(Indianapolis) Peu connu du grand public chez lui, le Français Simon Pagenaud a concrétisé dimanche son rêve américain en remportant les 500 milles d’Indianapolis, une des courses mythiques du sport automobile.

Raphaëlle PELTIER
Agence France-Presse

Unique Français à avoir remporté le championnat d’IndyCar en 2016 et premier vainqueur Tricolore à Indianapolis depuis un siècle, le pilote âgé de 35 ans est très populaire aux États-Unis.  

PHOTO MARK J. REBILAS, USA TODAY SPORTS

C'est la tradition aux 500 milles d'Indianapolis, Simon Pagenaud s'est aspergé de lait après sa victoire. Il est le 4e Français à remporter cette course disputée pour la 103e fois dimanche.

« Je veux remercier l’Amérique de m’avoir si bien accueilli et de me faire sentir chez moi », glissait d’ailleurs dimanche face à la presse le successeur des icônes nationales Mario Andretti, A. J. Foyt ou encore Rick Mears.  

Pourtant à l’époque où, enfant, il fait ses débuts en karting près de Poitiers, Pagenaud, né le 18 mai 1984, rêve plutôt de Formule 1, comme tant d’autres jeunes Européens, pour imiter son idole Ayrton Senna.  

Accession à la monoplace en 2001 grâce à sa victoire dans le « volant Elf » (incontournable concours de détection pour aspirants pilotes), Formule Campus, Formule Renault, World Series by Renault : son parcours est d’abord classique.

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Simon Pagenaud (No 22) a mené durant 116 tours des 200 tours de l'épreuve.

Mais ses résultats décevants en 2005 et ses difficultés à financer ses saisons le poussent à s’exiler aux États-Unis l’année suivante, à 22 ans, pour espérer faire carrière au volant sans passer par la case F1, contrairement à Sébastien Bourdais, l’autre Français de l’IndyCar.  

« Pas le choix »

« Arriver au plus haut niveau a été dur », se remémore-t-il. « Surtout quand vous ne venez pas d’une famille de passionnés de course automobile. Je n’avais personne dans le milieu. J’ai dû apprendre seul. Mais je pense que ça a été un avantage car je n’avais pas le choix, il fallait bosser ou c’était terminé. »

Amusante coïncidence, son exil coïncide avec la sortie du film humoristique Ricky Bobby : Roi du circuit (Talladega Nights) dont l’un des personnages principaux, le pilote français Jean Girard, venu de la F1, lui ressemble furieusement, ce que n’ont pas manqué de remarquer les fans américains !

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Simon Pagenaud, debout sur sa voiture après sa victoire.

Champion dès sa première année en Formule Atlantic, Pagenaud fait progressivement sa place au pays de l’Oncle Sam en passant par le ChampCar (depuis absorbé par l’IndyCar) puis l’endurance, avec le soutien de son mentor Gil de Ferran, ex-pilote brésilo-français devenu patron d’écurie.

En 2012, le natif de Montmorillon, (près de Poitiers), obtient un volant à temps plein en IndyCar, le plus prestigieux championnat américain de monoplaces, et les résultats tombent immédiatement.

Pour sa première saison, il est cinquième et la meilleure recrue. Il s’offre le premier de ses désormais treize succès l’année suivante, ainsi que la troisième place au classement des pilotes et de nouveau la cinquième en 2014.

Le Mans et le rallye de Monte-Carlo, « un jour »

Ses rêves de titre et de victoire aux 500 milles, course aussi prestigieuse que les 24 Heures du Mans ou le Grand Prix de F1 de Monaco, prennent corps quand il intègre en 2015 l’écurie Penske. Une institution, « l’équivalent de Ferrari en Formule 1 », explique-t-il.

Il a livré dimanche sur le mythique ovale d’« Indy » une course chevaleresque et maîtrisée de bout en bout, qui a enthousiasmé le public. « C’est un autre rêve qui se réalise, le plus grand rêve de ma vie », confie-t-il.  

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Simon Pagenaud et sa conjointe Hailey McDermott saluent la foule lors du défilé Indy 500 dans les rues d'Indianapolis.

La suite est et reste pour l’heure américaine. « Je veux encore plusieurs “Indy500” et plusieurs titres. C’est l’objectif », annonce Pagenaud. « Je mène déjà le championnat cette année, donc c’est fantastique. » Il a un point d’avance sur son équipier américain Josef Newgarden.

Pour retrouver son nouveau héros, la France devra attendre : « un jour, je veux retourner au Mans et gagner, mais je ne suis pas pressé. » Associé à Sébastien Bourdais en 2011, il avait terminé deuxième au volant d’une Peugeot 908.

« Un autre de mes rêves est de gagner le rallye Monte-Carlo mais ça n’est pas pour tout de suite. Probablement quand j’aurai 45-48 ans. »

René Thomas a été le dernier Français à remporter les 500 milles d'Indianapolis en 1914. Pagenaud est le 4e gagnant français.

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