Malgré leurs indiscutables retombées bénéfiques en matière d'environnement, on ne peut pas dire que les voitures hybrides sèment l'enthousiasme chez les passionnées d'automobiles. Elles ne sont pas désagréables à conduire et décrochent des scores de consommation enviables mais elles n'arrivent pas pour autant à toucher à la corde sensible des fanatiques du volant.

Mis à jour le 26 sept. 2010
Jacques Duval, collaboration spéciale
Jacques Duval, collaboration spéciale MONVOLANT.CA

Cette situation est sur le point de changer grâce, étonnamment, à un constructeur qui éprouve des ennuis à écouler ses modèles hybrides. Honda, pour ne pas le nommer, délaisse petit à petit (du moins au Canada) la commercialisation de l'Insight et de la Civic hybride tout en introduisant un joli petit coupé sport qui pourrait bien transformer l'attitude de la clientèle vis-à-vis des hybrides. En somme, Honda est loin d'avoir dit son dernier mot à ce chapitre. Le constructeur nippon ouvre en effet le bal avec la CR-Z, dont les propriétés d'adaptation risquent de convertir bien des sceptiques. Comment, direz-vous? En proposant trois modes de conduite, ECON, Normal et Performance. Selon votre humeur et vos besoins, la voiture accepte de dispenser les 122 chevaux de sa double motorisation de trois façons. Comme on aura pu le deviner, le bouton qui affiche ECON permet de minimiser la consommation... et, bien entendu, les performances. Et nul besoin d'être un essayeur professionnel pour s'en apercevoir. Le coupé CR-Z peine à la tâche et ne supporte vraiment ce type de conduite qu'une fois lancée sur la route. Dans la circulation, c'est carrément dangereux tellement la voiture répond péniblement aux impulsions de l'accélérateur. En revanche, vous verrez votre jauge de consommation récompenser votre patience en affichant une moyenne légèrement inférieure à 5 litres aux 100 km.

Ce qu'il faut retenir cependant, c'est qu'au bout d'une semaine d'utilisation, on a enregistré une consommation moyenne (en jouant sur les trois modes) de 5,7 litres aux 100.

Des performances modulables

La plupart des conducteurs de ce coupé opteront sans doute pour le mode Normal, qui est celui offrant le meilleur compromis économie/performance. Là où les choses s'animent, c'est quand on enfonce le bouton «Bonheur» (ou Performance), qui vous permet de bénéficier pleinement de la vocation sportive de ce petit véhicule. En un clin d'oeil, il modifie la réactivité de l'accélérateur, la fermeté de la suspension, l'assistance de la direction et l'appoint du groupe électrique IMA jumelé au moteur à essence, un quatre-cylindres i-VTEC de 1,5 litre. À l'épreuve du chronomètre, ce nouveau coupé hybride voit ses performances varier de 1,5 seconde dans le sprint 0-100 km/h, comme en témoignent les chiffres qui suivent: mode ECON, 11,9 secondes; mode NORMAL, 11,3 secondes; mode PERFORMANCE, 10,4 secondes.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Le nouveau coupé sport hybride Honda CR-Z reprend le style de la populaire CR-X en revenant à une carrosserie deux places, comme le premier modèle du genre de la marque japonaise.

Quand on fait référence au comportement routier d'une auto comme étant comparable à celui d'un «go-kart», c'est une comparaison souvent exagérée. Pas dans le cas du CRZ cependant, qui repousse et repousse les limites de l'adhérence et qui vous donne le goût d'aller toujours plus vite tellement il adore les routes en serpentin. Avec son empattement court et sa largeur importante, le coupé CR-Z enfile les virages comme s'ils n'existaient pas. Ni trop ferme, ni trop douce, la direction assistée électriquement devient alors un acquis précieux. Seul le freinage m'a paru manquer de vigueur en conduite sportive. Par contre, le levier de vitesse archi-court de la boîte manuelle à 6 rapports se manipule, selon le vieux dicton, comme un couteau brûlant dans une livre de beurre. Précisons que la CR-Z est la première hybride à offrir une boîte manuelle - on peut aussi commander une transmission automatique de type CVT.

La mauvaise nouvelle: deux places

Le moteur a une spécificité dont il faut être au courant. Quand il s'arrête dans la circulation dense, il faut enfoncer la pédale d'embrayage pour le faire redémarrer. Par contre, si, comme moi, vous vous mettez au point mort dans une descente ou que vous débrayez pour éliminer la compression moteur, vous pourrez vous retrouver dans la fâcheuse position d'être privé de moteur jusqu'à ce que vous pensiez à enfoncer complètement la pédale d'embrayage. À ne pas oublier!

J'ajouterai simplement que cette petite Honda est un délice à conduire en ville, mais que le plaisir serait encore meilleur si la visibilité arrière n'était pas aussi moche. La présence de deux fenêtres juxtaposées (l'une latérale et l'autre semi-horizontale) est certes originale, mais le design empiète ici sur la sécurité, ce qui m'apparaît inadmissible.

Ce qui risque cependant de nuire le plus à la popularité du coupé CR-Z est le fait que sa carrosserie est offerte uniquement en version deux places. En Europe, la voiture propose des places arrière, certes coincées, mais qui peuvent servir de dépannage à l'occasion. La CR-Z d'ici se contente d'agrandir sa capacité à recevoir des bagages, une solution qui fait rebrousser chemin à bien des acheteurs ayant visité un représentant Honda depuis l'arrivée de ce modèle 2011. C'est sans doute ce qui explique les faibles attentes de Honda Canada, qui ne comptent pas vendre, à un prix d'environ 25 000$, plus de 500 exemplaires de ce modèle pour l'année à venir.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

C'est de l'arrière que le coupé CR-Z affiche son unicité, au détriment toutefois de la visibilité.

Vert, bleu ou rouge

Ceux qui décideront de plonger ne s'ennuieront pas car, en plus d'une voiture immensément amusante à conduire, ils pourront se divertir par l'abondante instrumentation qui parsème le tableau de bord en respectant une parfaite ergonomie. Ainsi, le joli petit volant regroupe les commandes du système audio, le téléphone, le régulateur de vitesse et une foule d'informations. Le conducteur peut aussi obtenir à sa guise sa consommation instantanée, un atout précieux pour pratiquer une conduite économique. L'éclairage du tableau de bord adoptera d'ailleurs la couleur correspondant à votre façon de conduire, rouge (peu économique), bleu (entre-deux) ou vert (conduite écologique). J'ai bien aimé notamment le cadran simple affichant la vitesse en sa partie centrale et le régime du moteur (RPM) tout autour.

En prenant place dans le coupé CR-Z, on est tout de suite placé devant un immense pare-brise offrant une excellente visibilité. La grande poignée chromée servant à la manipulation des portières fait aussi un très bel effet. Un tableau de bord un peu mieux rembourré aurait cependant été le bienvenu.

Ce nouveau véhicule hybride est un modèle précurseur qui, pour la première fois, met en valeur le plaisir de conduire combiné aux qualités traditionnelles des voitures partageant leur motricité entre l'essence et l'électricité. Il eut été préférable que quatre personnes au lieu de deux puissent jouir du CR-Z qui, par son appellation, semble être le dernier modèle de cette série entamée avec la passionnante CR-X. Voilà une embûche que les responsables de la mise en marché auront à contourner pour que le principe même de cette voiture ait une suite.

Photo Jacques Duval, collaboration spéciale

Le tableau de bord de la Honda CR-Z n'est pas loin d'une arcade vidéo, avec sa multitude de boutons et de cadrans.