(Paris) Le championnat du monde de Formule E, lancé en 2014, a atteint sa vitesse de croisière et va être encore renforcé par l’arrivée l’an prochain d’autres grands constructeurs comme Porsche et Mercedes, affirme son promoteur Alejandro Agag.

Jean-Louis Doublet
Agence France-Presse

« Aujourd’hui, on peut dire ; "c’est lancé". La Formule E est arrivée à un niveau où elle va continuer dans le futur », assure-t-il avant le ePrix qui se tiendra à Paris samedi pour la 4e année consécutive.

« Au début, la première saison et la deuxième, c’était pas évident, on ne savait pas si cela allait être une petite lumière qui s’allume et ensuite s’éteint. Mais la Formule E est maintenant au meilleur moment de son histoire avec plus de constructeurs, plus de villes, plus d’audience », souligne le promoteur espagnol lors d’un entretien avec l’AFP.

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L'ancien maire de Montréal Denis Coderre en compagnie du président de la FIA Jean Todt (au centre) sur le circuit urbain de Montréal en juillet 2017.

La formule E s'était installé à Montréal en 2017 en vertu d'un contrat de trois ans. Mais la gestion opaque de l'événement par l'administration municipale, le fiasco financier de la première édition et une polémique sur le nombre de billets donnés, entre autres, ont assombri le GP électrique. L'acceptabilité sociale d'un circuit urbain bloquant deux artères du centre-ville a aussi posé problème la la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, a décidé de retirer la ville du circuit, ce qui a entraîné une poursuite pour rupture de contrat.

D'autres villes n'ont pas eu ces problèmes. Les 13 courses du championnat se déroulent en milieu urbain sur des circuits tracés pour l’occasion dans des grandes métropoles comme Berlin, Hong-Kong, Mexico, New York, Rome ou encore des villes comme Dariya (Arabie saoudite), Marrakech (Maroc) et même Monaco, comme la Formule 1. Londres et Séoul rejoindront le calendrier l’an prochain.

JAGUAR, NISSAN, PORSCHE ET MERCEDES S'IMPLIQUENT

« Le rôle de la FE est aussi de promouvoir quelque chose qui est bénéfique pour la société comme les voitures électriques », estime Alejandro Agag, 48 ans, qui, outre la course automobile, s’est aussi frotté à la politique dans son pays et a même été député européen.

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Les grandes marques s'investissent de plus en plus dans la Formule E. Ci-haut, le pilote néo-zélandais Mitch Evans (à d.) celebre sa victoire au volant de sa Jaguar au GP électrique de Rome il y a deux semaines.

Porsche et Mercedes vont rejoindre l’an prochain d’autres grandes marques comme Jaguar, Nissan, Citroën, Audi, BMW et l’indien Mahindra, tous intéressés par le marché potentiel des voitures électriques.

« On essaie d’avoir les (constructeurs) Américains. C’est pas évident. On a deux équipes américaines (Andretti et Penske). On voudra avoir un constructeur ; le candidat idéal serait Tesla mais ils ne sont pas, pour le moment, prêts à le faire. Nous avons eu des conversations avec des gens comme Ford mais elles n’ont pas abouti à un résultat concret », déplore Agag.  

Pour l’instant, et compte tenu de l’autonomie des monoplaces, les courses se déroulent sur 45 minutes plus un tour mais la technologie devrait prochainement permette des ravitaillements éclairs en quelques dizaines de secondes.

« Le format va changer. Je pousse pour la charge éclair car c’est quelque chose de très important pour le développement de la voiture et de la mobilité électrique en général », affirme Agag, tout en précisant qu’il faudra attendre pour cela la « génération 3 » des voitures en 2023.  

LES CIRCUITS URBAINS SERONT PEUT-ÊTRE ABANDONNÉS

« Je ne pense pas que cela se traduira par des courses plus longues. Il faut des voitures plus légères, plus performantes avec des batteries plus petites qu’on pourra recharger une ou deux fois pendant la course, un “top up” (recharge, NDLR) très rapide de 30 secondes », espère-t-il. Il rappelle que les réglementations techniques sont du ressort de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). « C’est ce que je souhaite comme promoteur mais il faut respecter l’autorité de la FIA. »

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L'Anglais Oliver Rowland enfile sa Nissan dans une courbe sur le circtuit urbain de Rome le 13 avril 2019.

Cela pourrait aussi changer le type de circuits sur lesquels se déroule le championnat de Formule E. « Si on devient plus performants, il faudra peu à peu se déplacer sur des circuits en dehors des villes mais cela ne se produira pas à court terme », assure le créateur du championnat. Paris vient ainsi de reconduire son contrat jusqu’au moins 2022.

Si des modifications ne cessent d’être apportées tant aux voitures qu’aux règlements, ceux-ci se révèlent parfois un peu confus pour le spectateur, notamment sur les pénalités imposées aux pilotes.

« Les nouvelles voitures sont robustes, peut-être trop robustes, et les pilotes ne veulent qu’une chose, c’est gagner. Comme les voitures sont solides, ils poussent l’autre qui est à côté et on voit des courses avec beaucoup de contacts », rappelle Alejandro Agag qui appuie une réglementation assez sévère, tout en reconnaissant qu’il faut « trouver une juste mesure ».