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Début d'année sanglant, le Brésil désemparé face à la violence

Un an et demi après les jeux Olympiques,... (REUTERS)

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Un an et demi après les jeux Olympiques, près de 700 fusillades ont été recensées en janvier seulement dans l'État de Rio, soit près de 22 par jour, la plupart dans les favelas, quartiers pauvres et souvent insalubres vivant sous le joug de factions criminelles.

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Carola SOLÉ
Agence France-Presse
RIO DE JANEIRO

Les Brésiliens fêtaient encore le Nouvel An quand une émeute dans une prison de Goias (centre-ouest) a fait neuf morts, dont deux décapités, donnant d'emblée le ton dans un pays dépassé par une violence endémique.

«Notre système de sécurité est en faillite», a admis le ministre de la Défense, Raul Jungmann.

Ces déclarations datent de mercredi dernier, quelques heures après qu'une des principales artères menant à l'aéroport de Rio de Janeiro ait été bloquée par une fusillade dans la Cité de Dieu, favela rendue célèbre par le film du même nom.

De nombreux automobilistes paniqués ont quitté leur véhicule pour tenter de se mettre à l'abri des échanges de tirs nourris entre policiers et narcotrafiquants.

Un an et demi après les jeux Olympiques, près de 700 fusillades ont été recensées en janvier seulement dans l'État de Rio, soit près de 22 par jour, la plupart dans les favelas, quartiers pauvres et souvent insalubres vivant sous le joug de factions criminelles.

La violence fait aussi rage dans d'autres régions du pays: il y a deux semaines, 14 personnes ont été tuées dans un bal populaire de Fortaleza (nord-est).

Un massacre attribué par la presse locale à un règlement de compte, suivi deux jours plus tard de la mort de dix détenus lors d'un affrontement entre membres de factions rivales dans une prison à 120 km de là.

Corruption

«Nous devons prendre des mesures urgentes avant qu'il ne soit trop tard et que nous n'empruntions le même chemin que d'autres pays», a affirmé le ministre Jungmann à la chaîne Globonews, citant notamment le Mexique.

Mais les problèmes de violence du Brésil vont au-delà de la guerre des gangs, dans un pays miné par la corruption et par de profondes inégalités sociales et raciales.

Les autorités semblent avoir perdu le contrôle des favelas, mais aussi des prisons, vétustes et surpeuplées, où les trafiquants continuent de donner leurs ordres.

À Rio, les barons de la drogue disposent souvent de meilleures armes que la police, dont les agents sont parfois payés avec des mois de retard, en raison d'une grave crise financière qui a mis cet État du sud-est du Brésil au bord de la faillite.

La situation est d'autant plus préoccupante que des enquêtes récentes du parquet ont montré que certains policiers trempent aussi dans le crime organisé.

«La pénétration du crime dans toutes les forces de police doit être combattue», a admis le ministre de la Défense.

«Vilain petit canard»

Cette incapacité à combattre les problèmes de violence trouve en partie ses racines dans la Constitution de 1988, élaborée après vingt ans de dictature militaire.

Ce texte donne pratiquement toute la responsabilité de la sécurité aux différents États qui composent le Brésil et non au gouvernement fédéral, tant en termes de budget que de stratégies.

«La sécurité était un peu le vilain petit canard. On sortait de la dictature et personne ne voulait en parler», a expliqué récemment José Mariano Beltrame, ex-secrétaire à la Sécurité de l'État de Rio, lors d'une conférence de presse à Sao Paulo.

«La sécurité doit revenir dans le giron fédéral», explique à l'AFP Arthur Trinidade, professeur d'université et ancien secrétaire à la sécurité de Brasilia.

Outre les problèmes budgétaires, ce spécialiste pointe du doigt le manque d'une loi qui structure la police au niveau national et l'absence de statistiques «fiables».

Les données de référence sont fournies par des ONG, comme le Forum de Sécurité publique, qui a recensé 61 619 homicides au Brésil en 2016, sept par heure en moyenne.

Le taux d'homicide, de 29,9 pour 100 000 habitants, est plus élevé que celui du Mexique (21) et trois fois supérieur aux 10 pour 100 000 considérés par l'ONU comme le seuil de violence endémique.

«Le gouvernement fédéral est sur la défensive et se contente de déclarations grandiloquentes au lieu de prendre de vraies mesures, comme s'il cherchait à fuir ses propres responsabilités», dénonce Ignacio Cano, professeur à l'Université d'État de Rio de Janeiro (Uerj).




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