Un musée virtuel à Guantanamo en souvenir de la prison

Chantal Valery
Agence France-Presse
Washington

Un musée imaginaire, né de la collaboration d'une trentaine d'artistes et d'agitateurs, a poussé virtuellement dans la baie de Guantanamo, à Cuba, sur le site même de la prison controversée, où il entend être un lieu de mémoire dans la perspective encore lointaine de sa fermeture.

«Bienvenue au Musée d'art et d'histoire de la baie de Guantanamo». Entre rêve et réalité, le projet n'a qu'une existence virtuelle, sur un site internet (www.guantanamobaymuseum.org) où le visiteur est invité à se transporter dans le futur, quand la prison, qui renferme encore 168 détenus, souvent sans inculpation, ne sera plus qu'un souvenir.

«Le musée, situé sur l'ancien site du centre de détention de Guantanamo Bay à Cuba, est un lieu de mémoire sur la prison américaine qui était active entre 2002 et 2012 avant d'être mise hors service et fermée de manière permanente», peut-on lire sur la page d'accueil.

Sur son site internet, le musée est, carte Google à l'appui, localisé en lieu et place de la prison. Mais aucun des artistes ou analystes du musée n'a foulé le sol aride de cette zone de l'est cubain, au milieu des cactus et des iguanes, que les États-Unis louent à Cuba depuis 1903 pour abriter une base de l'US Navy.

«L'idée est de faire de la prison une institution aberrante et de revendiquer la possibilité de sa fermeture», explique à l'AFP Ian Alan Paul, conservateur du musée. «Les gens oublient la prison, on veut essayer d'engager un dialogue et de rappeler qu'elle continue de fonctionner tous les jours», a ajouté cet artiste, étudiant à San Francisco.

Près de 780 détenus soupçonnés de liens avec Al-Qaïda sont passés par ses geôles en dix ans d'existence. À peine une poignée d'entre eux ont été jugés ou condamnés depuis sa création par George W. Bush, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

Sur le site du musée inventé, on voit Barack Obama signer un décret bien réel pour la fermeture de la prison, deux jours après son arrivée au pouvoir en 2009. Dans une projection vers le futur, on apprend que le Congrès, qui a empêché pendant quatre ans tout transfert de détenus sur le sol américain, a fini par finaliser la fermeture du site «face à la pression internationale» à une date non précisée.

Spéculations

«Devenez artiste en résidence», «planifiez votre visite au musée», participez à des «tours guidés écologiques», propose le musée, au milieu d'expositions d'art plastique sur la torture et de publications de son Centre d'études critiques consacrées au détenu canadien Omar Khadr ou à la détention illimitée.

À l'approche de la présidentielle du 6 novembre, les créateurs du musée espèrent poursuivre leur projet avec des débats sur les violations des droits de l'homme et des expositions bien réelles dans des villes américaines.

Car si le programme du président sortant démocrate réaffirme la promesse de fermer le centre de détention, «lieu de tant de violations de la Constitution», le candidat républicain Mitt Romney plaide en faveur de son maintien.

«Je suis heureux que les détenus soient à Guantanamo, je ne les veux pas sur notre sol», avait-il soutenu en 2007, ajoutant qu'il «faudrait doubler» sa capacité.

Siège de tribunaux militaires d'exception très controversés, la prison reste l'objet de spéculations quant à son avenir. Certains préconisent qu'elle devienne une base d'entraînement militaire, d'autres un centre de recherche biologique, un lieu d'exposition pour la défense des animaux ou encore un «terrain neutre» pour les négociations avec Cuba.

«Cela ne peut pas être juste une transition vers un site militaire», estime de son côté Ian Paul, «cela doit être un lieu de mémoire pour qu'on n'oublie pas ce qui s'est passé ici».




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