Dans son dernier rapport sur les inégalités dans le monde, Oxfam s’inquiète du fait que la crise du coronavirus risque d’accroître encore plus les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches sur la planète. Les femmes sont aussi plus touchées que jamais.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

L’impact de la pandémie

Dans son rapport intitulé Le virus des inégalités, Oxfam soutient que la pandémie du coronavirus a eu pour conséquence d’augmenter les inégalités dans la presque totalité des pays, une première depuis que ces données sont compilées. Rappelons que près de la moitié des habitants de la planète se contente de vivre avec 5,50 $ par jour. Selon une enquête réalisée par Oxfam auprès de 295 économistes dans 79 pays, 87 % d’entre eux disaient s’attendre à ce que les inégalités de revenus s’intensifient dans leur pays. Les deux tiers des économistes ont déclaré que leur gouvernement n’avait probablement pas de programme en place pour lutter contre les inégalités.

Les femmes durement touchées

Un des principaux constats du rapport, c’est que les femmes sont malheureusement surreprésentées dans les secteurs de l’économie les plus durement touchés par la pandémie. Les femmes, et surtout les femmes racisées, risquent davantage de perdre leur emploi que les hommes. Selon Oxfam, si le taux de représentation des femmes était le même que les hommes dans ces secteurs, 112 millions d’entre elles ne risqueraient plus de perdre leur emploi. Soulignons qu’au Québec, 68 % des emplois perdus entre octobre 2019 et octobre 2020 étaient occupés par des femmes, selon l’Observatoire québécois des inégalités.

PHOTO INTI OCON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Encore une fois, les femmes seraient les plus touchées par ces inégalités.

Retour vers la pauvreté

Selon Oxfam, la pandémie pourrait faire en sorte que de 200 à 500 millions de personnes supplémentaires se retrouvent en situation de pauvreté en 2020. La Banque mondiale signale par ailleurs que plus de 700 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,90 $ par jour. On estime qu’il faudra compter au moins 10 ans avant que le taux de pauvreté retrouve son niveau d’avant 2020. Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec, signale d’ailleurs que dans certaines régions du monde, comme au Burkina Faso, on craint bien sûr le virus, mais on a encore plus peur de l’après-pandémie et de la crise socio-économique qui se dessine.

PHOTO NATACHA PISARENKO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La Banque mondiale signale que plus de 700 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,90 $ par jour.

Les riches encore plus riches

Le constat n’est pas nouveau, mais Oxfam signale que la pandémie aura encore creusé l’écart entre les riches et les pauvres. Selon l’organisation, les 1000 milliardaires les plus fortunés ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie en seulement neuf mois. Il faudra 14 fois plus de temps pour les plus pauvres afin d’atteindre le même objectif. La fortune des milliardaires totaliserait 11 950 milliards de dollars, ce qui équivaut aux sommes dépensées à ce jour par les gouvernements du G20 pour faire face à la pandémie.

Des pistes de solution

Une des pistes avancées par Oxfam, c’est de « s’affranchir du seul critère du produit intérieur brut », qui repose sur la croissance économique. Les pays doivent aussi faire de la lutte contre les inégalités une priorité nationale. Une meilleure reconnaissance des emplois qui sont souvent moins bien rémunérés, mais néanmoins essentiels est aussi un passage obligé. Oxfam croit toujours qu’une révision de la fiscalité est nécessaire dans plusieurs pays. Denise Byrnes se dit consciente que les changements ne s’opèrent pas toujours très rapidement. « On voit que ça prend du temps, mais on avance à petits pas. Mais il faut quand même signaler qu’il y a 10 ans, on ne parlait même pas des inégalités. »

Jets privés en hausse

Les ventes de jets privés dans le monde ont connu une forte hausse (15 %) alors que plusieurs contraintes étaient imposées aux vols commerciaux.

PHOTO PAUL TAGGART, BLOOMBERG

Jet privé de Bombardier, le learjet 40 XR