(Quito) Pour la deuxième journée consécutive, de violents affrontements ont éclaté vendredi après-midi autour du Parlement à Quito entre manifestants indigènes et forces de l’ordre, le président équatorien Guillermo Lasso dénonçant une tentative de « coup d’État ».

Mis à jour le 24 juin
Santiago PIEDRA SILVA Agence France-Presse

Comme la veille, aux jets de pierres, mortiers d’artifice et objets de toutes sortes lancés par les protestataires, les forces de l’ordre ripostaient au canon à eau et avec des grenades lacrymogènes et assourdissantes, a constaté l’AFP en fin d’après-midi.

Vers 18 h locales (23 h GMT), les affrontements ont baissé d’intensité, pour finalement cesser dans la soirée.

Vidéo à l’appui diffusée sur son compte Twitter, la police a dénoncé l’intrusion de manifestants dans l’ambassade d’Égypte, voisine du lieu des affrontements, à partir de laquelle « ils attaquent les forces de l’ordre avec des explosifs ».

« Par tous les moyens légaux »

« Le but de toutes ces violences est de perpétrer un coup d’État », a estimé M. Lasso, dans une allocution sur les médias publics, appelant la communauté internationale à agir « contre cette tentative de déstabilisation de la démocratie en Équateur ».

PHOTO ADRIANO MACHADO, REUTERS

Vendredi soir, des affrontements violents avec la police ont repris aux abords du Parlement que les manifestants avaient tenté d’investir jeudi.

Près de 14 000 manifestants indigènes sont mobilisés dans tout le pays pour protester contre la hausse du coût de la vie et exiger notamment une baisse des prix des carburants, d’après la police qui estime leur nombre à près de 10 000 dans la capitale.

Les violences ont fait six morts et des dizaines de blessés, alors que Quito est en grande partie paralysée et ses accès bloqués par de nombreux barrages routiers.

Le leader du mouvement, Leonidas Iza, chef de la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur (Conaie), organisation fer-de-lance des manifestations, a prévenu vendredi dans un entretien avec l’AFP que la mobilisation durera « jusqu’à obtenir des résultats ».

« Iza ne contrôle plus la situation. Il n’a plus aucun contrôle sur les manifestations et la criminalité que ses actions irresponsables ont générées », a accusé le président Lasso, prévenant que le gouvernement utiliserait « tous les moyens légaux à sa disposition pour affronter les vandales ».

Il a cependant répété être « ouvert pour parvenir à un dialogue avec des résultats concrets », appelant ses « frères et sœurs indigènes » à « retourner dans leurs communautés ».

PHOTO RODRIGO BUENDIA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les violences ont fait six morts et des dizaines de blessés, alors que Quito est en grande partie paralysée et ses accès bloqués par de nombreux barrages routiers.

« Les petits producteurs sont en mauvaise posture, les prix sont élevés, nous nous battons pour survivre », criait Carlos Pilla, un indigène originaire de Tungurahua (sud). « Si nous avons une réponse positive aujourd’hui, nous partirons aujourd’hui même, en paix et la tête haute ».

« Troubles intérieurs »

« Nous ne pouvons plus retenir la colère du peuple. L’indignation échappe à notre contrôle et au contrôle de nos organisations », a affirmé de son côté le leader de la Conaie, jugeant que les indigènes « se sont sentis trompés » par des mois des discussions sans résultat avec le gouvernement sur la hausse du coût de la vie.

« Ils ne veulent pas dialoguer […] Ils ne veulent pas la paix. Jusqu’à présent, la seule chose qu’ils ont montrée, ce qu’ils veulent la violence », a dénoncé dans la matinée le ministre des Affaires gouvernementales, Francisco Jimenez, sur une radio locale.

L’armée a de son côté indiqué que des soldats qui assuraient la sécurité d’un convoi routier ont été « agressés par un groupe violent » jeudi à Caspigasi, en banlieue de Quito, et que 17 militaires ont été gravement blessés.

L’objectif de ce convoi, venu du nord-ouest de Quito, « était de permettre le flux logistique de plus de 1000 camions qui sont bloqués sur cette route », ce qui affecte sérieusement l’approvisionnement de la capitale, selon l’armée, alors que certains quartiers commencent à souffrir de pénuries.

Le gouvernement assure que les demandes des manifestants, juste sur les carburants, coûteraient à l’État plus d’un milliard de dollars par an.

Guillermo Lasso, diagnostiqué positif à la COVID-19, est depuis mercredi contraint à l’isolement.

À la demande de députés de l’opposition qui soutiennent l’ancien président socialiste Rafael Correa (2007-2017), l’Assemblée nationale se réunira samedi en fin d’après-midi pour examiner une demande de destitution du président Lasso pour « troubles intérieurs ». Cette mise en accusation nécessite 92 voix sur 137 possibles pour être adoptée au Congrès monocaméral, où l’opposition est majoritaire mais très dispersée.

Le président conservateur au pouvoir depuis un an, voit dans cette révolte une tentative de le renverser. Entre 1997 et 2005, trois présidents équatoriens ont dû quitter le pouvoir sous la pression des autochtones.

Il peut toutefois compter sur le soutien des militaires qui ont mis en garde les manifestants, les accusant de représenter un « grave danger » pour la démocratie.