Le scandale des Mères de la Place de Mai, qui éclabousse le gouvernement argentin, est revenu sur le devant de la scène mardi avec l'interrogatoire et l'incarcération de leur ancien fondé de pouvoir, suspecté de détournements de fonds et disposé à répondre à «tout».    

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le juge Norberto Oyarbide a décidé ce mardi la mise en détention des frères Sergio et Pablo Schoklender, dans le cadre de l'enquête d'une fraude présumée au détriment de la Fondation Mères de la Place de Mai», a annoncé le Centre d'Information Judiciaire (CIJ).

A son arrivée au tribunal dans le centre de Buenos Aires pour une audition préliminaire devant le juge Oyarbide, Sergio Schoklender, 53 ans, également soupçonné de blanchiment d'argent dans cette affaire, avait prévenu les journalistes qu'il allait «répondre à tout» ce qu'on lui demanderait.

Quelques heures après, son frère Pablo, également impliqué dans l'affaire, s'est présenté dans un commissariat de la capitale accompagné de ses avocats et a été arrêté, selon le CIJ.

Le mouvement des Mères de la Place de Mai, dédié au départ à la recherche des disparus de la dictature (1976-1983), est l'un des symboles de la défense des droits de l'homme en Argentine.

La Fondation «Rêves Partagés» des Mères, présidée par Hebe de Bonafini, 83 ans, était devenue sous les présidences de Nestor puis de Cristina Kirchner (au pouvoir depuis 2003) une ONG de 6.000 employés, recevant de l'Etat au total 129 millions d'euros pour la construction de logements sociaux.

Mère de deux fils disparus sous la dictature, Hebe de Bonafini, connue pour son intransigeance, a longtemps tardé avant de désavouer Sergio Schoklender, son homme de confiance, qui a finalement démissionné en mai 2011.

Sa fille, Maria Alejandra Bonafini, qui était directrice de la Fondation jusqu'à sa démission le 28 septembre 2011, figure parmi les 20 personnes citées à comparaître par le magistrat dans cette affaire.

Condamné pour avoir tué ses parents avec son frère Pablo en 1981, M. Schoklender était à la fois fondé de pouvoir et propriétaire de Meldoreck, l'entreprise de construction qui travaillait pour les Mères et qui possédait des avions, des yachts, des voitures de luxe et de nombreuses propriétés.

Les liens d'amitié entre Mme Bonafini et M. Schoklender ont été noués dans les années 1990. La dirigeante des Mères de la Place de Mai l'avait rencontré en prison et avait été très impressionnée par la capacité de travail d'un homme qui avait réussi à obtenir que les détenus puissent suivre des cours universitaires.

Sergio Schoklender a obtenu en prison les diplômes d'avocat et de psychologue. À partir de 1995, après dix ans de détention, il avait été autorisé à effectuer des sorties régulières.

La Brigade d'enquête financière a présenté devant la justice un dossier de 4.500 pages dans lequel le fondé de pouvoir démissionnaire est soupçonné aussi de blanchiment d'argent.

C'est une ancienne députée de la Coalition civique (opposition), Elsa Quiroz, détenue sous la dictature, qui avait porté plainte contre Schoklender.

Mais le scandale n'a vraiment éclaté qu'avec la décision de Hebe de Bonafini de se défaire de son fondé de pouvoir.

En 1987, les Mères s'étaient scindées en deux groupes.

L'un, plus indépendant, devenu les Mères de la Place de Mai-Ligne fondatrice, dont une des principales dirigeantes est Nora Cortinas, est resté une petite structure dédiée à la défense des droits de l'homme.

L'autre, plus politique, présidé par Hebe de Bonafini, est devenu une ONG recevant de grosses sommes pour la construction de logements sociaux et d'hôpitaux dans tout le pays.

Le scandale éclabousse plusieurs ministres du gouvernement mais ne semble pas, à ce stade, porter atteinte à la présidente Cristina Kirchner.