AGENCE FRANCE-PRESSE

Un festival de films français autour de l'amour extrême, en version non censurée, s'est ouvert lundi à Tokyo dans les locaux d'un distributeur de films japonais qui se bat depuis des années pour la liberté d'expression au Japon.

Takashi Asai, président de la société UPLINK, est bien connu des responsables de la censure japonaise: il a fait la une des médias la semaine dernière après un verdict de la Cour suprême l'autorisant à importer au Japon un livre de nus du photographe américain Robert Mapplethorpe.

«C'est une pure coïncidence que ce festival de cinéma se tienne quelques jours seulement après le verdict», a assuré à l'AFP M. Asai, dont la société, créée en 1987, publie des livres d'art, produit et distribue des films et documentaires d'auteurs.

Le festival, intitulé Extreme Love, est organisé avec le soutien du service culturel de l'Ambassade de France pour promouvoir notamment les oeuvres du cinéaste français Philippe Grandrieux, dont deux longs métrages, Sombre et La vie nouvelle, seront montrés dans leur version intégrale au public japonais.

Le programme affiche également deux films français, Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, et Une vraie jeune fille de Catherine Breillat, qui ont déjà été diffusés au Japon mais avec plusieurs scènes coupées ou floutées.

La nudité intégrale est interdite au Japon et les séquences de nu dans les films, japonais ou étrangers, sont floutées au niveau du bas ventre, y compris pour les films X.

Les quatre films et les 24 courts métrages d'auteurs, dont certains montrent des scènes de masturbation, de fellation, et d'accouplements, seront projetés jusqu'à dimanche dans une salle appartenant à la société UPLINK dans le quartier branché de Shibuya, dans l'ouest de Tokyo.

«Merci à la France d'avoir participé à la promotion de ce cinéma au Japon», a déclaré M. Asai, ajoutant: «La France jouit d'une liberté en matière d'érotisme que j'apprécie beaucoup».

«Dans le cinéma, nous ne sommes toujours pas libres au Japon», a-t-il regretté, en rappelant le cas du cinéaste japonais Nagisa Oshima dont le film culte, L'empire des sens, n'a toujours pas été montré dans sa version intégrale au public japonais.

«C'est triste. Pauvre pays», a déploré M. Asai.

Estimant que la société japonaise n'est pas une société adulte, il a expliqué que dans son travail de distributeur de films, il ouvre une fenêtre après l'autre. «Avant, on ne pouvait pas même pas montrer de poils pubiens. Maintenant c'est toléré», a-t-il rappelé.

«La Constitution défend la liberté d'expression. Donc n'importe qui peut en théorie regarder des images érotiques ou pornographiques. Mais la police l'entend différemment», a poursuivi M. Asai.

«Je ne suis pas un criminel. Je me bats contre la loi sur l'importation de produits étrangers qui met dans le même sac les armes à feu, les drogues et la pornographie», s'est-il défendu.

«Au Japon, même les chaînes de cinéma payantes pour adultes diffusent des films X où les organes sexuels sont floutés», a-t-il relevé, jugeant cette censure inutile à l'ère d'Internet où on peut tout voir librement.