La justice sud-africaine a encore renvoyé vendredi, cette fois au 30 novembre, le procès de l'ex-président Jacob Zuma pour corruption en marge d'un contrat d'armements, pour permettre à ses nouveaux avocats de s'informer du dossier.

Mis à jour le 27 juill. 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Votre dossier est renvoyé au 30 novembre 2018», a lancé le juge Mjabuliseni Madondo à l'accusé, debout dans le box du tribunal de Pietermaritzburg.

M. Zuma, 76 ans, est soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin de la part du groupe d'électronique et de défense Thales à l'occasion d'un contrat d'armement d'un montant de près de 4 milliards d'euros attribué en 1999.

À l'époque «ministre» provincial puis vice-président du pays, l'ancien chef de l'État nie les accusations portées contre lui.

L'entreprise française est également poursuivie dans ce dossier.

L'avocat «historique» de M. Zuma, Michael Hulley, s'est récemment retiré du dossier en raison d'une polémique sur le remboursement des frais de justice de son client par l'État. La question doit être bientôt tranchée par la justice.

Son nouveau défenseur a indiqué vendredi au tribunal qu'il entendait déposer une requête en annulation des poursuites contre Jacob Zuma, mais a sollicité un délai pour prendre connaissance de l'acte d'accusation.

«Nous allons nous occuper de cette affaire. Donnez-nous la chance de bâtir un dossier solide», a plaidé Michael Hellens.

«Un délai de trois mois sera suffisant, ce qui signifie que la défense sera autorisée à déposer sa requête le 16 novembre 2018 au plus tard», a tranché le juge Madondo.

Comme l'accusation, l'avocat de Thales, Anton Katz, s'est lui déclaré à entrer «au plus vite» dans le vif du sujet.

La direction du groupe a de son côté «pris acte» vendredi la décision cette semaine du parquet sud-africain de rejeter sa demande d'abandon des poursuites qui la vise.

«Au regard de la durée exceptionnelle de cette procédure (...) et de l'ensemble des facteurs indépendants de sa volonté, Thales estime ne pas pouvoir obtenir (de) procès équitable», a-t-elle regretté dans une déclaration à l'AFP.

«Thales réitère n'avoir eu connaissance d'aucune infraction de la part de l'un de ses collaborateurs en vue de l'obtention du contrat» de 1999, ajoute-t-elle, rappelant pratiquer la «tolérance zéro à l'égard de tout acte de corruption».

Mis en cause dans de nombreux scandales, le président Zuma a été poussé à la démission mi-février après un long bras de fer avec son propre parti, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir, et son successeur Cyril Ramaphosa.

Une commission d'enquête judiciaire doit par ailleurs examiner à partir du 20 août ses liens avec une sulfureuse famille d'hommes d'affaires, les Gupta, a annoncé vendredi à la presse son président, le vice-président de la Cour constitutionnelle Raymond Zondo.

Les Gupta sont accusés d'avoir profité de leur proximité de Jacob Zuma pour infiltrer l'appareil d'État et obtenir de juteux contrats ou des avantages indus.

L'un des fils de M. Zuma, Duduzane, a été inculpé au début du mois pour avoir participé en octobre 2015 à une rencontre au cours de laquelle un des frères Gupta, Ajay, a proposé le poste de ministre des Finances à Mcebisi Jonas, alors vice-ministre.