépendants, le guide Lonely Planet sur l'Inde consacre cinq pages aux risques de harcèlement sexuel et d'attouchements auxquels s'exposent les femmes qui voyagent en Inde.

Mais le 16 décembre, jour du viol collectif d'une étudiante de 23 ans dans un autobus de Delhi, l'acceptation tacite des crimes sexuels a volé en éclats. Depuis, l'Inde est dans la rue pour demander que ça change.

Durcir la loi

Devant des manifestations quasi quotidiennes depuis trois semaines, le gouvernement s'est lancé dans une refonte de la loi. Le parti du Congrès, aux commandes de la coalition au pouvoir, propose que le viol soit puni par 30 ans de prison et par la castration chimique des fautifs. La rue, elle, réclame la peine de mort.

Toujours sous la pression de la rue, le gouvernement indien a mis sur pied cette semaine un nouveau tribunal à Delhi pour traiter les cas de viol de manière prioritaire, plutôt que de laisser les procès s'étirer sur des décennies. C'est devant cette cour que comparaîtront aujourd'hui les cinq hommes adultes accusés de l'enlèvement, du viol et du meurtre de l'étudiante. Un sixième fera face à la justice juvénile. Aucun avocat dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants n'a pour le moment accepté de représenter les prévenus.

Pourquoi celui-là?

Devant une telle colère généralisée, une question revient: pourquoi ce viol - l'un parmi plus de 25 000 commis par année - a-t-il galvanisé l'Inde?

Les médias indiens croient que la brutalité du crime n'est pas étrangère à la réaction nationale. Les six accusés auraient battu sauvagement avec une barre de fer la victime et son ami, qui l'accompagnait au cinéma. La même barre de fer a été utilisée lors du viol. Le 29 décembre, la jeune femme a succombé à ses blessures.

Dans une entrevue accordée hier à l'AFP, le jeune homme, qui a survécu à l'agression, a expliqué que les criminels avaient tenté de les écraser avec le bus, son amie et lui, après les avoir jetés nus dans la rue au bout de deux heures et demie de sévices multiples. «L'attaque a été si brutale que je ne peux pas vous la raconter. Même les animaux ne se comportent pas ainsi», a raconté le survivant.

Classe moyenne

Au-delà de la brutalité de l'agression, l'identité de la victime pèse aussi lourd dans la balance, selon Aruna Papp, travailleuse sociale originaire du Punjab qui milite depuis des décennies contre la violence faite aux femmes. «En Inde, une étudiante est vue comme une enfant. Et la victime est issue de la classe moyenne, de plus en plus importante. Le fait qu'une enfant de la classe moyenne ait été violée et tuée par des hommes de castes inférieures, ça ne passe pas du tout», note Mme Paap, jointe à Toronto hier.

La plupart des Indiens qui ont pris part aux manifestations des dernières semaines sont d'ailleurs issus de cette classe moyenne instruite des villes, qui a su utiliser les réseaux sociaux pour mobiliser de grandes foules. «Ce qu'il y a de plus incroyable pour l'Inde, c'est que beaucoup de jeunes hommes font partie du mouvement», note Aruna Papp, qui craint cependant que la colère populaire ne s'estompe avec le temps. Et que le gouvernement indien oublie ses bonnes résolutions du début de l'année. «La pression sur l'Inde doit être mondiale. C'est la seule manière de vraiment changer les choses.»




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