La presse et la plupart des responsables irlandais ont salué mardi l'offensive de charme du président français Nicolas Sarkozy lors de sa visite «sans faux pas» à Dublin, qui a semblé rassurer les Irlandais sur ses intentions un mois après leur «non» au traité de Lisbonne.

Mis à jour le 22 juill. 2008

«Constructive»: ainsi est qualifiée la visite de M. Sarkozy par le principal quotidien irlandais The Irish Times. L'Irish Independent exprime lui son «Soulagement alors que Sarkozy charme sans le moindre faux pas», tandis que l'Examiner titre «Séduits par le charme français».

Ces appréciations contrastent avec le mécontentement exprimé avant sa visite au sujet des propos de M. Sarkozy, qui avait suggéré la semaine passée que les Irlandais devraient «revoter» après le succès du «non» à 53% au référendum du 12 juin. La presse avait alors dénoncé une «farce française», quand nombre d'Irlandais s'étaient sentis «insultés».

Mais, M. Sarkozy, président en exercice du Conseil européen, a certifié lundi lors d'une conférence de presse conjointe avec le premier ministre irlandais Brian Cowen, n'avoir «jamais dit que l'Irlande devait convoquer un nouveau référendum». «Nous ne voulons pas imposer quoi que ce soit», a-t-il ajouté.

L'Irish Times félicite le chef de l'État français pour avoir mené «une bonne journée de travail» et lancé une «ouverture utile» aux discussions sur la meilleure manière de répondre à la crise institutionnelle provoquée par le «non» irlandais.

«L'énergie de M. Sarkozy pour résoudre les problèmes a impressionné les dirigeants politiques et les activistes qu'il a rencontrés», a assuré le journal.

L'Examiner remarque que M. Sarkozy a tenté d'apaiser les Irlandais en leur disant savoir «ce que c'est que d'être isolé», en référence au rejet en 2005 par la France du projet de Constitution européenne lors d'un référendum.

Mais prévient le journal, l'assurance donnée par le président français que les 26 autres pays de l'Union européenne (UE) entendent poursuivre la mise en oeuvre du traité de Lisbonne, en dépit du «non» irlandais», pourrait bien «être la manifestation d'une main de fer dans un gant de velours».

La visite a également été qualifiée d'«utile» par Gerry Adams, dirigeant du parti Sinn Féin, seule formation représentée au Parlement à avoir appelé à voter «non» au référendum.

«Il faut noter que M. Sarkozy a fait ce que le gouvernement irlandais n'a pas réussi à faire, il a rencontré et écouté» les opposants au traité, a-t-il apprécié.

La sénatrice écologiste Deirdre de Burca a de même dit avoir été frappée par le fait que le président français ait passé «beaucoup de temps avec nous, à nous convaincre, en se montrant très plaisant et de bonne humeur».

Le seul bémol dans ce concert de louanges est venu de Declan Ganley, un homme d'affaires irlandais ayant mené une campagne très active contre le traité avec son association Libertas, qui a accusé M. Sarkozy d'avoir fait la sourde oreille.

«Le plus inquiétant au sujet de cette rencontre est que clairement le message n'a pas été bien entendu, peut-être même pas entendu du tout», a-t-il asséné.

Même les manifestations qui ont accueilli le déplacement de M. Sarkozy ont été des plus sereines. Parmi les quelque 1400 à 1800 manifestants, selon la police, on dénombrait des opposants au traité de Lisbonne, mais aussi de nombreux défenseurs de la politique agricole européenne de M. Sarkozy.

Un seul incident a terni la visite, lorsqu'un manifestant -français- a jeté des oeufs en direction du président français, à son arrivée au siège du gouvernement irlandais à Dublin.

Un juge a abandonné mardi les charges pour «comportement menaçant, insultant et abusif» pesant à l'encontre de Michael Audron, un Français qui vit en Irlande depuis trois ans, après qu'il eut accepté de verser 150 euros à une organisation caritative.