Napoléon renaît à Cuba avec la réouverture vendredi, après trois ans de travaux, du musée Napoléonien de La Havane, la plus grande collection impériale exposée hors d'Europe, dans un pays où l'Empereur n'a jamais mis les pieds mais a suscité des passions.

Publié le 30 mars 2011
Jean-Hervé DEILLER AGENCE FRANCE-PRESSE

Sur les quatre étages d'un des plus prestigieux palais de style florentin de la capitale cubaine, sur la colline de l'université, le musée Napoléonien offre quelque 8.000 pièces d'exposition en relation avec la Révolution française, le Consulat et l'Empire.

Avec pour clou de la collection de tableaux et statues, de costumes et armes, de porcelaines et bronzes, le masque mortuaire de Napoléon, ramené de Sainte-Hélène par le dernier médecin de l'Empereur déchu, Francesco Antommarchi, qui finit sa vie en soignant la fièvre jaune à Santiago de Cuba.

«Il ne s'agit pas d'un monument à la conquête ou d'un culte du militarisme», a toutefois mis en garde Eusebio Leal, l'Historien de La Havane, en charge depuis 1967 de la rénovation et de la mise en valeur de l'immense patrimoine culturel et artistique de la capitale cubaine.

Cet exceptionnel musée se veut plutôt «une contribution à l'étude d'un phénomène universel qui a concerné tant de pays, y compris en Amérique latine», a souligné l'Historien de la Ville, en évoquant lors de son inauguration les destins croisés de Napoléon, du «Libertador» Simon Bolivar et de Francisco de Miranda, héros de l'indépendance du Venezuela et général de la Révolution française.

Il s'agit aussi d'une «extraordinaire mise en valeur d'un patrimoine commun», a ajouté à ses côtés l'ambassadeur de France à La Havane Jean Mendelson, qui avait pour l'occasion invité la princesse Napoléon, veuve d'un descendant de Jérôme Bonaparte, frère cadet de Napoléon, à participer à la réouverture de cette «étape importante» du tourisme napoléonien.

De minutieux travaux de rénovation ont porté durant trois ans tant sur le bâtiment que sur les collections.

Les meilleurs corps de métier cubains ont participé à la rénovation de la Dolce Dimora, la Douce Demeure, construite de 1926 à 1929 pour le compte du politicien italo-cubain Orestes Ferrara Marin par les architectes Evelio Govantes et Félix Cabarrocas, qui avaient déjà à leur actif l'imposant Capitole de La Havane, inspiré du Panthéon de Paris.

Dans ce prestigieux écrin de style renaissance florentine, s'est nichée au début des années soixante l'extraordinaire collection réunie par l'homme d'affaires Julio Lobo, qui mit sa fortune acquise dans le sucre au service de sa passion pour l'Empereur.

Les travaux d'aménagement ont notamment permis l'exposition de costumes et de pièces d'orfèvrerie que les conditions climatiques tropicales de La Havane mettaient auparavant en danger.

La bibliothèque -100 m2 de bois précieux au quatrième étage du bâtiment- offre un ensemble unique de quelque 5.000 volumes reliés, en français, espagnol et anglais sur l'épopée révolutionnaire et impériale française.

Et la collection continue de s'enrichir. Le président cubain Raul Castro lui-même a remis au musée une montre en or qui lui avait été offerte dans les années soixante, legs des descendants de Francesco Antommarchi.

Revenue, «avec une certaine émotion et beaucoup de joie», à Cuba où elle avait passé quelques jours en 1951 avec son mari, la princesse Napoléon a également contribué à l'enrichissement du musée avec le don d'une partie d'un service en porcelaine qui sera désormais exposée à La Havane, à plus de 8.000 kilomètres de la Corse natale de l'Empereur.