Chaque année, une soixantaine de Canadiens perdent la vie au volant d'une voiture aux États-Unis. Dans un cas sur 12, la victime dépassait la limite légale d'alcoolémie.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault LA PRESSE

Contrairement à ce qui se passe au Québec, ce sont les automobilistes de plus de 50 ans qui sont le plus souvent en cause.

Au Québec, l'alcool est en cause presque quatre fois plus souvent. «Les gens semblent plus prudents à l'étranger que chez eux pour ce qui est de l'alcool au volant, explique Guohua Li, épidémiologiste à l'Université Columbia. Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Par exemple, les Mexicains qui meurent au volant d'une voiture aux États-Unis, dépassent la limite une fois sur quatre. Nous pensons que la différence est due au fait que les Canadiens qui conduisent aux États-Unis sont généralement en voyage de tourisme ou d'affaires. Et donc une catégorie socioéconomique différente des Mexicains, qui généralement sont aux États-Unis parce qu'ils y travaillent, souvent avec un emploi en bas de l'échelle. Il y a moins d'alcool au volant dans les milieux plus aisés.»

Au Québec, plus de la moitié des automobilistes de moins de 45 ans qui ont péri au volant avaient une alcoolémie illégale, contre plus du tiers des plus de 55 ans. Selon le Dr Li, la proportion est inversée parmi les Canadiens aux États-Unis, probablement parce que les plus jeunes sont en voyage d'affaires et les plus vieux en vacances.

Les Mexicains sont aussi plus susceptibles de conduire saouls chez eux, mais la différence est moins grande que pour les Canadiens. Un peu plus du quart des 700 Mexicains qui sont morts au volant d'une voiture sur les routes américaines durant la période étudiée (1998 à 2008) dépassaient une alcoolémie de 0,08. La proportion grimpe à 45% au Mexique, selon une étude de 2003.

Le Dr Li, qui a publié ses résultats dans la revue Injury Prevention, s'est intéressé à la question à cause du débat sur les camionneurs canadiens et mexicains aux États-Unis. «Selon l'ALENA, il ne devrait pas y avoir de barrières pour les camionneurs. Mais les syndicats américains ont affirmé que les camionneurs étrangers posaient plus de risques parce que la réglementation américaine, notamment les tests antidrogue, était plus sévère. Nous avons voulu vérifier si les camionneurs canadiens et mexicains étaient plus à risque d'alcool au volant. Ce n'était pas le cas. Puis, nous avons étendu notre analyse à l'ensemble des automobilistes.»

L'épidémiologiste new-yorkais veut maintenant se pencher sur l'impact des drogues et des médicaments provoquant de la somnolence chez les conducteurs étrangers aux États-Unis.