Éprouvés par un demi-siècle de conflit, le plus vieux d'Amérique latine, les Colombiens attendent avec impatience les négociations de paix avec la guérilla des FARC, prévues à partir de la semaine prochaine à Cuba, sans trêve entre les belligérants.

Publié le 16 nov. 2012
Philippe Zygel AGENCE FRANCE-PRESSE

Un mois après une réunion symbolique en Norvège, autre pays garant du processus, les deux camps, réunis à La Havane, ont reporté à lundi l'ouverture de ces pourparlers qui devaient initialement démarrer le 15 novembre.

Le gouvernement de Juan Manuel Santos et la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont annoncé ce délai afin de s'accorder sur une «participation citoyenne» aux débats.

«La guérilla veut inclure des représentants de la société civile pour élargir les négociations aux questions sociales. Mais les autorités ne vont sans doute tolérer que la présence d'observateurs», a expliqué à l'AFP le politologue colombien Fernando Giraldo.

Les FARC doivent «prendre garde à ne trop faire pression car le gouvernement aurait alors toute légitimité pour rompre le processus», poursuit cet expert qui reste toutefois «optimiste».

Les délégations, dirigées par l'ancien vice-président Humberto de La Calle et le numéro deux des FARC Ivan Marquez, doivent aborder un agenda précis, scellé lors de rencontres secrètes tenues depuis des mois à Cuba.

Les négociations s'articuleront autour de cinq chapitres: développement rural, participation des FARC à la vie politique, fin des hostilités, lutte contre le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial, et droits des victimes.

À l'origine des FARC, issues en 1964 d'une insurrection paysanne, la concentration des terres s'annonce comme un point crucial: en Colombie, plus de la moitié des grandes propriétés agricoles sont détenues par à peine plus de 1% de la population, selon un rapport de l'ONU.

«Bonne volonté»

D'autres questions promettent d'agiter la société colombienne, comme celle des suspensions de peines pour les guérilleros en échange de la démobilisation.

Une solution qui heurte les associations de victimes tout comme les secteurs politiques radicaux opposés aux négociations, après l'échec de trois tentatives antérieures en 30 ans.

«Ce processus de paix, c'est une plaisanterie. Cela ne marchera jamais avec les FARC», lance à l'AFP un responsable militaire sous couvert de l'anonymat.

En près de 50 ans, le conflit a fait 600 000 morts, 15 000 disparus et près de quatre millions de déplacés dans le pays où ont sévi, outre les FARC, d'autres guérillas, des milices paramilitaires d'extrême droite, officiellement démobilisées, et des gangs criminels.

«S'il y a de la bonne volonté, il y aura des accords», a affirmé le président Santos, qui a fixé à «quelques mois» la durée des négociations et refusé d'instaurer un cessez-le feu afin de maintenir la pression sur l'ennemi.

Repliées dans les régions de montagne et de forêt, les FARC comptent encore 9200 combattants selon les autorités, après une hémorragie de ses troupes qui ont fondu de moitié en 10 ans, traquées par l'armée avec l'appui logistique des États-Unis.

Leur chef, Timoleon Jimenez, affiche aussi son «grand espoir» de parvenir à la paix, après avoir renoncé cette année à la pratique des enlèvements contre rançon et libéré les derniers policiers et militaires retenus en otage dans la jungle.

Les FARC envisageraient en outre d'observer un «cessez-le-feu durant la période de Noël», selon Carlos Lozano, un dirigeant du parti communiste colombien.

Une autre guérilla d'extrême-gauche, l'Armée de libération nationale (ELN), forte de 2500 insurgés, s'est aussi déclarée disposée à entamer des pourparlers de paix avec Bogota.

En attendant, dans les zones rurales, les affrontements continuent de mettre à rude épreuve les nerfs des habitants, partagés entre l'espoir et la méfiance.

À une semaine des négociations, l'explosion d'un véhicule piégé a fait plus d'une vingtaine de blessés et détruit une soixantaine de maisons à Suarez, une localité du sud-ouest du pays, où l'ancien dirigeant des Farc, Alfonso Cano, a été abattu par l'armée il y a un an.

«C'est toujours les civils qui trinquent. Espérons que les négociations vont mettre fin à tout ça», confie à l'AFP Erwan Quintero, un commerçant de 32 ans, dont la boutique a été entièrement rasée.