José Dirceu et José Genoino, deux proches de l'ex-président Lula et anciens responsables du Parti des travailleurs au pouvoir au Brésil, se sont rendus vendredi à la police après avoir été condamnés lors du plus vaste procès anti-corruption qu'ait connu le pays.

Publié le 15 nov. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Député et ancien président du Parti des travailleurs (PT, gauche), José Genoino, a été le premier à se rendre, au siège de la police fédérale à Sao Paulo. Il a été rapidement suivi par José Dirceu, ex-chef de cabinet et bras droit de Luiz Inacio Lula da Silva, ont constaté des photographe de l'AFP.

Les deux hommes, de même notamment que Delubio Soares (ancien guérilléro et trésorier du parti), ont été reconnus coupables lors d'un procès sur des achats de vote au Parlement entre 2003 et 2005 sous le premier mandat de Lula et condamnés à des peines de prison.

Mercredi soir, la Cour suprême du Brésil avait imposé l'exécution immédiate des peines de 16 des 25 condamnés du procès du «Mensalao», qui s'était achevé fin 2012.

Au cri de «Vive le PT» et le bras gauche levé, M. Genoino a pénétré dans les locaux de la police salué par quelques partisans.

Il avait auparavant remis à la presse une lettre clamant son innocence. «Avec indignation, j'exécute les décisions de la Cour suprême (STF) et répète que je suis innocent», a-t-il écrit.

«J'ai été condamné car j'exerçais la présidence du PT. Il n'y a aucune preuve de ce dont on m'accuse», a-t-il insisté, dénonçant une opération médiatique et se qualifiant de prisonnier politique.

En jeans et chemise blanche, M. Dirceu est arrivé peu après sur les lieux. Il a aussi salué ses partisans et dressé le poing.

Condamné à sept ans et 11 mois de prison, il a également diffusé un texte, reproduit sur le site du journal Folha de Sao Paulo, revendiquant son «innocence» et sa volonté de tout faire pour obtenir l'annulation de sa condamnation.

José Dirceu est accusé d'avoir été le chef d'orchestre d'un vaste système d'achats de votes de députés par le PT lors du premier mandat de Lula. Le caractère périodique du versement des pots-de-vin aux élus a valu à ce procès l'appellation de «Mensalao» (mensualité).

Condamnés à moins de huit ans de détention pour corruption active, MM. Dirceu, Genoino et Soares bénéficieront d'un régime de semi-liberté leur permettant de travailler à l'extérieur de la prison, où il devront cependant passer la nuit.

Les trois hommes, aux cotés de neuf autres condamnés (entrepreneurs, banquiers, publicitaires, politiques...), seront toutefois rejugés en 2014 sur autre volet de l'affaire. S'ils étaient à nouveau condamnés, ils pourraient alors voir leurs peines de prison devenir totalement effectives.

D'autres accusés se sont rendus ce vendredi à la police, parmi lesquels des membres de plusieurs partis et l'entrepreneur Marcos Valerio, qui a écopé de la plus forte peine du procès (37 ans de prison).

Dans un communiqué, le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff a dénoncé «un procès injuste» et réaffirmé sa «conviction qu'aucun de (ses) membres n'a acheté de voix au Congrès».

Le scandale du «Mensalao» avait failli coûter sa réélection à Lula en 2006, même s'il avait personnellement été mis hors de cause par la justice. Il a quitté le pouvoir en 2010 avec une popularité record de 80%.