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Guatemala: des vies broyées par la répression

Des citoyens de l'ethnie ixil manifestent leur joie... (PHOTO JORGE DAN LOPEZ, REUTERS)

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Des citoyens de l'ethnie ixil manifestent leur joie devant l'édifice abritant la Cour suprême du Guatemala après le jugement historique rendu contre l'ex-dictateur Efrain Rios Montt, reconnu coupable de génocide et de crimes de guerre.

PHOTO JORGE DAN LOPEZ, REUTERS

La récente condamnation de l'ex-président guatémaltèque Efrain Rios Montt pour génocide et crimes contre l'humanité a été saluée par les familles des victimes de la guerre civile qui a dévasté le pays pendant plus de 30 ans. Elle n'efface pas pour autant les séquelles du passé, témoigne le survivant d'un massacre survenu au début des années 80 alors que le militaire dirigeait l'État d'une main de fer.

Mateo Pablo se souvient comme si c'était hier de la tension qui régnait en juillet 1982 dans le petit village maya de Petanac, un hameau situé dans une région montagneuse du nord-ouest du Guatemala.

La rumeur courait que l'armée allait venir et l'homme, alors âgé de 24 ans, a voulu en avoir le coeur net en allant à la recherche d'informations, laissant derrière sa femme et leurs deux jeunes enfants.

«Je venais à peine de sortir du village lorsque les soldats sont arrivés», relate M. Pablo.

De sa cachette, il a vu les militaires séparer les hommes des femmes, des enfants et des personnes âgées et les réunir dans des bâtiments distincts.

«Ils ont lancé des grenades. Il y a eu beaucoup de flammes. Plusieurs personnes ont été brûlées vives», relate le survivant, qui n'a pu rien faire pour sauver ses proches.

Au total, 78 personnes ont été tuées, souligne M. Pablo, qui a erré pendant une semaine dans les environs du village avant de se résigner à prendre la fuite vers le Mexique voisin.

Après avoir passé près de 15 ans dans le pays, où il a rencontré sa nouvelle femme, elle aussi réfugiée du Guatemala, il a migré au Canada. L'homme de 54 ans vit aujourd'hui à Montréal avec sa conjointe et leurs cinq enfants, mais n'a jamais cessé, au cours des années, de réclamer justice pour les exactions commises.

Un pas important

La condamnation la semaine dernière de l'ex-président guatémaltèque Efrain Rios Montt l'a réjoui, sans pour autant l'apaiser complètement. «C'est un pas important pour moi et pour les autres victimes des massacres perpétrés par l'armée... On se demandait depuis 30 ans si ça allait arriver.»

Le survivant souhaite que les tribunaux continuent leur travail et s'attaquent aux autres responsables des exactions perpétrées sous la gouverne de l'ancien président, qui a été condamné pour l'exécution de 1771 membres de l'ethnie ixil dans le cadre d'opérations militaires.

Nombre de villages autochtones, dont celui de Petanac, ont été rasés à l'époque dans le cadre d'une campagne de répression féroce qui visait officiellement à priver la guérilla de tout soutien populaire.

M. Pablo note que les résidants de son propre village étaient largement apolitiques et ne participaient pas au conflit. «Nous étions isolés et avions peu de contacts avec l'extérieur», souligne le ressortissant guatémaltèque.

Soutien américain

Steven Kaal, un historien de formation qui a participé à la création du Projet accompagnement Québec-Guatemala, souligne que le pays d'Amérique centrale était alors un «laboratoire de la lutte contre-insurrectionnelle pour les États-Unis».

Les «disparitions forcées, les escadrons de la mort et les campagnes de terre brûlée» sont expérimentés pour la première fois dans la région, note l'activiste, qui insiste sur l'importance du rôle de Washington dans la dérive violente des militaires en place.

«Dans les années 70 et 80, le pays est devenu une sorte de Frankenstein», souligne M. Kaal, en rappelant qu'Efrain Rios Montt est issu, comme plusieurs dictateurs latino-américains, d'un centre de formation militaire américain.

«La lutte contre-insurrectionnelle et anti-communiste était pour lui une croisade», souligne l'historien, qui se félicite de la condamnation de l'ancien dirigeant guatémaltèque.

Comme lui, Mateo Pablo pense que la bataille est loin d'être terminée. «Il faut continuer la lutte pour la justice. Et la pression internationale est très importante pour garantir que les choses continuent d'aller de l'avant», dit-il.




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