(Caracas) Le Venezuela va supprimer le 1er octobre six zéros à sa monnaie, le bolivar, en raison de l’hyperinflation qui l’a dépouillé de sa valeur et conduit à une dollarisation de l’économie, a annoncé jeudi la Banque centrale.

Andrea Tosta Agence France-Presse

En 13 ans, le bolivar aura perdu 14 zéros, signe des dévaluations successives imposées au gouvernement.

L’ancien président Hugo Chavez (1999-2013) avait supprimé trois zéros en 2008. Son successeur et actuel président, Nicolas Maduro, avait fait de même en août 2018 en supprimant cinq zéros.

« À partir du 1er octobre, entrera en vigueur le bolivar digital lors de l’application d’une nouvelle échelle monétaire qui supprime six zéros à la monnaie nationale », indique un communiqué de la Banque centrale dans un pays où l’économie s’est presque totalement dollarisée ces derniers mois.

La plupart des transactions se font en monnaie américaine alors que l’inflation a été de plus de 250 % entre janvier et mai. L’hyperinflation a atteint 400 000 % en 2018, près de 10 000 % en 2019 et 3000 % en 2020.

Jadis riche pays pétrolier, le Venezuela a vu son PIB chuter de 80 % depuis 2013 et 65 % des ménages vivent dans la pauvreté.

Le pays va imprimer de nouveaux billets pour accompagner la mesure alors que ceux-ci ont presque disparu de la circulation dans le pays. La plupart des échanges qui ne se font pas en dollars se font de manière numérique (paiements par carte, virement ou transfert bancaire).

Cette décision vise à « faciliter » l’utilisation de la monnaie, en la ramenant à « une échelle monétaire plus simple », poursuit le texte.

Selon la Banque centrale, « ce changement d’échelle monétaire qui s’appuie sur l’approfondissement et le développement de l’économie numérique constitue un fait historique au moment où le pays entame un redressement économique après une crise provoquée par l’attaque brutale de notre économie, de notre monnaie et le blocus économique criminel et financier ».

Mesure « nécessaire », mais pas miraculeuse

Le gouvernement invoque régulièrement les sanctions internationales imposées depuis 2019, notamment par les États-Unis, pour tenter d’évincer le président Maduro du pouvoir, même si la crise dure depuis plus de 8 ans.

« C’était une décision attendue. C’était nécessaire », a indiqué à l’AFP l’économiste César Aristimuño.

« Les facturations et les processus comptables des entreprises étaient presque impossibles » avec autant de zéros, souligne-t-il.

Bien avant la mesure, la rue a déjà « adopté » partiellement la nouvelle suppression de zéros puisque les prix étaient souvent annoncés ou écrit en milliers et non en millions pour des raisons pratiques.

Si la mesure est « pratique […], on ne peut pas attendre des miracles économiques étant donné » que cette opération « arrive sans mesures économiques de fond » qui pourraient enrayer l’inflation, estime M. Aristimuño.

« Plus de zéros, moins de zéros, c’est du pareil au même », soupire Marisela Lopez, 34 ans, vendeuse de légumes au marché municipal de Catia, quartier populaire du ouest de Caracas « L’activité reste la même, ça ne change rien ».

« On a tiré de nouveaux billets, et encore des billets. Maintenant, on les voit par terre, on les brûle, on ne sait plus quoi en faire ! », dit-elle à propos des anciens billets.

Alors que les échanges numériques (cartes ou transferts) avaient pris le pas sur les paiements en liquide, elle souligne que désormais tout le monde « cherche à se débarrasser de ses billets. Nous aussi d’ailleurs parce que si on se retrouve avec beaucoup de billets… qu’est-ce qu’on en fera ensuite ? On ne sait pas. »

Jadis acteur majeur du marché pétrolier mondial, le Venezuela, qui a produit jusqu’à 3,3 millions de barils par jour, en est aujourd’hui à un peu plus de 500 000 b/j.

L’utilisation du dollar, la monnaie du principal adversaire du Venezuela, « est très paradoxale », avait reconnu en avril le ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, alors que les autorités nationales avaient longtemps tenté d’empêcher sa circulation.

Les pouvoirs publics qui espèrent à terme revenir à une économie se servant du bolivar assurent que l’utilisation du dollar est « temporaire ».