Le ministre de l'Environnement, Peter Kent, va trop vite en affaires quand il affirme que son projet d'étude sur les impacts environnementaux des sables bitumineux va aider le Canada à vendre son pétrole.

Charles Côté LA PRESSE

C'est ce qu'affirme le réputé biologiste albertain David Schindler, dont les recherches ont exposé les lacunes actuelles dans la surveillance de l'industrie.

«En tout cas, s'ils trouvent des dommages environnementaux sérieux, cela ne les aidera certainement pas», a affirmé M. Schindler en entrevue téléphonique à La Presse.

M. Schindler fait partie du comité directeur qui a conçu l'étude lancée la semaine dernière et qui devrait coûter annuellement 50 millions, payés par l'industrie.

Au moment de dévoiler le plan de cette étude, le ministre Kent a affirmé qu'il serait dorénavant plus facile pour le Canada de contrer les opposants aux sables bitumineux, aux États-Unis et en Europe.

Un projet de directive de l'Union européenne propose en effet d'étiqueter le pétrole issu des sables bitumineux comme plus polluant, ce qui pourrait pratiquement le bannir du Vieux Continent.

Aux États-Unis, un projet de pipeline est combattu entre autres parce qu'il permettrait au Canada d'y exporter plus de son pétrole extrait des sables bitumineux.

Selon M. Schindler, il serait sage d'attendre les premiers résultats de l'étude, d'ici au moins deux ans, avant de conclure quoi que ce soit. Et il croit que les problèmes sont réels.

«Il y a des mines qui ont fait disparaître des ruisseaux qui étaient des pouponnières pour plusieurs espèces de poissons importantes, dit-il. Je présume que s'ils retournent voir ces ruisseaux, ils vont trouver des problèmes avec ces poissons.»

Il ajoute qu'il serait préférable de ne pas autoriser de nouveaux projets avant qu'on ne voie quels sont les dommages causés par les projets existants. Selon M. Schindler, le rythme de croissance actuel de l'industrie est de toute manière «trop rapide pour bien faire les choses».

Les sables bitumineux du nord de l'Alberta représentent la deuxième réserve de pétrole en importance du monde. Le volume de pétrole produit à partir de sables bitumineux doublera d'ici à 2020, passant de 1,5 million de barils par jour à 3 millions. La croissance devrait se poursuivre au-delà de 2030.

Mais leur exploitation implique le raclage de milliers d'hectares de forêt boréale et crée d'immenses parcs de résidus à ciel ouvert. Les mines sont concentrées de part et d'autre de la rivière Athabasca, qui prend sa source dans les Rocheuses et se jette dans le lac du même nom. C'est une des sources du fleuve Mackenzie.

Jusqu'à maintenant, plus de 60 000 hectares ont été touchés par les mines de sable bitumineux. Mais malgré les efforts de l'industrie, un seul projet de réhabilitation de 100 hectares a été approuvé par le gouvernement albertain.

Et dans ce cas, selon M. Schindler, le nouvel écosystème ne ressemble pas du tout à l'ancien. «Avant, c'étaient des milieux humides, dit-il. Ils n'ont pas été capables de recréer un milieu humide jusqu'à maintenant.»

«Il serait préférable que l'industrie dise la vérité sur ce qu'elle est réellement capable de faire, au lieu de dépenser des fortunes en publicité, dit M. Schindler. Et ensuite, si on décide quand même d'aller de l'avant avec l'exploitation des sables bitumineux, ce sera en connaissance de cause et j'imagine qu'on pourra appeler ça la démocratie en action.»