La France a estimé mardi que l'otage français Michel Germaneau était peut-être mort avant le raid mené avec l'armée mauritanienne pour le retrouver et répété qu'elle allait «renforcer» le combat contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui a revendiqué son exécution.

Deborah Pasmentier AGENCE FRANCE-PRESSE

Deux jours après l'annonce par Aqmi de l'«exécution» samedi de Michel Germaneau, enlevé le 19 avril dans le nord du Niger et détenu au Mali, le premier ministre François Fillon a fait état de ses doutes sur la date exacte de sa mort - qui a été confirmée même si la dépouille n'a pas été retrouvée.

«Je pense que la vie de l'otage était condamnée depuis le jour où nous avons reçu cet ultimatum du 12 juillet» dans lequel Aqmi menaçait de tuer l'otage d'ici 15 jours si la France ne répondait pas favorablement à ses demandes d'une libération de plusieurs de ses membres détenus dans des pays de la région, a-t-il déclaré à la radio.

Plusieurs personnes s'étaient interrogées sur les chances de survie de Michel Germaneau, humanitaire de 78 ans qui souffrait de problèmes cardiaques.

«C'est en raison du caractère (...) étrange de cet ultimatum et de ce refus d'engager la discussion avec les autorités françaises, que nous pouvons penser que Michel Germaneau était déjà mort à ce moment-là», a expliqué M. Fillon.

Aucune preuve de vie n'était parvenue depuis la mi-mai. Mais si Michel Germaneau était effectivement mort depuis deux semaines, reste à déterminer le but exact du raid que les Français ont mené le 22 juillet avec l'armée mauritanienne contre une base d'Aqmi au Mali.

François Fillon a répondu que la France avait alors «l'espoir que Michel Germaneau pouvait se trouver dans ce camp».

Pour le quotidien Libération cette opération a servi «de prétexte à l'assassinat d'un homme que ses geôliers avaient déjà condamné à mort». Aqmi a dit avoir «exécuté» l'otage pour «venger (...) six frères tués dans la lâche opération de la France».

Le premier ministre, qui a reconnu que la France est «en guerre contre Al-Qaïda», a promis que le combat allait «se renforcer» contre ces djihadistes qui opèrent au Sahel, immense zone semi-désertique aux confins du Niger, du Mali, de la Mauritanie et de l'Algérie.

La France ne dispose pas de «présence militaire constituée» au Sahel en dehors d'instructeurs, mais de missions militaires de coopération.

En théorie, elle pourrait mener deux sortes d'opérations, avec les armées locales, a expliqué une source militaire: «l'opération ciblée en souplesse» du type de celles menées par les forces spéciales ou «l'opération en force terrestre locale (...) appuyée par des moyens aériens français».

Mais les experts estiment que la lutte contre Aqmi passe par une plus grande coopération des pays du Sahel entre eux et avec la France.

«La France ne pratique pas la vengeance, en revanche nous avons des accords avec les gouvernements de la région et en particulier avec le gouvernement mauritanien, avec le gouvernement malien», a dit M. Fillon.

Dès lundi, Nicolas Sarkozy a dépêché en Mauritanie, au Mali puis au Niger son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Le Mali «pense que les opérations (militaires) doivent être coordonnées, que ce soient des opérations de plus grande ampleur contre Aqmi», a déclaré mardi M. Kouchner à Bamako. «Pour ça, il y a un «état-major (mixte composé de Maliens, d'Algériens, de Nigériens, de Mauritaniens) à Tamanrasset (sud de l'Algérie)».

«Ce n'est pas une escalade militaire que la France poursuit. Simplement, l'escalade meurtrière est faite par les gens d'Aqmi. Il y a une option militaire qui nous est imposée», a-t-il insisté à Niamey, tout en demandant aux Français de se dispenser «de voyager dans les zones dangereuses».

Les États-Unis «sont prêts à fournir toute l'aide et l'assistance voulues aux pays du Sahel pour combattre le terrorisme», a aussi déclaré un responsable du Département d'État.