(Washington) Face à l’échec de leur stratégie pour chasser Nicolas Maduro du pouvoir, les États-Unis ont appelé mardi à la création d’un gouvernement de transition au Venezuela, demandant à leur allié Juan Guaidó de faire un pas de côté en l’attente d’élections « libres et justes ».

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

Depuis janvier 2019, Washington reconnaît l’opposant comme président par intérim du pays en crise et n’a cessé de renforcer ses sanctions pour obtenir le départ du dirigeant socialiste.

Mais malgré le soutien de plus de cinquante pays, c’est l’impasse.

La diplomatie américaine a donc proposé mardi un nouveau « cadre pour une transition démocratique ».

Selon ce schéma, Nicolas Maduro et Juan Guaidó, qui se disputent la présidence, devraient « tous les deux » renoncer dans l’immédiat au pouvoir exécutif, confié pendant « une période de transition » à un « Conseil d’État » mis en place par « des élus de l’Assemblée nationale issus des deux camps », a déclaré le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

PHOTO FEDERICO PARRA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Juan Guaidó

Ce Conseil d’État serait chargé d’organiser des élections présidentielles et législatives « libres et justes » dans un délai de six à douze mois.

L’administration de Donald Trump, qui a fait du « régime Maduro » sa principale bête noire en Amérique latine, a toutefois confirmé son soutien à Juan Guaidó, qui resterait président de l’Assemblée nationale durant cette transition et serait ensuite autorisé à briguer la présidence.

« C’est l’homme politique le plus populaire au Venezuela, et s’il y avait une élection aujourd’hui, il aurait un résultat incroyablement bon », a même estimé Mike Pompeo devant la presse.

Juan Guaidó a réagi sur Twitter en appelant Nicolas Maduro à « accepter la proposition de la communauté internationale ».

« Maduro doit partir »

Mais le gouvernement de Caracas l’a immédiatement rejetée.

« Le Venezuela est un pays libre, souverain, indépendant et démocratique qui n’accepte pas et n’acceptera jamais une quelconque tutelle d’un gouvernement étranger », s’est offusqué le chef de la diplomatie vénézuélienne, Jorge Arreaza, dénonçant un plan « extravagant ».

Un plan qui semble d’autant plus voué à l’échec que les Américains ont clairement fait savoir qu’ils voulaient toujours le départ du président socialiste.

« Nicolas Maduro doit partir », a martelé Mike Pompeo. « Nous avons toujours dit que Nicolas Maduro ne gouvernerait plus jamais le Venezuela. »

En fait, la proposition américaine ne lui interdirait pas formellement de se présenter à une future présidentielle.

Mais « il est impossible que Nicolas Maduro soit reconduit au pouvoir si les Vénézuéliens ont vraiment leur mot à dire sur leur avenir et élisent leurs dirigeants », a estimé l’émissaire américain pour le Venezuela Elliott Abrams, s’appuyant sur des sondages qui ne le créditent selon lui que de « 12 % à 15 % » des intentions de vote.

Le diplomate a toutefois assuré que les États-Unis respecteraient l’issue d’un scrutin tenu dans le cadre d’un tel processus.

En échange d’un accord sur leur plan, les Américains promettent de lever progressivement leurs sanctions draconiennes au rythme de la mise en place de cette transition.

Mais d’ici là, ils n’entendent pas baisser la garde pour l’instant, au contraire – pour preuve, Nicolas Maduro vient d’être inculpé pour « narcoterrorisme » par la justice américaine et une prime de 15 millions de dollars a été promise pour son arrestation.

« Nos sanctions resteront en vigueur, et seront renforcées, jusqu’à ce que le régime Maduro accepte une vraie transition politique », a mis en garde Mike Pompeo.

Pour montrer que l’administration Trump ne lâche pas son allié, Elliott Abrams, assure dans une tribune publiée par le Wall Street Journal que la proposition américaine s’appuie sur une « solution vers le rétablissement de la démocratie » avancée l’an dernier par le camp Guaidó lui-même lors de négociations avec le camp adverse.

Or cette idée avait été rejetée par le camp Maduro, et les discussions avaient finalement capoté.

« Les États-Unis ne soutiennent aucun parti politique au Venezuela », a encore assuré l’émissaire américain, expliquant que toutes les formations, y compris celle de Nicolas Maduro, « devraient pouvoir participer à des élections libres et justes, sur un pied d’égalité avec les autres ».

« Cela implique de mettre fin aux poursuites injustes qui ont poussé à l’exil des dizaines de membres du Parlement, dont quatre sont incarcérés », a-t-il prévenu.

Cette nouvelle offensive diplomatique américaine intervient d’ailleurs le jour même où Juan Guaidó a été convoqué, pour jeudi, par la justice vénézuélienne dans une enquête sur une « tentative de coup d’État » dénoncée fin mars par le pouvoir après « la découverte en Colombie d’un arsenal de guerre destiné au Venezuela ».