(Khartoum) Des centaines de Soudanaises ont manifesté lundi à Khartoum à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, premier rassemblement de ce genre au Soudan depuis des décennies.

Agence France-Presse

Les manifestantes ont scandé «Liberté, paix, justice», un des slogans phares du mouvement de contestation qui avait secoué le Soudan de décembre 2018 à août 2019 et précipité la chute du président Omar el-Béchir, destitué par l’armée en avril.

Dans le quartier de Burri à Khartoum, de nombreuses femmes ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «La révolution des femmes continue» et «Nous sommes la révolution, nous sommes le changement».

D’autres pancartes ont appelé à l’«arrêt du viol des femmes du Darfour», région de l’ouest du Soudan qui a été le théâtre d’une guerre sanglante.

«Il y a une atmosphère de liberté maintenant», s’est réjouie Fatima, une étudiante de 21 ans. «Il y a moins de violence mais nous devons toujours changer les lois» jugés discriminatoires envers les femmes. Derrière elle, des manifestantes sifflent et tapent des mains.

Durant les 30 ans de règne d’Omar el-Béchir, le Soudan a appliqué une version très rigoriste de la charia, la loi islamique. Des milliers de Soudanaises ont été condamnées à de lourdes amendes et flagellées, pour «tenue indécente» ou consommation d’alcool, selon des membres de la société civile.

Les femmes ont été en première ligne des manifestations contre M. Béchir puis contre les militaires lui ayant succédé. L’arrivée d’un nouveau pouvoir, en août, a soulevé l’espoir chez de nombreux militants des droits humains que ces autorités se débarrasseront des lois encourageant la violence contre les femmes.

Abdallah Hamdok, le nouveau premier ministre, a donné de premiers signes encourageants en nommant quatre femmes ministres et en promettant de défendre les droits des femmes.

À Khartoum, Adila Farouk dit être venue manifester «pour réclamer la fin des violences contre les femmes». «J’ai été victime de harcèlement sexuel, mais c’est rien par rapport à ce que d’autres femmes ont subi».