Candidat pour 2012, évidemment. Fort de sa victoire au référendum sur la fin de la limitation des mandats présidentiels successifs, Hugo Chavez compte garder le pouvoir aussi longtemps que possible pour mener son programme socialiste, sans s'occuper de l'opposition qui crie au despotisme.

Mis à jour le 16 févr. 2009
Christopher Torchia ASSOCIATED PRESS

«Ceux qui ont voté «oui» aujourd'hui ont voté pour le socialisme, pour la révolution», a déclaré le bouillonnant chef de l'Etat dimanche soir devant des milliers de partisans rassemblés à Caracas sur fond de feux d'artifice. «En 2012, il y aura une élection présidentielle et, à moins que Dieu n'en décide autrement, à moins que le peuple n'en décide autrement, le soldat que voici est déjà candidat», a-t-il lancé, déclenchant un tonnerre d'applaudissements.

Le «oui» l'a emporté par 54% contre 46%, selon les résultats communiqués dimanche soir par la commission électorale après dépouillement de 94% des bulletins. La participation s'est élevée à 67%.
Hugo Chavez n'en est pas à son coup d'essai en matière de réforme de la Constitution sur le cumul des mandats: élu en 1998, il a fait adopter par référendum en 1999 une nouvelle Constitution portant le mandat présidentiel à six ans au lieu de cinq, renouvelable une fois. Après avoir survécu à une tentative de coup d'Etat en 2002, un référendum révocatoire en 2004 et un échec à un premier référendum sur la levée de la limitation des mandats en 2007, l'ancien parachutiste putschiste a récemment déclaré envisager de rester au pouvoir jusqu'à l'âge de 95 ans, en 2049. «L'avenir du pays est en jeu», a-t-il ajouté.
La «révolution bolivarienne», du nom du héros de l'indépendance latino-américaine Simon Bolivar, a profondément divisé le pays, entre les chavistes qui applaudissent aux réformes sociales menées avec l'argent du pétrole, et l'opposition qui dénonce un autocrate assoiffé de pouvoir.
La popularité d'Hugo Chavez s'explique largement par le succès de ses programmes sociaux de logement, d'éducation et de santé ainsi que la nationalisation des grandes entreprises, financés par la manne pétrolière enfin redistribuée. Certes la moitié de la population reste pauvre, mais la pauvreté a reculé de 44% des foyers en 1998 à 30% aujourd'hui.
A l'échelle régionale, le président vénézuélien est devenu le chef de file des nouveaux dirigeants de la gauche latino-américaine, se posant en unique rempart contre l'impérialisme américain, à l'image autrefois d'un Fidel Castro dont il se revendique le fils spirituel.
Mais de la comparaison avec Castro, l'opposition ne retient que l'aspect autoritaire et met en garde contre une dérive despotique du pouvoir. L'annonce de la victoire du «oui» au référendum a été accueillie avec consternation, colère et même pleurs pour certains au siège de campagne des anti-chavistes dimanche.
«Cela va devenir une dictature de fait», a prédit le leader de l'opposition, Omar Barboza, dénonçant dans un entretien à l'Associated Press «le contrôle de tous les pouvoirs, l'absence de séparation des pouvoirs, l'exploitation sans scrupules des ressources de l'Etat et la persécution des adversaires» de Chavez.
L'opposition a reconnu sa défaite mais elle accuse le pouvoir d'avoir pour l'emporter utilisé les ressources publiques et les médias qu'il contrôle, fait pression sur les deux millions de fonctionnaires et imposé la diffusion en direct des discours présidentielles sur toutes les chaînes de télévision. Avec les tribunaux, le Parlement et la commission électorale soumis, et la levée de la limitation des mandats présidentiels, Hugo Chavez semble désormais impossible à arrêter.
«Son intention est claire: il aspire à être président à vie. Il est convaincu d'incarner la volonté du peuple et d'être indispensable au progrès du pays», constate Michael Shifter, du centre pour le Dialogue interaméricain à Washington. Mais la corruption et le crime continuent de ronger le Venezuela, par ailleurs confronté à la crise économique internationale. Et, sachant que le pétrole alimente environ la moitié du budget fédéral, la chute des cours après l'envolée de l'été 2008 pourrait entraîner dans son sillage la cote de popularité d'Hugo Chavez.