(Hassaké) Les forces kurdes syriennes soutenues par les États-Unis ont cherché à resserrer l’étau mardi autour de djihadistes du groupe État islamique (EI) retranchés dans une prison de Syrie, cinq jours après un assaut de cette organisation extrémiste suivi de combats sanglants.

Publié le 25 janvier
Agence France-Presse

Le 20 janvier, une centaine de membres de l’EI ont attaqué la prison d’Al-Sinaa dans le quartier de Ghwayran à Hassaké (nord-est), l’une des plus grandes abritant des djihadistes en Syrie, avec des camions piégés et des armes lourdes.

Des combats acharnés dans la prison et les secteurs environnants ont suivi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui contrôlent cette prison et les assaillants faisant 166 morts en cinq jours — 114 djihadistes, 45 combattants des FDS et sept civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

PHOTO HOGIR AL ABDO, ASSOCIATED PRESS

Les forces kurdes sont aidées de soldats américains déployés en Syrie dans le cadre de la coalition internationale antidjihadistes menée par les États-Unis.  

Les affrontements, qui continuent épisodiquement, ont poussé à la fuite environ 45 000 personnes vivant dans les secteurs proches, d’après l’ONU.

Quelque 3500 djihadistes étaient détenus dans cette prison, a indiqué l’OSDH. Et selon des groupes de défense des droits humains et l’ONU, des centaines de mineurs y sont également retenus.  

Après l’assaut, les détenus se sont mutinés contre leurs gardiens. Certains se sont emparés d’armes dans une armurerie de la prison et ont participé aux combats. Un nombre d’assaillants est parvenu à entrer dans la prison, a précisé l’ONG.

PHOTO HOGIR AL ABDO, ASSOCIATED PRESS

Des combats acharnés dans la prison et les secteurs environnants ont suivi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui contrôlent cette prison et les assaillants faisant 166 morts en cinq jours — 114 djihadistes, 45 combattants des FDS et sept civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Des centaines de djihadistes ont réussi à fuir. Mais « plus de 850 terroristes parmi les détenus qui ont participé à la mutinerie et les assaillants se sont rendus », a affirmé Farhad Shami, porte-parole des FDS, dominées par les Kurdes.

Les prisonniers ainsi qu’une partie des assaillants sont retranchés dans la partie nord de la prison et les forces kurdes cherchent à les encercler totalement, a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

« Se rendre ou se battre »

Les FDS sont aidées de soldats américains déployés en Syrie dans le cadre de la coalition internationale antidjihadistes menée par les États-Unis.  

Elles progressent lentement dans la prison de crainte d’une embuscade des djihadistes et jouent « sur le facteur temps pour pousser à une reddition des djihadistes », a précisé M. Abdel Rahmane.

« Ils n’ont d’autre choix que de se battre jusqu’au bout ou de se rendre. Si un règlement n’est pas trouvé, un massacre pourrait se produire et des centaines de personnes seront tuées », a-t-il ajouté.

Des efforts sont en cours pour permettre des soins médicaux pour les djihadistes blessés en prison, en échange de la libération par les djihadistes d’une quinzaine de gardes et membres du personnel pénitentiaire qu’ils retiennent encore, selon lui.

Farhad Shami a confirmé des appels à la reddition des djihadistes et à libérer les membres du personnel pénitentiaire ainsi que les mineurs de différentes nationalités emprisonnés en raison de leurs liens avec l’EI. Plusieurs enfants avaient été recrutés et entraînés par l’EI en Syrie.

L’ONU et d’autres organisations internationales ont fait part de leur préoccupation, après que les FDS ont accusé les djihadistes d’utiliser ces mineurs comme « boucliers humains ».  

« Bombe à retardement »

L’assaut djihadiste contre la prison est la plus importante attaque menée par l’EI depuis sa défaite en 2019 en Syrie infligée par les FDS avec l’aide de la coalition internationale.

Les Kurdes, qui contrôlent des régions du nord et nord-est de la Syrie, réclament depuis des années le rapatriement de quelque 12 000 djihadistes de plus de 50 nationalités, de pays européens et autres, détenus dans leurs prisons. En vain.

M. Shami a réitéré cet appel au rapatriement, en précisant que « les terroristes les plus dangereux au monde se trouvent dans la prison » de Ghwayran.

Pour Nick Heras, chercheur à l’Institut Newlines, l’assaut djihadiste devrait constituer « un signal d’alarme pour les Occidentaux, prouvant que les FDS n’ont pas les capacités suffisantes pour pouvoir héberger, soigner et garder seules des dizaines de milliers de prisonniers de l’EI indéfiniment. »

« La prison de Ghwayran était une bombe à retardement. »

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie s’est complexifiée au fil des ans avec l’implication de puissances régionales et internationales et la montée en puissance des djihadistes.

Le conflit a fait environ 500 000 morts, dévasté les infrastructures du pays et déplacé des millions de personnes.