Haïti attendait lundi les élections présidentielle et législatives de dimanche sur fond de mécontentement de la population, toujours aux prises avec l'épidémie de choléra, et de certains candidats face aux difficultés d'organisation du scrutin.

Publié le 22 nov. 2010
Clarens Renois AGENCE FRANCE-PRESSE

Les radios haïtiennes rapportaient lundi matin des manifestations à Miragoâne, une ville côtière du sud du pays, où la population a érigé des barrages pour protester contre la désignation, frauduleuse selon elle, des superviseurs électoraux, accusés d'être des membres du parti au pouvoir.

Ce week-end, quatre des 19 candidats à la présidence ont demandé un report des scrutins à cause du choléra. L'épidémie a suscité des manifestations violentes la semaine dernière dans tout le pays, notamment à l'encontre des casques bleus de l'ONU, accusés d'avoir importé le choléra.

«Nous demandons aux autorités de repousser la date des élections, d'établir et de publier un plan de lutte contre l'épidémie de choléra qui menace la vie de tous les Haïtiens», ont écrit Josette Bijou, Gérard Blot, Garaudy Laguerre et Wilson Jeudy, tous très mal classés dans les sondages.

Mais lundi, le candidat Jacques-Édouard Alexis, ancien premier ministre du président René Préval, a insisté sur la nécessité d'organiser le scrutin comme prévu, tout en reconnaissant qu'«Haïti ne pourra pas réaliser les élections dans des conditions normales».

Malgré le choléra et le fait que des centaines de milliers de personnes vivent sous la tente depuis le séisme du 12 janvier, le président Préval, critiqué pour son inaction face à l'épidémie de choléra, «doit partir le 7 février», date de l'expiration de son mandat, a affirmé M. Alexis au cours d'une conférence de presse. «C'est pourquoi il faut organiser les élections. Le peuple doit aller voter», a-t-il insisté.

Mais, a averti ce candidat, «nous ne permettrons pas que cette élection se termine par des résultats contestés» et «nous n'accepterons pas un candidat doublure» de Préval.

Près de 4,7 millions d'Haïtiens sont appelés à choisir un successeur au président Préval et élire 11 sénateurs et 99 députés.

Parmi d'autres, la Conférence des évêques d'Haïti a appelé dimanche à aller voter «pour choisir des dirigeants qui travailleront pour tout le peuple» et à ne pas participer à la violence.

Plusieurs partis politiques ont dénoncé des actes d'intimidation de l'électorat lors de rassemblements dans les provinces ainsi que la menace des armes qui pourrait perturber la journée de vote.

Selon le dernier bilan communiqué lundi par le ministère de la Santé, le choléra a fait au total 1344 morts dans le pays depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre, soit 69 de plus que dans le précédent bilan quotidien.

Le nombre d'hospitalisations atteint 23 377 depuis le début de l'épidémie et 56 901 cas de contamination ont été recensés. Le département de l'Artibonite, situé au nord de l'île, où s'est déclarée la maladie, est le plus touché, avec la moitié des décès (701).

Mais Renato Souza, infirmier et porte-parole de Médecins sans frontières à l'hôpital Sainte-Catherine de Cité-soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince, disait constater une stabilisation. «Cité soleil c'est un des foyers du choléra. Depuis une semaine, les cas de choléra qui arrivent ici sont assez stables. Environ 200 par jour. Depuis ce matin, on en a eu 77.»

«Le choléra est arrivé il y a deux semaines et demie à Port-au-Prince. Au début, le nombre de cas doublait chaque jour. Depuis la semaine dernière ça s'est stabilisé», confirmait Isabelle Janson, membre de MSF à l'Hôpital Sainte-Catherine.