Dans un moment comme seule la solidarité entre marins en fait parfois preuve, Vincent Riou (PRB) a sauvé son confrère Jean Le Cam.

Éric Lessard, Collaboration Spéciale CYBERPRESSE

C'est Riou, vainqueur de l'édition 2004, qui en écoutant son instinct de marin aura eu le dernier mot relativement à l'opération de sauvetage de Le Cam. Alors qu'un remorqueur avec plongeurs et un hélicoptère étaient en route pour venir en aide au marin dont le bateau était retourné, Riou avait le pressentiment que la situation s'aggravait à la suite de différentes observations, plus particulièrement que la coque retournée de VM Matériaux était en train de s'enfoncer de plus en plus dans l'eau.Dans l'attente des secours, et à la suite de ces observations, Riou a organisé avec Armel Le Cléac'h une veille à tour de rôle autour de la coque renversée afin d'être prêt si les choses s'aggravaient. C'est lors d'un des ces passages que Riou a aperçu des objets flottants à l'arrière du bateau de Le Cam qui étaient absents quelques instants auparavant : Jean Le Cam était en train d'ouvrir son sas arrière en faisant le poisson à l'intérieur de son bateau.

Le Cam est en effet sortie de la coque retournée et s'est accroché au safran de son bateau habillé de sa combinaison de survie. Dès ce moment, Riou a tenté un passage près de la coque et lancé une corde que Le Cam n'a pas réussi à attraper. À chaque vague, l'arrière du bateau avec l'ami Jean dessus se retrouvait submergé. Après trois passages ratés, Riou a tenté le tout pour le tout puisqu'il voyait Le Cam ayant de plus en plus de difficultés à s'accrocher. En pointant son bateau très près de la coque retourné, le quatrième passage aura été salutaire. Le Cam a dès lors saisi la corde lancée par Riou et s'est attaché.

Au même instant, l'outrigger bâbord (grande pièce latérale assurant le soutien du mât) du bateau de Riou a accroché la quille du bateau renversé et un gros bruit de craquement s'est fait entendre. Du coup le mât de PRB s'est retrouvé incliné à 30 degrés. Vincent Riou s'est mis au winch afin de rapatrier son copain Le Cam sur le pont. Une fois sur le bateau de Riou, la réaction de Le Cam a été instinctive et il s'est aussitôt mis à aider Riou afin de sauver le mât de PRB. Après quelques minutes de manoeuvres, ils ont réussi à stabiliser la structure et ont effectué un empannage ce qui a permis de remettre le mât sur son axe et ils naviguent depuis ce temps, tribord amure, en direction du cap Horn.

Joints ce matin par vidéoconférence, directement sur PRB, les deux marins ont raconté l'opération. Le Cam est revenu sur la cause du chavirage et les deux marins ont offert des détails quant à la suite des événements.

« J'étais au téléphone avec Vincent tout juste avant que les choses se mettent à mal aller. En pleine conversation, j'ai ressenti un gros choc accompagné d'un fort bruit. Je me suis aperçu que je venais de frapper un conteneur maritime entre deux eaux qui a complètement arraché mon bulbe de lest sur la quille. Avec trois tonnes et demie de moins (40% du poids du bateau), mon bateau s'est retourné assez rapidement. Immédiatement après avoir réalisé ce qui arrivait, j'ai couru chercher ma combinaison de survie, ma balise de détresse manuelle et de la nourriture. Je me suis retrouvé dans une petite bulle d'air de quelques mètres cubes à l'avant du bateau. Après avoir été absolument certain de la présence de Vincent dehors et sans savoir combien d'oxygène il restait à l'intérieur de mon igloo, j'ai décidé que c'était le temps de sortir. »

Riou, de son coté, soulignait comment il a eu le pressentiment que Le Cam tenterait une sortie :

« Je voyais le bateau s'enfoncer de plus en plus et à l'entendre, je sentais que Jean commençait à trouver la situation de plus en plus critique. Lorsque j'ai vu que ma troisième tentative pour le récupérer n'avait pas fonctionné, j'ai senti une urgence dans la situation et je me suis rapproché très près de la coque retournée et Jean a pu attraper la corde. Mon mât est en mauvais état, mais entre l'humain et la mécanique, le choix n'est pas difficile à faire. Je suis en discussion avec le Jury international pour la suite des choses. Je dois trouver un mouillage pour réparer, mais est-ce que je peux le faire seul? Pour l'instant, nous sommes en route vers le canal de Beagle ou nous irons rejoindre Isabelle Autissier (ancienne navigatrice du Vendée Globe 1996) qui est là-bas sur son bateau et elle prendra Jean avec elle pour ensuite se diriger vers Ushuaia. »

L'histoire finit bien, mais une question demeure sur toutes les lèvres de l'ensemble des organisateurs de la course. Comment se fait-il que le bateau de Le Cam se soit rempli d'eau en position renversée alors que les bateaux sont censés être conçus pour une flottabilité parfaite en cas de retournement? Le directeur de la sécurité du Vendée Globe, Alain Gauthier (ancien concurrent), se pose la question et c'est au cours des prochaines semaines, avec l'aide des architectes, que l'on trouvera réponse à cette question. Rappelons-nous qu'à la suite de l'épreuve de 1996, qui avait connu quatre chavirages sans retournements et une disparition, la sécurité des bateaux avait été grandement améliorée à la suite des analyses d'après course.

Dans un autre registre, Michel Desjoyeaux (Foncia) conserve 92 milles d'avance sur Roland Jourdain (Veolia) alors que les deux amis se frapperont à deux anticyclones qui n'offriront que peu d'options à Jourdain dans le but de dépasser le meneur. Pour le reste de la flotte encore en course, ce sera une journée d'accalmie aujourd'hui pour voir le vent réapparaître demain avec plus de vigueur. C'est Samantha Davies sur Roxy qui est la plus rapide des 24 dernières heures.

Les positions à 15h TU + retard sur le 1er (milles nautiques)

Suivez la position des skippers

1- Michel Desjoyeaux-FRA (Foncia),

2- Roland Jourdain-FRA (Veolia Environnement), 92

3- Armel Le Cléac'h-FRA (Brit Air), 641 (Provisoire suite à un détournement d'urgence)

4- Vincent Riou-FRA (PRB), 713 (Provisoire suite à un détournement d'urgence)

5- Samantha Davies-GB (Roxy), 1853 (32 heures seront à retrancher de son parcours)

6- Marc Guillemot-FRA (Safran), 2237 (82 heures seront à retrancher de son parcours)

7- Brian Thompson-GB (Team Pindar), 2758

8- Dee Caffari-GB (Aviva), 3038

9- Arnaud Boissières-FR (Akena Verandas), 3050

10- Steve White-GB (Toe in Water), 3883

11- Rich Wilson-USA (Great American), 4841

12- Norbert Sedlacek-AUT (Nauticsport), 5905

13- Raphaël Dinelli-FRA (Océan Vital), 6104

14- Jean Le Cam-FRA (VM Matériaux), abandon, chavirage au sud du Cap Horn

15- Jonny Malbon-GB (Artemis), idem, Problème de grand-voile

16- Jean-Pierre Dick-FRA (Paprec-Virbac), idem, safran bâbord arraché

17- Sébastien Josse -FRA (BT), idem, Safran cassé

18- Derek Hatfield-CAN (Spirit of Canada), Idem, Barres de flèche cassées

19- Yann Eliès-FRA (Generali), Idem, Fracture à la jambe

20-Jean-Baptiste Dejeantly-FRA (Maisonneuve), idem, multiples problèmes d'usure

21- Mike Golding-GB (Ecover), idem, Dématâge

22- Bernard Stamm-SUI (Cheminée Poujoulat), idem, Échouage

23- Dominique Wavre-SUI (Temenos), idem Ennuis de quille

24- Loïc Peyron-FRA (Gitana Eighty), idem, Démâtage

25- Una Basurko-ESP (Pakea Bizkaia), idem, Bris au puits de safran tribord

26- Jérémie Beyou-FRA (Delta Dore), idem, Barres de flèches cassées

27- Alex Thompson-GB (Hugo Boss), idem, Dommages structurels

28- Kito de Pavent-FRA (Groupe Bel), idem, Démâtage

29- Marc Thiercelin-FRA (DCNS), idem, Démâtage

30- Yannick Bestaven-FRA (Aquarelle.com), idem, Démâtage