La violence liée au trafic de drogue a fait irruption dans la campagne électorale pour les législatives du 5 juillet au Mexique, avec des coups de feu contre des candidats d'opposition dans deux points «chauds» du pays.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Les Mexicains éliront le 5 juillet l'ensemble de leurs 500 députés, les gouverneurs de six de leurs 32 États, et plus de 600 conseils municipaux. Un candidat du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), Nicanor Adame, a été blessé par balle lundi par des inconnus dans l'État de Guerrero (sud), près de la célèbre station balnéaire d'Acapulco, sur la côte de l'océan Pacifique.

Dimanche, le cortège d'Emmanuel Lopez, candidat à Acapulco d'une autre formation de gauche, le Parti social démocrate (PSD), avait été la cible de tireurs sur une route proche d'Acapulco. Il n'avait pas été touché, mais son suppléant, Ruben David Sanchez, blessé, a subi une intervention chirurgicale.

Un autre candidat du PSD avait essuyé des coups de feu samedi dans la même région, et son chauffeur avait été blessé par un des tirs, a ajouté lundi la police.

Ces attentats n'étaient pas les premiers à viser le PSD, qui s'est prononcé à plusieurs reprises pour la légalisation de la drogue au Mexique. Une position qui ne semble pas plaire aux cartels de la drogue, dont l'État de Guerrero est un fief connu.

Au Mexique, on estime à plus de 5 300 en 2008, et plus de 2 500 depuis le début de 2009, le nombre de morts violentes provoquées par les activités des cartels, qui se disputent le contrôle du trafic de drogue et de son expédition aux États-Unis, premier client mondial pour la la cocaïne.

Les dirigeants du PRD dans l'État de Guerrero ont demandé lundi aux autorités «d'assurer la sécurité de tous les candidats, quel que soit leur parti». Des municipalités sont particulièrement dangereuses, «en raison de la présence des trafiquants de drogue», ont-ils expliqué.

Des attentats similaires ont été commis à l'autre bout du pays, près de la frontière des États-Unis, un point de passage long de 3 000 km pour la drogue.

En Basse-Californie (nord-ouest), la voiture de la candidate du PSD a été brûlée par un cocktail Molotov vendredi dernier, et des coups de feu ont été tirés quelques jours plus tôt contre une autre voiture qui affichait un slogan du PSD proclamant «Les choses ne se règlent pas à coups de feu, légalisons les drogues».

Le PRD est la deuxième force politique à l'Assemblée nationale. Le PSD ne représente que 2% des députés, mais se fait remarquer par des propositions dérangeantes pour l'Eglise, comme la dépénalisation de l'avortement et la légalisation du mariage homosexuel, ou pour les cartels, celle des drogues «les plus utilisées dans le pays».

Cette légalisation de la drogue «pourrait mettre un terme aux meurtres et à la violence généralisée», estime le PSD.

«Il est clair que la légalisation des drogues frappe la colonne vertébrale du trafic de drogue», a déclaré le président du PSD pour l'État de Guerrero, Diaz Cuervo.

Le «climat actuel de violence» est le produit de la «guerre» déclarée aux cartels par le gouvernement du président Felipe Calderon depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2006, «une stratégie qui n'a pas fonctionné» malgré «la militarisation des rues», affirme M. Cuervo.

M. Calderon a mobilisé plus de 36 000 militaires et policiers contre les cartels à travers le pays.

Le Mexique est «le pays sans guerre civile le plus violent du monde», martèle M. Cuervo dans ses messages de campagne télévisés.