Mexico voudrait devenir capitale du tourisme «gai», et l'a fait savoir spectaculairement en offrant son voyage de noces au premier couple homosexuel argentin qui profitera de la toute récente autorisation légale votée dans son pays.

Jennifer Gonzalez AGENCE FRANCE-PRESSE

Deux mariages entre hommes ont déjà été célébrés en Argentine, mais grâce à une décision de justice et non pas au nom de la loi, qui précisait que le mariage est contracté «entre un homme et une femme».

En ce domaine, la ville de Mexico a innové, d'abord en légalisant le mariage homosexuel en décembre 2009, puis en célébrant en mars de cette année les premiers mariages «légaux», dont l'un entre deux femmes, une «première» latino-américaine.

Ces initiatives de Marcelo Ebrard, le chef du gouvernement du District fédéral de Mexico, ont été violemment dénoncées par l'Église, dans un pays ancré dans la religion catholique, mais aussi par le président de la République en personne, Felipe Calderon, et d'autres dignitaires de son parti conservateur.

La justice a été saisie de recours en annulation de la fameuse loi, mais sans y donner suite jusqu'ici.

Mexico est attaquée officiellement au nom de la religion, mais elle est également en butte aux insultes et sarcasmes homophobes, certes classiques mais particulièrement virulents dans un pays de tradition particulièrement «macho»: «l'homosexualité n'est pas de mise sous un sombrero et derrière de grosses moustaches», commente un «homo anonyme», comme il se présente à l'AFP.

Mexico persiste et signe. Avec l'invitation aux «gais» argentins, et son «Office du tourisme lesbiano-gai», inaugurée cette semaine.

La capitale «a tout pour se profiler comme la première destination «gay friendly» (amie des «gai») d'Amérique latine», a déclaré son ministre du Tourisme, Alejandro Rojas.

Il est animé par un «esprit d'ouverture et de tolérance», professe-t-il, sans négliger l'intérêt économique de la ville: les touristes homosexuels «dépensent en moyenne 47% de plus qu'un touriste conventionnel», souligne-t-il.

Au coeur de la «Zone rose», le quartier quasi-réservé de la communauté «gai» dans la mégapole de 20 millions d'habitants, Tito Vasconcelos, acteur et propriétaire d'une chaîne de boîtes de nuit, applaudit. Mais tempère en soulignant un «manque de concordance entre les discours et la réalité».

Il a participé en 1978 à la première sortie publique de la communauté homosexuelle à Mexico, quand quelques-uns de ses représentants ont rejoint une manifestation d'étudiants. En juin dernier, la «Gay pride» a rassemblé plus de 400.000 personnes dans la capitale.

«Il y a eu beaucoup d'avancées sur la question des différences sexuelles, mais tout ne se règle pas par décret. Il manque bien des choses, et par exemple la formation de ceux qui rendent la justice», estime-t-il.

«Certes, il est devenu habituel de voir des personnes du même sexe se tenir par la main, ou se donnant des marques d'affection en public, mais nombre d'administrateurs de la justice ne savent que faire quand un «gai» est agressé», souligne-t-il.

Dario T. Pie relativise, tout en se maquillant avant de monter en scène sous les traits de la célèbre actrice mexicaine Maria Felix: «Nous avons souffert des attaques des conservateurs, mais avec d'énormes bénéfices, car lorsqu'on interdit, quand on censure, les spectateurs se précipitent pour voir le spectacle maudit».

Ricardo Bucio, du Conseil national de prévention contre la discrimination (CONAPRED), annonce toutefois des chiffres inquiétants: 645 meurtres homophobes au Mexique depuis 1995. Le plus récent, celui d'une militante transsexuelle, début juillet.