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Port-Daniel: le gouvernement Marois était profondément divisé

Le projet de cimenterie de Port-Daniel-Gascons.... (PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL)

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Le projet de cimenterie de Port-Daniel-Gascons.

PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL

(QUÉBEC) Le gouvernement Marois était profondément divisé au sujet du projet de cimenterie à Port-Daniel. Québec a donné le feu vert pour accorder un financement de 350 millions sans avoir d'étude sérieuse sur l'impact qu'aurait l'arrivée de ce nouvel acteur sur les quatre autres cimenteries de la province.

«C'était un projet absurde, du pur clientélisme», confiera une actrice importante dans ces discussions du côté du gouvernement Marois. Les ministres Élaine Zakaïb, responsable du développement économique, et Nicolas Marceau, aux Finances, étaient en désaccord, mais personne n'avait envie d'affronter le cabinet de Pauline Marois dans ce dossier, confie-t-on.

La ministre Zakaïb surtout voulait s'assurer que les emplois promis à Port-Daniel ne seraient pas simplement de la «substitution» compensant des pertes d'emplois ailleurs. Elle avait demandé une étude précisément sur cette question, qu'elle n'a jamais eue. Sa demande a été tout bonnement bloquée par le Conseil exécutif. «Le Conseil des ministres discute et prend une décision, par la suite, les ministres sont solidaires de cette décision», s'est contentée de dire Mme Zakaïb, jointe par La Presse hier.

Environnement

Sur la question de l'environnement, le tableau n'était guère plus reluisant. Sur le plan légal, comme le projet avait été présenté avant que ne soient énoncées les obligations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), il pouvait se soustraire à cet examen. Mais du point de vue éthique, cette pirouette était clairement contestable, conviennent aujourd'hui volontiers les acteurs de l'époque.

Québec savait très bien que la cimenterie s'alimenterait en coke de pétrole, un combustible plus polluant que le charbon. «Tout le monde le savait, mais on avait décidé de ne pas regarder dans cette direction.»

Avec 175 000 tonnes brûlées par année, la cimenterie produira, à plein régime, autant de pollution que 500 000 automobiles, selon Greenpeace Canada. Le gouvernement Marois savait que le projet ne pourrait survivre à une étude environnementale.

Élections

Toute l'opération visait à assurer que le PQ conserve la circonscription de Bonaventure, où se trouve Port-Daniel, un objectif atteint aux élections d'avril dernier.

En campagne électorale, le chef libéral Philippe Couillard avait soutenu qu'un gouvernement libéral irait aussi de l'avant avec le projet. Arrivé au pouvoir, son ministre du Développement économique, Jacques Daoust avait les mêmes réserves devant le projet, mais il a vite changé son fusil d'épaule, à l'instigation du cabinet du premier ministre.

Les quatre autres cimenteries du Québec ont vivement protesté devant l'apparition d'un concurrent ainsi appuyé par les fonds publics. Holcim de Joliette avait mis sur la glace un projet d'expansion de 250 millions.

Québec, par l'entremise d'Investissement Québec, avait accordé un prêt de 250 millions et pris une participation de 100 millions en capital-actions dans le projet d'une valeur totale de 1,1 milliard. La Caisse de dépôt avait aussi pris une participation de 100 millions.

Le projet McInnis piloté par Laurent Beaudoin, de Bombardier, doit en principe créer 200 emplois directs, une fois les activités lancées en 2016.

Critique péquiste

Hier, l'ancien ministre péquiste Sylvain Gaudreault, passé dans l'opposition, réclamait que le gouvernement libéral «assortisse l'autorisation de la cimenterie McInnis de conditions de reconversion de son énergie au coke à l'énergie renouvelable».

«Il faut avoir un plan, un échéancier à cet égard. Nous avons toujours cru à cela. Donc, une compagnie, une usine peut partir avec du coke, par exemple dans ce cas-là, mais prévoir un plan de reconversion», de soutenir le critique péquiste en environnement.

Était-il d'accord avec un projet aussi polluant à l'époque? «Je ne veux pas parler des discussions du Conseil des ministres. Le passé ne m'intéresse pas», dit M. Gaudreault, un diplômé en histoire.




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