Un homme a été tué par balles mercredi en Haïti et plusieurs personnes ont été blessées, après des heurts entre Casques bleus et manifestants sur fond d'épidémie de choléra dans la ville du Cap-Haïtien, dans le nord du pays, a-t-on appris de source policière.

Publié le 17 nov. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Les affrontements sont survenus en début d'après-midi dans la deuxième ville d'Haïti entre les manifestants et une patrouille de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), selon cette source, qui n'a pas précisé si le mort était un soldat de l'ONU ou un manifestant.

Des responsables d'organisations humanitaires se sont plaints du fait que les affrontements compromettaient leurs opérations au Cap-Haïtien, tandis qu'un responsable de l'ONU a jugé que ces manifestations étaient «clairement orchestrées».

Un porte-parole de l'ONU, Vincenzo Pugliese, interrogé par l'AFP, n'a pas confirmé que les affrontements avaient fait un mort. Il a en revanche affirmé que les fonctionnaires de l'ONU ne s'étaient pas rendus à leur travail mercredi en raison de la situation tendue sur le terrain.

Lors de l'incident de mercredi, un groupe de manifestants aurait creusé une tranchée au nord de la ville et un véhicule de l'ONU serait tombé dans le piège.

En début de semaine, des heurts avaient fait deux morts et 14 blessés dans la même ville, ainsi que six blessés parmi les soldats de l'ONU à Hinche, au centre de l'île.

Les manifestants protestaient contre la mission de l'ONU et la gestion de la crise sanitaire née de l'épidémie de choléra, qui a touché plus de 18 000 personnes et provoqué 1110 décès en Haïti, selon le dernier bilan officiel.

L'organisation humanitaire Oxfam a dit craindre que les affrontements ne favorisent la propagation de l'épidémie.

«Les routes sont bloquées par des manifestants et des pneus qui brûlent, et nous ne pouvons pas atteindre nos lieux de travail, en particulier avec des camions transportant des denrées cruciales comme du savon, des tablettes de purification d'eau ou des sels de réhydratation», a déploré Julie Schindall, porte-parole d'Oxfam en Haïti.

«Nous avons dit à nos employés, qui sont pour la plupart Haïtiens et vivent à Cap-Haïtien, de rester chez eux tant que nos opérations sont suspendues. Les rares employés internationaux ont eu pour consigne de rester au bureau pour le moment», a-t-elle ajouté.

«Plus vite, nous pourrons faire notre travail, moins l'épidémie a des chances de s'étendre. Il ne serait pas surprenant de voir une hausse des cas (de choléra) en raison du délai», a poursuivi Mme Schindall.

Un employé humanitaire a par ailleurs indiqué à l'AFP que certains manifestants recevaient des bouteilles de rhum. Le coordinateur humanitaire de l'ONU en Haïti, Nigel Fisher, a jugé «vital de faire tout ce qui est possible pour contenir cette épidémie à Cap-Haïtien tant que c'est encore possible»,

«Nous appelons toutes les personnes impliquées dans ces manifestations clairement orchestrées à cesser immédiatement pour que les partenaires nationaux et internationaux puissent continuer à sauver des vies avec la réponse au choléra», a dit M. Fisher dans un communiqué.

Selon l'ONU, 7,5% des personnes atteintes de choléra dans le Nord du pays en meurent, le taux le plus élevé du pays.