Un groupe armé a enlevé une jeune policière de 28 ans restée seule en place après la démission ou la mort de ses collègues dans cette région où les cartels de la drogue se livrent une guerre acharnée.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Jeudi dernier, un commando d'une dizaine d'hommes a pris d'assaut la maison d'Irma Erika Gandara, incendiant le bâtiment et deux véhicules garés en face, avant de repartir avec la jeune femme, a rapporté lundi le ministère public, citant des témoins.

Célibataire et sans enfants, elle avait l'habitude de patrouiller fusil automatique en main dans les rues de Guadalupe.

Cette localité de 9000 habitants, située à 5 km de la frontière avec l'État américain du Texas et à 60 km de Ciudad Juarez, se trouve en plein coeur de l'une région des plus violentes du Mexique, où plus de 3.100 personnes ont été assassinées cette année.

Dans l'ensemble du pays, plus de 30 000 personnes ont été tuées dans des règlements de compte entre cartels ou leurs affrontements avec les forces de l'ordre depuis l'arrivée au pouvoir du président Felipe Calderon fin 2006.

Durant cette période, le Conseil citoyen de sécurité publique, organisation civile mexicaine, a également recensé 5300 rapts.

«Le nombre d'enlèvements au Mexique a augmenté de 317 % ces cinq dernières années», a déclaré ces dernières semaines à l'AFP le président de la Commission de sécurité publique à la Chambre fédérale des députés, Jose Luis Obando.

Erika Gandara avait commencé dans la police comme radio-opératrice mi-2009 puis s'est retrouvée toute seule en juin quand sept de ses collègues ont démissionné après l'assassinat d'un de leurs chefs.

«Ici, personne ne veut entrer dans la police, et d'ailleurs il n'y a pas de budget», avait-elle déclaré à l'AFP en octobre.

«Moi, je suis policière. Je ne suis pas ici pour faire du social ou de l'humanitaire. Je suis le seul policier du village, l'autorité», avait-elle ajouté pour marquer sa différence avec Marisol Valles, une étudiante de 20 ans, devenue en octobre chef de la police municipale du village voisin de Praxedis Guadalupe Guerrero, à la tête d'une escouade d'une vingtaine d'agents.

Faute de moyens, cette dernière avait renoncé d'emblée à affronter les cartels et annoncé qu'elle se concentrerait sur le social.

La Valle De Juarez est le théâtre d'une guerre acharnée entre les cartels dits de «Sinaloa» et de «Juarez» pour le contrôle du marché local de la drogue et du trafic de marijuana et de cocaïne vers les États-Unis, selon le gouvernement.

Les fusillades, les incendies criminels de maisons et de voitures ou encore les enlèvements y sont devenus quasi-quotidiens.

Dimanche encore, un vendeur de chaussures a été tué dans son magasin à Guadalupe.

Dans des milliers de villages mexicains, les policiers municipaux, peu nombreux, peu armés et mal payés, finissent par se mettre au service des trafiquants, a reconnu le gouvernement, qui propose d'unifier ces forces au sein de 32 entités dépendant des gouverneurs de chacun des États du pays.