(Rio de Janeiro) La courbe de la pandémie du coronavirus ne cesse de s’accélérer au Brésil, qui a franchi deux seuils symboliques mercredi, dépassant les 25 000 morts et 400 000 cas confirmés.

Louis GENOT
Agence France-Presse

Pays de loin le plus touché d’Amérique latine, le Brésil a recensé selon le ministère de la Santé 25 598 morts et 411 821 cas de contamination confirmés, des chiffres qui seraient bien en-dessous de la réalité, selon des scientifiques.

Avec 1086 décès au cours des dernières 24 heures, c’est la cinquième fois que ce pays de plus de 210 millions d’habitants dépasse les 1000 décès quotidiens depuis cette accélération de la pandémie, la semaine dernière. Le record date du 21 mai, avec 1188 décès.

Durant les jours précédents, le Brésil a été le pays au monde à déplorer le plus grand nombre de morts quotidiens de la COVID-19, dépassant sur ce plan les États-Unis, pays le plus touché. Mais les États-Unis ont franchi mercredi la barre des 100 000 morts avec 1401 décès supplémentaires en 24 heures, davantage que le Brésil.

Malgré l’augmentation constante des décès, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro continue d’appeler à la reprise des activités économiques au nom de la préservation de l’emploi, remettant en cause les mesures de confinement prises par les gouverneurs des États.

L’État de Sao Paulo, le plus riche et le plus peuplé du Brésil, demeure également le principal foyer, avec 6712 morts et 89 483 personnes contaminées, devant celui de Rio de Janeiro, qui déplore 4605 décès et 42 398 cas confirmés.

Dans ces deux États, les services hospitaliers de soins intensifs sont très proches de la saturation, de même que dans plusieurs régions du Nord et du Nord-Est, parmi les plus pauvres du pays.

L’État du Ceara (nord-est), par exemple, est le troisième le plus touché, avec 2671 décès.

La situation reste dramatique dans l’Amazonas (nord), où vivent de nombreuses populations indigènes, avec 1891 morts.

« La pire guerre du Brésil »

« En Amérique du Sud, nous sommes particulièrement inquiets parce que le nombre de nouveaux cas recensés la semaine dernière au Brésil est le plus élevé sur sept jours depuis le début de la pandémie », a affirmé mardi la directrice de l’Organisation Pan-Américaine de la Santé (OPS), Carissa Etienne.

D’après les projections de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’université de l’État de Washington, le Brésil pourrait dépasser les 88 000 morts de coronavirus en août, dans une fourchette comprise entre 30 302 et 193 786 décès.

« C’est la pire guerre que le Brésil a enduré de son histoire. Nous n’avons jamais perdu 25 000 personnes en trois mois de cette manière », déplore auprès de l’AFP Miguel Nicolelis, chercheur de l’université américaine de Duke et responsable d’un comité scientifique fondé par les gouverneurs des États du nord-est. « Nous n’avons jamais été envahis (par un pays étranger), mais je considère ce virus comme un envahisseur », poursuit-il.

Reprise graduelle à Sao Paulo

Au-delà de son système de santé précaire et des inégalités qui rendent les populations noires et pauvres plus vulnérables face au virus, le Brésil est également miné par une véritable cacophonie politique.

Les gouverneurs des États ont pris des mesures de confinement plus ou moins strictes, souvent peu respectées par la population, tandis que le président Jair Bolsonaro ne cesse de minimiser la pandémie et d’appeler à la reprise des activités économiques pour préserver l’emploi.

« La seconde vague arrive, celle de la récession. Elle atteint tout le monde, sans exception », a affirmé le chef de l’État mercredi sur Facebook.

Le gouverneur de Sao Paulo Joao Doria, qui s’est farouchement opposé au président ces dernières semaines, a annoncé à la mi-journée la reprise graduelle de l’activité économique à partir du 1er juin.

Mais pas question néanmoins d’un déconfinement radical : la réouverture des écoles et la reprise des transports publics n’ont pas été pris en considération et sont toujours en discussion.

Dans la capitale Brasilia, bien moins touchée par la pandémie avec 124 morts, les centres commerciaux ont rouvert mercredi, a constaté l’AFP. Mais les clients doivent se soumettre à une prise de température et porter un masque de protection.