(Washington) Une attaque à grande échelle de Moscou en Ukraine aurait des conséquences « épouvantables » pour la population ukrainienne, mais un conflit n’est « pas inéluctable », ont estimé vendredi les chefs militaires américains, prévenant que la Russie avait désormais amassé aux frontières ukrainiennes des forces suffisantes pour une invasion.

Mis à jour le 28 janvier
Agence France-Presse

« Vu le type de forces qui sont déployées, les forces terrestres, l’artillerie, les missiles balistiques, l’armée de l’air […] vous pouvez imaginer à quoi cela pourrait ressembler dans les zones urbaines denses », a averti vendredi le chef d’état-major, le général Mark Milley, prévoyant « un nombre important de victimes » en cas d’offensive.

« Ce serait épouvantable, ce serait terrible », a-t-il souligné lors d’une rare conférence de presse. « Et ce n’est pas nécessaire. Nous pensons que la solution est diplomatique ».

Un conflit entre l’Ukraine et la Russie « n’est pas inéluctable », a souligné pour sa part le ministre de la Défense, Lloyd Austin. « Il reste du temps et du champ pour la diplomatie », a-t-il ajouté.

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Le secrétaire à la Défense Lloyd Austin estime que le président russe Vladimir Poutine n’a pas encore pris la décision d’utiliser ces forces contre l’Ukraine. Mais « il en a maintenant clairement la possibilité », a-t-il ajouté. « Et il a de nombreuses options, y compris la prise de grandes villes et de larges territoires ».

Plus de 100 000 soldats russes sont déployés à la frontière ukrainienne depuis fin 2021, signe pour Washington qu’une invasion pourrait être imminente.  

Joe Biden a indiqué vendredi qu’il enverrait « prochainement » un petit nombre de militaires américains en Europe de l’Est, sur fond de tensions avec Moscou autour de l’Ukraine.

« Je vais envoyer des troupes américaines en Europe de l’Est et dans les pays de l’OTAN prochainement. Pas beaucoup », a déclaré le président américain à des journalistes à sa descente d’avion, au retour d’un déplacement en Pennsylvanie (est).

Les États-Unis ont déjà placé 8500 militaires en alerte pour renforcer l’OTAN.

Joe Biden a toutefois dit et répété qu’il n’était pas question d’envoyer des troupes américaines en Ukraine, qui n’est pas membre de l’alliance militaire.

Un envoi de troupes dans les pays de l’Est serait un moyen de pression supplémentaire sur le président russe Vladimir Poutine, dont les Américains estiment qu’il pourrait attaquer l’Ukraine au mois de février.

Le général Milley a souligné que les fertiles plaines ukrainiennes, qui en faisaient le « grenier à blé » de l’ex-URSS, gèlent facilement du fait de la faible profondeur des nappes phréatiques. « Ce sont des conditions idéales » pour des véhicules blindés, a-t-il prévenu, soulignant que les grands centres urbains ukrainiens pourraient être directement menacés.

« Et si une guerre devait éclater à l’échelle qui est aujourd’hui possible, la population souffrirait terriblement », a ajouté le plus haut gradé américain. « Nous encourageons fortement la Russie à se retirer. La force devrait toujours être le dernier ressort ».

Le ministre de la Défense a estimé que le président russe Vladimir Poutine n’avait pas encore pris la décision d’utiliser ces forces contre l’Ukraine. Mais « il en a maintenant clairement la possibilité », a-t-il ajouté. « Et il a de nombreuses options, y compris la prise de grandes villes et de larges territoires ».

Le chef du Pentagone a souligné qu’il n’y avait « aucune raison » que cette situation dégénère nécessairement en un conflit.

 « M. Poutine a la possibilité lui aussi de faire ce qu’il faut » a-t-il assuré, en référence au président russe qui dément tout projet d’invasion, mais estime la Russie menacée par une éventuelle expansion de l’OTAN et le soutien occidental à l’Ukraine. « Il peut choisir la désescalade. Il peut ordonner à ses forces de se retirer », a-t-il ajouté.

Moscou a lié la désescalade à la fin de la politique d’élargissement de l’Alliance atlantique, notamment à l’Ukraine, et au retour des déploiements militaires occidentaux aux frontières de 1997.