Lina Racine et son mari Jean Tremblay sont arrivés au Grand Princess Riviera vendredi dernier pour un séjour d'une semaine à la Riviera Maya, au Mexique. Vers 9 h 30, dimanche, ils ont traversé le hall secondaire de leur hôtel pour aller attendre le petit train qui mène au centre du complexe hôtelier.

Mis à jour le 16 nov. 2010
Catherine Handfield LA PRESSE

En chemin, Jean Tremblay s'est arrêté pour feuilleter le journal, mais sa femme lui a suggéré de remettre ça à plus tard. «Je lui ai dit qu'il aurait l'occasion de le lire plus tard, parce que je voulais revenir dans le hall pour aller sur l'internet, a raconté Lina Racine. Il m'a dit ok, et il a refermé le journal.»

Aussi anodine soit-elle, cette décision leur a peut-être sauvé la vie.

Les deux amoureux sont sortis du hall et se sont installés sur le bord du chemin pour attendre le train. Quelques instants plus tard, une puissante explosion a soufflé le hall, causant la mort de sept personnes, dont cinq touristes canadiens.

«Cinq secondes plus tôt, on était morts nous aussi», a dit Jean Tremblay. Une accumulation souterraine de méthane serait à l'origine du drame.

Jean Tremblay et Lina Racine, qui vivent à Québec, font partie des six Canadiens blessés lors de l'explosion. Ils ont accepté de raconter leur histoire à La Presse, hier, lors d'un entretien téléphonique de leur chambre d'hôpital, dans la région de Cancún. Le couple souffre de brûlures, de coupures et, dans le cas de Mme Racine, d'une fracture à la jambe.

Projetés d'une dizaine de pieds

Malgré le choc et la douleur, Lina Racine, 44 ans, se souvient très bien de l'explosion. Du bruit sourd et du puissant coup de vent qui l'a projetée vers l'avant. «Ça n'a pas été long, mais j'ai eu l'impression de descendre des dizaines d'étages», a-t-elle raconté. «Je présume que nous avons été projetés entre 10 et 15 pieds vers l'avant», a ajouté Jean Tremblay.

Une fraction de seconde plus tard, ils ont rouvert les yeux. La poussière et les débris les empêchaient de voir clair. En reprenant leurs esprits, ils ont réalisé qu'ils se trouvaient dans un trou et qu'une porte recouvrait les jambes de Lina.

Tous deux ont échangé quelques mots pour s'assurer que l'autre était encore en vie. Puis, ils ont hurlé de toutes leurs forces. Des employés et des touristes sont aussitôt accourus pour les aider à sortir. Ils ont attendu l'ambulance étendus sur l'herbe. À côté d'eux, une femme de chambre pleurait, le visage ensanglanté.

La convalescence sera longue pour Lina Racine. Son tibia gauche est fracturé et elle souffre d'importantes brûlures aux deux mollets et au bras gauche. Hier matin, le médecin lui a annoncé qu'elle devra rester alitée au Mexique au moins deux jours encore.

Jean Tremblay, 46 ans, souffre lui aussi de diverses brûlures et d'une coupure à la tête. Il a néanmoins obtenu son congé hier et en a profité pour retourner à l'hôtel afin d'organiser leur retour à Québec.

Le couple a très hâte de retrouver son fils de 19 ans, resté à la maison.

«Aujourd'hui, je pense à ceux qui ont perdu leur conjoint, qui ont perdu leur enfant, a conclu Lina Racine. C'est très douloureux, je souffre, mais mon chum est encore là. Parfois, ça prend des événements comme ça pour réaliser à quel point la vie est belle.»

Les Charmont en deuil

Pendant ce temps, à Drumheller, en Alberta, la famille Charmont tentait d'encaisser le choc. Chris Charmont, 41 ans, et son fils John, 9 ans, ont tous deux péri lors de l'explosion. La femme de la victime, Tara, et leur fille Meagan, 10 ans, se trouvaient elles aussi au Grand Riviera Princess. Elles devaient revenir au pays hier soir.

«Tara est sous le choc, a résumé la belle-soeur de Chris Charmont, Debbie Moore. C'est une famille très unie et Chris a tout fait pour ses enfants.» Il était l'entraîneur de l'équipe de hockey de John, un enfant très sportif.

Malcolm Johnson, courtier immobilier de Nanaimo, en Colombie-Britannique, a lui aussi péri. L'homme de 33 ans s'était rendu au Mexique la semaine dernière pour se marier, selon le journal The Province, à Vancouver.

Enfin, les autorités mexicaines ont déploré la mort de Darlene Ferguson, une femme de 51 ans originaire de la région d'Edmonton, d'Elgin Barron, 51 ans, qui est originaire de Guelph, en Ontario, ainsi que de deux employés mexicains, Sergio Villegas Marquez et Eduardo Flores.

Photo tirée de Facebook

Malcolm Johnson en compagnie de sa femme et de sa fille.