(Kaboul) Le célèbre chef de guerre Abdul Rachid Dostom est rentré en Afghanistan, a annoncé jeudi son entourage, au moment où les talibans accentuent la pression sur son fief de Sheberghan (nord) et plusieurs autres grandes villes.

Agence France-Presse

Le maréchal Dostom, qui était depuis plusieurs mois en Turquie, sans doute pour y être soigné, est arrivé mercredi soir à Kaboul, où il a rencontré de hauts responsables pour évoquer la situation à Sheberghan, capitale de la province de Jawzjan, a indiqué à l’AFP l’un de ses porte-parole, Ehsan Nero.

Selon cette source, M. Dostom attendait à présent « de rencontrer le président Ashraf Ghani », dont il avait été le vice-président entre 2014 et 2020, avant de soutenir Abdullah Abdullah, le rival du chef de l’État, lors de la dernière élection présidentielle.

Réputé pour sa barbarie

Abdul Rachid Dostom, 67 ans, puissant dirigeant d’ethnie ouzbek, est réputé pour sa loyauté changeante et sa barbarie. Il conserve un fort capital politique malgré les crimes de guerre dont il est accusé, notamment la mort par asphyxie de 2000 talibans enfermés dans des conteneurs en 2001, accusations qu’il a toujours niées.

Si son bastion de Sheberghan devait tomber aux mains des talibans, ce serait un nouveau revers pour le gouvernement qui a récemment fait appel aux anciens chefs de guerre et à diverses milices pour tenter d’endiguer l’avancée des insurgés.

Les talibans se sont emparés ces trois derniers mois de vastes territoires ruraux et de postes-frontière clés lors d’une offensive éclair lancée à la faveur du retrait des forces internationales, qui doit être complètement achevé d’ici le 31 août.

Après avoir rencontré une faible résistance dans les campagnes, ils dirigent depuis quelques jours leurs offensives sur les grands centres urbains, encerclant plusieurs capitales provinciales.

Civils tués par dizaines

Ils ont largement pénétré dans la ville de Lashkar Gah (sud), capitale de la province du Helmand,  où l’armée a lancé une contre-attaque mercredi soir et intensifié ses bombardements jeudi, après avoir demandé aux civils de fuir.

Ceux-ci, pris au piège des combats, ont déjà payé un lourd tribut au conflit à Lashkar Gah. Au moins 40 civils ont été tués et 118 blessés au cours des dernières 24 heures, avait annoncé mardi la Mission des Nations unies en Afghanistan (Unama).

Des combats opposent aussi depuis plusieurs jours les talibans aux forces gouvernementales aux abords de Kandahar (sud) et Hérat (ouest), les deuxième et troisième ville d’Afghanistan.

L’Union européenne a appelé jeudi à « un cessez-le-feu urgent, complet et permanent », condamnant l’intensification des violences par les talibans, lesquels ont promis de nouvelles attaques ciblées après avoir visé mardi à Kaboul le ministre de la Défense dans un attentat.