(Santiago du Chili) Les salariés de l’entreprise publique chilienne Codelco, plus grand producteur de cuivre au monde, ont entamé mercredi une grève nationale pour s’opposer à la fermeture d’une fonderie dans le « Tchernobyl chilien ».

Publié le 23 juin
Agence France-Presse

La police a déclaré avoir arrêté 18 personnes alors que des travailleurs en grève, brandissant des drapeaux chiliens et mettant le feu à des pneus, bloquaient l’entrée de six installations minières dans le pays.

Située dans une région industrielle fortement polluée et surnommée « Tchernobyl chilien » par Greenpeace, car elle abrite des entreprises minières, pétrolières, cimentières, gazières et chimiques, la fonderie Ventanas emploie 350 salariés auxquels le président chilien a promis un reclassement.  

« Il y a un soutien total pour cet arrêt » de travail, « en solidarité avec les travailleurs de la division Ventanas », a déclaré la Fédération des travailleurs du cuivre (FTC) dans un communiqué, faisant état d’arrêts de travail dans de nombreux sites de l’entreprise.  

La FTC regroupe quelque 14 000 salariés de Codelco et l’appel à la grève inclut également les salariés de sous-traitants, soit plus de 40 000 personnes, selon le président de la FTC, Amador Pantoja, interviewé par une chaîne de télévision locale.

Selon M. Pantoja, la grève coûte environ 20 millions de dollars par jour à l’entreprise publique, qui extrait environ 8 % du cuivre mondial et contribue pour 10 à 15 % du PIB du Chili.

« Pour que ces chiffres soient corrects, il faudrait que toutes les opérations de Codelco s’arrêtent brusquement et qu’il soit impossible de récupérer cette production perdue à l’avenir. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui », a tempéré le ministre des Finances Mario Marcel, qui n’a cependant pas estimé le préjudice économique.

Photo RODRIGO GARRIDO, REUTERS

La police a déclaré avoir arrêté 18 personnes alors que des travailleurs en grève, brandissant des drapeaux chiliens et mettant le feu à des pneus, bloquaient l’entrée de six installations minières dans le pays.

« Il n’y a pas d’arrêt des opérations. Il y a une perturbation de l’accès par des groupes de travailleurs », a-t-il ajouté.

Le syndicat considère la décision de fermeture de la fonderie « arbitraire » et exige un investissement de 54 millions de dollars pour mettre l’usine en conformité avec les normes environnementales.  

« Normes trop basses »

Cette décision de fermeture intervient après plusieurs épisodes d’intoxication et de pollution de l’air.  

Le 9 juin, plus d’une centaine d’habitants de Quintero et Puchuncavi, deux villes dortoirs du bassin industriel situées à quelque 140 km à l’ouest de Santiago, ont été intoxiqués par du dioxyde de soufre rejeté par l’industrie lourde, second épisode de pollution grave en trois jours ayant entraîné la fermeture des écoles.  

Le dioxyde de soufre, indicateur de la pollution liée aux combustibles fossiles, fait partie des polluants de l’air dits classiques avec les particules en suspension, l’ozone, le dioxyde d’azote et le monoxyde de carbone.

Photo RODRIGO GARRIDO, REUTERS

Le syndicat considère la décision de fermeture de la fonderie « arbitraire » et exige un investissement de 54 millions de dollars pour mettre l’usine en conformité avec les normes environnementales.  

« Nous ne voulons plus de zones de sacrifice [environnemental]. Il y a aujourd’hui des centaines de milliers de personnes qui vivent dans notre pays exposées à la dégradation sévère de l’environnement que nous avons provoquée ou consentie et pour laquelle, en tant que Chilien, j’éprouve de la honte », avait déclaré le président Gabriel Boric lors de l’annonce de la fermeture.  

La pollution s’est accrue dans cette zone de 50 000 habitants lorsque le gouvernement chilien l’a convertie à partir de 1958 en un centre industriel qui abrite aujourd’hui quatre centrales électriques au charbon et des raffineries de pétrole et de cuivre.  

« Nous restons ouverts au dialogue » comme au premier jour de l’annonce de la fermeture, a indiqué la porte-parole du gouvernement Camila Vallejo, soulignant que le gouvernement entend remplir ses engagements sur « un modèle de développement de plus en plus durable ».

« Nous avons des normes trop basses », en matière d’émission de polluants dans l’atmosphère, a-t-elle relevé, « et si nous voulons vraiment respecter nos engagements en matière de protection de l’environnement, nous devons être guidés par les normes de l’OMS ».