Le Venezuela a célébré lundi avec un grand défilé militaire teinté de rouge le bicentenaire de son indépendance, placé sous le sceau de la «révolution» par le président socialiste Hugo Chavez, une nouvelle fois fustigé par l'opposition pour son autoritarisme.

Beatriz Lecumberri AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ici se trouvent les fils et filles de Bolivar 200 ans après (...) le 19 avril est née la Grande patrie qui est plus vivante que jamais», a clamé Chavez, vêtu d'un uniforme militaire de gala et d'un béret rouge, sur le «paseo de los Proceres» (l'avenue des grands hommes) de Caracas.

Simon Bolivar, libérateur du Venezuela et d'autres Etats sud-américains, participa au renversement du pouvoir colonial espagnol le 19 avril 1810, premier pas vers l'indépendance du pays qui fut officielle après la bataille de Carabobo, le 24 juin 1821.

«El Libertador» est une référence constante du président vénézuélien, qui a d'ailleurs entamé les festivités par le dépôt, au Panthéon national, d'une gerbe sur l'urne contenant les cendres de Bolivar.

Accompagné de la présidente argentine Cristina Kirchner, de son homologue dominicain Leonel Fernandez et de ses alliés du bloc antilibéral de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), à commencer par le président cubain Raul Castro, Chavez est ensuite parti assister à un immense défilé militaire.

Quelque «12 000 combattants socialistes, anti-impérialistes et révolutionnaires», selon le général Celso Canelon, ont marché sous les yeux d'une foule de sympathisants chavistes vêtus de rouge.

La couleur de la révolution était aussi celle des uniformes de la milice nationale bolivarienne, groupes de civils rattachés aux forces armées et dépendant du président de la République.

L'armée, qui a adopté le slogan «la patrie socialiste ou la mort», a aussi exhibé ses avions de combats chinois K-8 et ses chasseurs russes Sukhoi-30 flambant neufs, destinés à renforcer la défense du pays en cas d'invasion, selon M. Chavez.

Il considère comme une menace l'accord autorisant depuis peu l'armée américaine à utiliser sept bases chez son voisin colombien.

Washington assure qu'il s'agit simplement de lutter contre le trafic de drogue et accuse Caracas d'alimenter une course aux armements dans la région.

«Nous sommes ici unis, civils et militaires. Le peuple et son armée garantissant l'indépendance du Venezuela,» a déclaré le chef de l'Etat, qui n'avait cependant invité aucun dirigeant de l'opposition vénézuélienne.

Le pays est profondément divisé après 11 ans de pouvoir chaviste, populaire auprès des pauvres pour ses programmes sociaux financés par la manne pétrolière, mais critiqué par une opposition hétéroclite qui l'accuse de vouloir baillonner les voix dissidentes.

«Ce n'est pas possible de célébrer» le bicentenaire dans un pays gouverné par un régime «militarisé et autoritaire», a lancé samedi l'ex-président vénézuélien, Carlos Andres Perez.

«Le pouvoir attise la division et l'affrontement entre les Vénézuéliens», abonde la Table de l'unité démocratique (MUD), coalition de partis d'opposition.

En février, Chavez a affirmé que sa révolution durerait 900 ans et qu'il était prêt à rester 11 ans de plus au pouvoir pour parachever la mise en place de son «socialisme du XXIème siècle», qui s'est traduit notamment par la nationalisation de secteurs stratégiques (hydrocarbures, électricité, télécommunications, sidérurgie, banques).