(Brasilia) L’un des criminels les plus recherchés d’Italie, le chef de clan mafieux Rocco Morabito, en cavale depuis sa fuite rocambolesque en juin 2019 d’une prison uruguayenne, sera extradé vers son pays natal, a-t-on appris mardi au lendemain de son arrestation au Brésil.

Jordi MIRO Agence France-Presse

L’Uruguay ne sollicitera pas l’extradition du fugitif capturé afin de ne pas faire obstacle à son retour dans son pays natal. « Rocco Morabito va être extradé en Italie », a assuré le procureur général de l’Uruguay, Jorge Diaz.

Rocco Morabito, haut responsable de la’Ndrangheta, la redoutable mafia calabraise spécialisée notamment dans le trafic de cocaïne, a été appréhendé à Joao Pessoa (Nord-Est) grâce à une « enquête conjointe entre le Brésil et l’Italie », avait annoncé lundi la Police fédérale brésilienne.

L’un de ses plus proches collaborateurs, Vincenzo Pasquino, présent à ses côtés, a également été arrêté.

Une équipe de policiers italiens s’était rendue dimanche au Brésil en vue de l’arrestation de cet homme présenté comme « l’un des plus importants narcotrafiquants » par Giovanni Bombardieri, chef du parquet de Reggio di Calabria, la capitale de la Calabre, lors d’une conférence de presse en ligne mardi.

La ministre italienne de l’Intérieur Luciana Lamorgese a souligné dans un communiqué que « deux années d’enquêtes complexes et détaillées » avaient été nécessaires pour retrouver ce « dirigeant de la’Ndrangheta », qui figure à la deuxième place dans la liste des criminels en fuite les plus recherchés d’Italie établie par son ministère.

Selon Luiz Ungaretti, de la Police fédérale brésilienne, « ce qui a fait la différence, c’est la coopération internationale. C’est grâce aux échanges d’informations avec la police italienne que nous avons pu arrêter cet individu extrêmement dangereux ».  

« Il menait une vie assez normale, il allait à la plage, fréquentait les bars du coin. Il ne semblait pas vivre comme un criminel en fuite mais avait au contraire une vie sociale normale », a expliqué un responsable des forces de l’ordre italiennes, Massimiliano D’Angelantonio, au cours de la conférence de presse.

Originaire d’Africo, un village du Sud de la Calabre (la « pointe » de la botte italienne), Rocco Morabito, 54 ans, est l’un des responsables les plus importants du clan « Africo Nuovo ». Dans les années 1990, il était surnommé le « roi de la cocaïne » à Milan (Nord), la capitale économique italienne, où il gérait le trafic de drogue en provenance d’Amérique du Sud.

Faux passeport

La Cour suprême brésilienne avait ordonné l’arrestation de Rocco Morabito, qui faisait l’objet d’une notice rouge d’Interpol et était entre autres accusé d’avoir assuré le transport et la vente de drogue en Italie, et plus précisément d’avoir tenté d’importer depuis le Brésil 592 kilos de cocaïne en 1992 et 630 kilos de cocaïne en 1993.

Arrivé à 23 ans à Milan, Rocco Morabito s’était rapidement taillé une réputation dans le monde local de la drogue, devenant même une figure charismatique du monde la nuit.

Ses livraisons de valises de billets à des trafiquants colombiens et son ascension fulgurante avaient fini par attirer l’attention de la police italienne. Il avait échappé à une arrestation en 1994 à Milan et était recherché depuis par la justice de son pays qui l’avait condamné par contumace à 28 ans de prison, une peine portée par la suite à 30 ans de réclusion.

L’Italien avait été arrêté en septembre 2017 dans un hôtel de Montevideo après avoir résidé pendant 13 ans sous une autre identité à Punta del Este, une station balnéaire huppée à 140 km de la capitale uruguayenne.

Il avait en effet obtenu en 2004 des papiers uruguayens en présentant un faux passeport brésilien au nom de Francisco Antonio Capeletto Souza, mais avait fini par être démasqué après avoir inscrit sa fille au collège sous sa réelle identité.  

La justice uruguayenne avait approuvé son extradition vers l’Italie en 2018, mais en juin 2019, il avait réussi à s’enfuir avec trois autres détenus de la prison centrale de Montevideo en passant par un trou dans le toit, vraisemblablement en corrompant plusieurs gardiens.

Cette fuite avait déclenché une véritable chasse à l’homme, en vain, et abouti à la démission du chef de l’administration pénitentiaire.