L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a accusé mercredi des groupes de défense des droits de l'homme d'avoir joué un rôle «non constructif» en ne soutenant pas une réforme du Conseil des droits de l'homme des Nations unies voulue par Washington.

Mis à jour le 20 juin 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

Au lendemain du retrait des États-Unis de cet organisme basé à Genève, Nikki Haley a envoyé une lettre à ces ONG en leur reprochant notamment de ne pas avoir soutenu Washington dans ses efforts pour retirer Israël de son programme de travail.

«Vous devriez savoir que vos efforts pour bloquer les négociations et contrecarrer une réforme ont été un facteur ayant contribué à la décision américaine de se retirer du Conseil», a-t-elle écrit dans sa missive, obtenue par l'AFP.

«Vous vous êtes mis du côté de la Russie et de la Chine, en vous opposant aux États-Unis sur une question clé des droits de l'homme», insiste-t-elle.

Dans un communiqué, le directeur de Human Rights Watch (HRW), Kenneth Roth, a rejeté catégoriquement les arguments de Nikki Haley.

«Cette façon de mettre en cause les autres pour ses propres échecs est le lot quotidien de dirigeants commettant des abus dans le monde», a-t-il rétorqué. «Nikki Haley s'est rendue célèbre pour avoir menacé de prendre les noms de ceux qui ne la soutiennent pas à l'ONU. On n'avait jamais imaginé qu'elle y ajoute les noms de groupes indépendants défendant les droits de l'homme», a-t-il ajouté.

Dix-huit groupes de défense des droits de l'homme, dont HRW et Amnesty International, avaient fait part en mai dans une lettre aux États membres de l'ONU de leur inquiétude à l'égard d'un projet de résolution à l'Assemblée générale de l'ONU pouvant affaiblir le Conseil des droits de l'homme.

Les États-Unis ont annoncé mardi leur départ de cet organisme en dénonçant son «hypocrisie» et son parti pris contre Israël. Le CDH a été créé en 2006 pour promouvoir et protéger les droits de l'homme à travers le monde, mais ses rapports ont souvent contredit les priorités américaines.

Les pays membres défendent le Conseil

Des diplomates du monde entier ont défendu mercredi le Conseil des droits de l'homme (CDH) de l'ONU.

L'ambassadeur slovène Vojislav Suc, qui préside actuellement le Conseil, a décrit cette chambre basée à Genève comme le meilleur endroit pour agir sur des crises menaçant les droits humains.

«Laissez-moi vous dire très clairement que si les questions de droits de l'homme n'étaient pas discutées ici, dans cette pièce, elles auraient peu de chance d'être traitées efficacement n'importe où ailleurs», a-t-il dit lors de la 38e session du Conseil, au lendemain du retrait américain.

M. Suc a ensuite fait l'éloge de cette instance, composée de 47 membres élus pour 3 ans, «seul organe intergouvernemental chargé des questions des droits humains dans le monde».

Le Conseil a confirmé mercredi soir qu'il avait reçu de Washington notification officielle du retrait américain.

«L'Assemblée générale de l'ONU va maintenant élire un nouveau membre (du Conseil) pour prendre la place des États-Unis pendant le restant de leur mandat», qui devait se terminer l'année prochaine, a indiqué le conseil dans un communiqué.

La Chine, qui a à de multiples occasions exprimé son soutien aux institutions multilatérales abandonnées par le président américain Donald Trump, a présenté le Conseil comme «un organe majeur (...) pour promouvoir la réalisation des droits humains».

«Toutes les délégations lui attachent une grande importance», a dit l'ambassadeur chinois auprès de l'ONU à Genève, Yu Jianhua.

Les groupes de défense des droits de l'homme accusent régulièrement la Chine de chercher à étouffer les critiques formulées à son encontre au sein du Conseil.

L'Union européenne s'est déclarée «résolument engagée dans le Conseil des droits de l'homme» et a ajouté qu'elle allait continuer à essayer de régler les problèmes de cet organe malgré le retrait américain.

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé le «cynisme grossier» des États-Unis et leur «mépris» envers les Nations Unies.

La décision a été annoncée mardi soir par le secrétaire d'État américain Mike Pompeo et l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU Nikki Haley.

Ils ont expliqué que leurs demandes répétées de changement au sein du Conseil, pour qu'il abandonne son «hypocrisie» et son parti pris contre Israël, n'avaient pas été entendues.

Le CDH a été créé en 2006 pour promouvoir et protéger les droits de l'homme à travers le monde, mais ses rapports ont souvent contredit les priorités américaines.

En particulier, le fait qu'Israël soit le seul pays au monde ayant un point fixe (appelé point 7) à l'ordre du jour de chaque session, soit trois fois par an, suscitait la colère des États-Unis.

Mais selon des experts et des diplomates, le retrait des États-Unis, qui faisaient barrage à toute condamnation d'Israël, pourrait conduire à une multiplication de demandes d'enquête sur la politique israélienne dans les Territoires Palestiniens occupés.