Nudité ajoutée sans crier gare, chorégraphies et ententes contractuelles non respectées : trois ans après d’importantes réflexions suscitées par le mouvement #metoo sur la manière du tourner des scènes à caractère sexuel, des actrices se sentent encore forcées d’accepter ce genre de conditions de travail. De nouvelles mesures prises par l’Union des artistes cette année pour mieux protéger ses membres pourront-elles corriger la situation ?

Stéphanie Vallet
Stéphanie Vallet La Presse

« On dirait que je ne pourrai jamais plus faire des scènes de nudité »

Éléonore Loiselle avait 18 ans lorsqu’elle a accepté de tenir le rôle principal d’un long métrage tourné l’an dernier comportant des scènes assez dures de viol, de masturbation et de nudité. Attirée par la complexité de la psychologie de son personnage, la comédienne, qu’on a pu voir récemment dans La déesse des mouches à feu, L’échappée et Cerebrum, a choisi de relever le défi.

Éléonore Loiselle ne se doutait pas que ces 15 jours de tournage allaient la rendre craintive à l’idée de tourner à nouveau des scènes de nudité.

« En recevant le scénario, je me suis beaucoup questionnée. Ils avaient offert le rôle à deux autres comédiennes qui avaient refusé. Je trouvais la psychologie du personnage intéressante et j’aime les scènes très physiques. C’était un défi », se souvient Éléonore Loiselle. Il faut dire que l’actrice avait déjà tourné des scènes de viol et de nudité à l’âge de 15 ans dans le long métrage Dérive en 2017. Une expérience qui s’était déroulée dans les règles de l’art et qui a encouragé la jeune femme à accepter la proposition.

La comédienne a dressé d’emblée avec son agente une liste de limites et de souhaits concernant le tournage des scènes de nudité et de sexualité. « Je me disais que la production n’allait jamais me demander ce qui se trouvait dessus », lance-t-elle.

Même si elle a précisé ne pas vouloir faire de scènes de nudité le premier jour de tournage, la production lui a demandé d’effectuer une scène de masturbation dès son entrée sur le plateau.

« Le réalisateur et le producteur m’ont dit ne jamais avoir reçu ma liste. J’ai insisté pour qu’on aille discuter dans un café. Ils m’ont dit qu’ils ne pensaient pas qu’une scène de masturbation était compliquée, que c’était difficile de changer les plans. Je ne voulais pas commencer à mettre la marde, alors je l’ai fait pareil. Je ne me suis pas écoutée en faisant ça », confie-t-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Éléonore Loiselle, comédienne

La comédienne à peine majeure entreprend donc le tournage en simulant une masturbation, face à la caméra. Une expérience qui l’a particulièrement marquée.

« Le réalisateur a changé la chorégraphie. Dans l’annexe au scénario [que La Presse a pu consulter], c’était indiqué que la scène ne durait pas longtemps et que j’étais filmée de trois quarts dos. Finalement, ça s’est transformé en un long plan-séquence : je devais me plaquer contre le mur, me mettre face à la caméra et descendre par terre. Je me retrouvais jambes écartées, la main dans ma culotte devant la caméra », raconte Éléonore Loiselle. Celle-ci a reçu l’annexe de nudité (obligatoire selon la convention collective de l’UDA), qui détaillait seulement en partie cette scène de masturbation, un jour après l’avoir tournée, alors qu’elle aurait dû la recevoir au moins 48 heures avant le tournage.

D’autres requêtes de la comédienne concernant le tournage de scènes de sexualité, pourtant présentes dans les annexes au contrat, n’ont pas été respectées. « J’avais demandé d’avoir une présence féminine dans mon champ de vision dans ce genre de scène, mais, comme le décor qu’ils avaient conçu était trop petit, ce n’était pas possible. J’étais seule avec tous ces messieurs pour tourner une scène difficile de viol », ajoute-t-elle alors que la présence féminine requise a dû suivre la scène derrière la cloison du décor. La Presse a pu faire confirmer cette information par deux membres de l’équipe technique du film.

L’actrice est ressortie de ce tournage traumatisée à l’idée de tourner à nouveau des scènes à caractère sexuel.

Je me suis sentie comme un outil, une poupée Barbie. J’en parle et on dirait que je ne pourrai jamais plus faire des scènes de nudité. C’est comme impossible, c’est gênant. Comme ça c’était bien passé les autres fois, je trouvais ça correct d’en faire. Mais plus maintenant.

Éléonore Loiselle

Éléonore Loiselle a d’ailleurs décidé de déposer un grief (dont La Presse a obtenu une copie) afin de faire reconnaître le non-respect de son contrat et de la convention collective par la production. Elle a également fait une réclamation à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour un trouble anxio-dépressif qu’elle attribue à son expérience de tournage, mais celle-ci a été refusée (le dossier est en cours de révision).

« Plusieurs évènements relatés par la travailleuse ne peuvent être retenus comme étant du harcèlement et ne dépassent pas le cadre normal, habituel et prévisible du métier d’actrice », conclut le rapport de la CNESST consulté par La Presse. La commission souligne notamment le droit de gestion du réalisateur, c’est-à-dire sa liberté à pouvoir tourner des scènes selon son propre horaire. Elle précise également que la comédienne savait à la lecture du scénario qu’elle allait tourner des scènes « intimes » (scènes de viol et de masturbation).

Éléonore Loiselle sera par contre indemnisée pour une blessure à un doigt survenue lors d’une cascade de combat.

L’UDA alertée

Tout juste une semaine après le début du tournage, la mère d’Éléonore Loiselle a alerté l’Union des artistes concernant les conditions de tournage sur le plateau.

« Au départ, le but de mon appel était de connaître les recours possibles en cas d’abus, car ma fille s’était plainte à plusieurs reprises et était revenue épuisée et avec beaucoup de colère [du plateau] », se rappelle Pascale Laurent. Malgré ses démarches, elle a dû attendre jusqu’au 5 décembre, soit l’avant-dernière journée de tournage, pour qu’une avocate spécialisée dans les droits des artistes fasse une visite de courtoisie sur le plateau.

« L’UDA a débarqué sur le plateau, la femme parlait surtout à mon partenaire de jeu. Elle m’a glissé une carte en me disant qu’elle était là au besoin. Je n’ai pas dit un mot, mais à quoi elle s’attendait l’avant-dernier jour de tournage ? Je n’allais pas commencer à parler devant toute l’équipe sur le plateau. Ça n’avait aucun sens ! », s’exclame Éléonore Loiselle.

Jointe par La Presse, l’UDA n’a pas souhaité faire de commentaires afin de ne pas contrevenir à l’entente de confidentialité qui la lie à ses membres en cas de plainte ou de grief.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Sophie Prégent, présidente de l’UDA

« Je serais forcée de vous partager des informations qu’il m’est interdit de donner, précise Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes. Mais si c’est la question que vous me posez, ce ne sont pas nos façons de faire habituelles. On fait plus d’accompagnement que ça habituellement. »

C’est d’ailleurs en raison de l’entente de confidentialité liée au grief que la production n’a pas présenté sa version des faits à La Presse.

L’importance de connaître ses droits

Aucune annexe de nudité n’apparaissait au contrat signé par Maude Cyr-Deschênes il y a deux ans lorsqu’elle a décroché le premier rôle d’une série télé.

« Il s’agissait pourtant d’un personnage victime d’une agression sexuelle. Quand j’ai reçu le scénario, il y avait une scène où mon personnage essayait de faire l’amour avec son copain. Je trouvais très étrange qu’il n’y ait pas de nudité, alors mon agente a appelé la production qui lui a confirmé qu’il n’y en aurait pas », se souvient la comédienne de 21 ans, qui en était à son premier tournage.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE MAUDE CYR-DESCHÊNES

Maude Cyr-Deschênes

« Sur le plateau, la réalisatrice m’a dit qu’on allait faire un plan où je retire ma robe, qu’on allait voir un peu mes fesses et que j’allais prendre ma douche. Mon personnage venait d’être violé, il avait enlevé ses sous-vêtements et devait être nu en dessous de sa robe. Personne n’était au courant, alors les costumières n’avaient pas de cache-sexe pour moi. J’ai dû courir flambant nue dans un couloir jusqu’à la costumière qui m’attendait avec une serviette, se rappelle Maude Cyr-Deschênes. Je ne savais pas que je pouvais dire non. Je ne connaissais pas vraiment mes droits, c’était mon premier rôle et je ne voulais pas faire mauvaise impression », déplore la comédienne, qui a voulu déposer un grief à l’UDA il y a quelques mois, en vain : elle avait dépassé le délai prescrit de 60 jours pour le faire.

Annexe obligatoire et doublure

C’est pour éviter ce genre d’expérience que l’Union des artistes a fait deux ajouts importants, le 2 février dernier, à sa convention collective : un modèle obligatoire d’annexe au contrat signé par les acteurs détaillant les scènes de nudité ainsi qu’une clause leur permettant d’être remplacés par une doublure, même une fois leur contrat signé. Des changements qui devraient permettre de mieux protéger les artistes sur les plateaux de tournage.

Avant, on gossait une annexe en fonction des besoins du producteur et des volontés de l’artiste. Ça ne pouvait plus fonctionner, il y avait un problème de communication. Rien n’indiquait précisément comment l’annexe devait être écrite.

Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes

Mme Prégent s’est déjà retrouvée face à ce genre de situation en tant que comédienne. « J’ai déjà eu des scènes de nudité et l’annexe me donnait juste envie de pleurer ma vie, tellement elle était mal écrite ! Ça ne met personne en confiance ! », explique-t-elle.

L’UDA s’est donc inspirée d’annexes très étoffées pour créer son formulaire obligatoire, qui doit être rempli par les producteurs et remis aux comédiens au moins 48 heures avant le tournage.

Y figurent maintenant le degré de nudité exigé de l’artiste visé par l’annexe, mais aussi des autres artistes, la nature des accessoires, de l’habillement. « On a aussi considéré comme une scène de nudité les scènes où, même quand tu n’es pas nu, il y a des activités à caractère sexuel comme faire une fellation. Ça doit être fait selon les mêmes conditions et décrit dans l’annexe de nudité. Rien n’est laissé au hasard ! », lance fièrement Sophie Prégent.

En plus de cette description exhaustive de la scène, une nouvelle clause permet au comédien qui a accepté de faire une scène de nudité de changer d’idée et de ne pas l’exécuter, même s’il a signé l’annexe qui s’y rattache. Le producteur aura alors l’obligation d’utiliser une doublure. « Sauf que vous n’avez pas votre mot à dire sur le choix de la doublure : elle est jolie ou non, elle vous ressemble ou pas, le producteur peut choisir qui il veut », nuance la comédienne.

Pas besoin de se dévêtir en audition

C’est clairement indiqué dans la convention collective de l’UDA : il n’y a pas à y avoir de nudité lors de la première audition. « Si quelqu’un vous demande de vous déshabiller en audition, appelez à l’UDA, ça presse ! La responsabilité du membre est de lever le flag. Il n’y a pas de discussion possible, c’est de l’abus. Si tu as vraiment une scène où on doit voir ton corps, on doit parler à ton agent, tu dois être avisé et protégé », précise Sophie Prégent.

Cela n’a pas empêché Ariane-Li Simard-Côté de se faire demander de se dévêtir lors d’une audition pour la publicité… d’une institution financière !

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ARIANE-LI SIMARD-CÔTÉ

Ariane-Li Simard-Côté, comédienne

« On était deux [jeunes femmes] et, à la fin, on nous a demandé de nous dénuder le dos. Personne ne nous avait prévenues avant l’audition. Je me suis retournée pour le faire en lançant : “Quatre ans d’école de théâtre pour ça !” En sortant, je suis allée voir les comédiennes qui attendaient pour les prévenir. La directrice de casting m’a prise par le bras pour me dire de baisser le ton, car on ne le demandait qu’aux personnes considérées pour le rôle. Peu importe, je devais le savoir avant de me le faire demander. Dès que ça touche à la nudité, tu es censée être mise au courant à l’avance », clame la comédienne, qui s’est également fait demander des ajouts de nudité de dernière minute au scénario sur des plateaux de tournage.

On n’est pas assez éduqués sur nos droits. Il devrait y avoir des formations obligatoires à l’UDA à ce sujet et des accréditations chez les producteurs eux aussi formés au sujet des conditions de travail acceptables.

Ariane-Li Simard-Côté, comédienne

Comédienne et coach de jeu, Claudia Hurtubise est du même avis, elle qui a vécu une mauvaise expérience dans la foulée de la sortie du film Hochelaga, de Michel Jetté, il y a 20 ans. « Je me suis retrouvée avec ma scène sortie de son contexte, mise dans une bande-annonce qui passait en boucle dans les cinémas », raconte Claudia Hurtubise.

« Le réalisateur m’a montré ça lors d’une visite impromptue dans ses bureaux. J’ai figé, je pensais m’évanouir, comme si le sol s’ouvrait sous mes pieds. Je n’ai pas été capable de dire quoi que ce soit. Quand j’ai accepté la scène de nudité, je n’avais pas prévu ça. Je me suis sentie fraudée », confie-t-elle.

Une déconvenue qui l’a amenée à sensibiliser ses jeunes consœurs à l’importance de signer une annexe précisant si le producteur entend utiliser une scène de nudité à l’occasion d’une autopublicité.

Éléonore Loiselle déplore quant à elle avoir été laissée à elle-même, sans connaître ses droits, alors qu’elle venait d’avoir 18 ans. « On a cette perception que dès que tu as la majorité, ça change complètement. Et c’est là que ça devient dangereux. J’avais à peine 18 ans et on m’a laissée complètement seule. C’était vraiment : tu as choisi de faire ça, assume. À 15 ans, on s’assure que tu es à l’aise, que tu comprends bien », précise la comédienne.

Nathalie Duchesne, agente à l’époque d’Éléonore Loiselle et fondatrice de l’Agence Artistique Duchesne, considère sa cliente comme une victime. « Je suis tellement triste pour ce qui lui est arrivé. Son estime de soi est complètement tombée à zéro », précise l’agente d’artistes.

« C’est une réalité que les artistes doivent apprendre à dire non », ajoute-t-elle. « Mais c’est très difficile. C’est pour ça que je propose qu’un artiste soit toujours accompagné d’une personne quand il tourne ces scènes-là. Je ne vois pas d’autre solution. C’est trop lourd de mettre ça sur le dos de l’artiste seulement », ajoute Nathalie Duchesne.

Une ligne d’urgence pour les artistes

L’UDA a mis sur pied cette année une ligne et un courriel d’urgence. « Les artistes peuvent appeler pour dénoncer, avoir des conseils, 24 heures sur 24. C’est un cellulaire qu’on se passe à l’UDA et on est de garde à tour de rôle », précise la présidente. Les membres peuvent aussi accéder à un guichet unique, L’Aparté, une ressource que n’importe qui subissant du harcèlement sous toutes ses formes peut joindre au téléphone. « Quand les gens ne sont pas à l’aise de déposer un grief, on les réfère à L’Aparté. Ils offrent des conseils, du soutien psychologique, du soutien juridique, etc. », conclut Sophie Prégent.

Coordinateur d’intimité : la solution ?

La chaîne américaine HBO ne jure plus que par les coordinateurs d’intimité et exige depuis 2018 qu’ils soient présents sur les plateaux de toutes les séries qu’elle produit. À la manière des coordonnateurs en cascades, ils encadrent, conseillent, chorégraphient et assistent aux répétitions de scènes de nudité et de simulation d’actes de sexualité ou d’intimité.

Le syndicat américain des acteurs (SAG-AFTRA) et l’Alliance des artistes canadiens de cinéma, télévision et radio (ACTRA) revendiquent d’ailleurs l’embauche de tels experts afin d’éviter les dérapages. Au Québec comme au Canada, cette profession n’est pourtant pas encore reconnue par les associations de producteurs, mais l’Union des artistes compte bien continuer d’y travailler pour que ce soit le cas.

L’engouement de HBO pour les coordinateurs d’intimité est contagieux. Netflix, Amazon et Apple TV ont suivi le mouvement. D’après la BBC, il s’agirait d’ailleurs de la catégorie d’emploi qui connaît la plus forte croissance ces jours-ci dans l’industrie du divertissement.

Au Québec comme dans le reste du Canada, cette profession n’est pas encore reconnue, au grand regret de la présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent.

« Tant que ce n’est pas une fonction reconnue, il est impossible de l’imposer dans une entente collective. Et c’est toute une bataille légale pour y arriver ! », reconnaît Sophie Prégent, qui compte tout de même continuer à « taper sur le clou » au cours des prochaines années.

Lors du renouvellement de l’entente collective avec l’UDA, l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) n’a pas souhaité aller de l’avant avec cette solution pour mieux encadrer les scènes d’intimité.

Au moment des pourparlers [il y a un an], il y en avait peu sur le marché. Pas juste au Québec, même au Canada. Je ne suis fermée à aucune solution, mais le métier de coordinateur d’intimité n’est pas encore assez développé.

Geneviève Leduc, directrice des relations de travail à l’AQPM

« Les producteurs étaient très sensibles à la table. Ils n’ont pas retenu la solution des coordinateurs d’intimité, mais il y a plusieurs chemins pour arriver à Rome, et on a choisi des solutions de rechange », précise Mme Leduc, faisant ainsi référence à la nouvelle annexe obligatoire de nudité et à la possibilité de faire appel à une doublure en cours de tournage. L’AQPM dit n’avoir reçu aucune plainte depuis l’entrée en vigueur des nouvelles mesures, en février dernier.

Le combat de Lindsay Somers

Lindsay Somers est la toute première coordinatrice d’intimité engagée par HBO en 2018. Rien que l’an dernier à Toronto, 30 productions ont fait appel à son entreprise, Intimacy Coordinators Canada. Elle a également été appelée à travailler sur des productions québécoises comme Beans, de la cinéaste mohawk Tracey Deer, à propos de la crise d’Oka, sortie cet automne.

Comédienne pendant son adolescence, Lindsay Somers est devenue paramédicale et n’a pas tardé à rejoindre les plateaux de tournage pour exercer son métier.

En 2012, elle a commencé à travailler comme consultante auprès des acteurs pour qu’ils agissent de manière plus réaliste dans leurs rôles lorsqu’ils faisaient des actes médicaux.

« J’ai été témoin de nombreux dérapages et inconduites sexuelles dans l’industrie. Quand le mouvement #metoo est arrivé en 2017, il y a eu un momemtum pour faire bouger les choses », explique Lindsay Somers, qui a décidé de mettre sur pied la fondation AFTERMETOO et d’organiser des tables rondes de professionnels de l’industrie pour discuter des inconduites sexuelles.

« Je me tenais au fond de la salle et j’écoutais les discussions. Ça m’a frappée comme une tonne de briques : on avait besoin de quelqu’un qui serait l’équivalent d’un coordinateur de cascades pour aider les comédiens lors des scènes d’intimité », se rappelle-t-elle.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTIMACY COORDINATORS CANADA

Lindsay Somers, coordinatrice d’intimité sur des plateaux de tournage

En juillet 2018, HBO recourt à ses services, ce qui en fait la première coordinatrice d’intimité canadienne.

« Notre rôle débute bien avant le tournage pour faciliter la communication entre la production et les acteurs concernant les détails des scènes qui impliquent de la nudité ou la simulation d’actes sexuels ou d’intimité. Cela implique des réunions, et beaucoup de conversations. Parfois aussi des répétitions de scènes sexuelles simulées. Sur le plateau, on s’assure que tout ce dont on a convenu sera bien ce qui sera tourné. Il ne doit pas y avoir de surprises », précise-t-elle.

Lindsay Somers milite activement pour faire reconnaître sa profession. Elle s’est d’ailleurs associée avec Casey Hudecki, coordonnatrice de cascades, pour créer Intimacy Coordinators Canada, une association de coordinateurs d’intimité, en 2019.

« Il y a encore des producteurs qui me rient au visage quand je leur explique ce qu’est un coordinateur d’intimité et pourquoi il faut que cette profession soit reconnue par l’industrie. Certains ne comprennent toujours pas l’importance du consentement lors de l’interprétation de scènes d’intimité », note Lindsay Somers.

Comment explique-t-elle la réticence des producteurs à reconnaître cette profession si en vogue aux États-Unis ?

Certains pensent que nous allons être une police de la censure qui va les limiter sur le plateau. Mais ce n’est pas notre rôle. On est là pour encourager une bonne communication, faire en sorte qu’il y ait un consentement éclairé des interprètes par rapport aux propositions des réalisateurs et des producteurs.

Lindsay Somers, coordinatrice d’intimité

Le budget insuffisant de certaines productions doit aussi être pris en considération, bien que Lindsay Somers rappelle qu’elle n’a encore refusé aucune demande.

Son entreprise offre autant ses services pro bono à des productions du Canadian Film Center qu’elle accepte des contrats de grosses productions comme Handmaid’s Tale.

Avec la collaboration de Silvia Galipeau