L'acteur américain Bill Cosby, reconnu coupable d'agression sexuelle fin avril, ne connaîtra sans doute sa peine que mardi, un témoin de la défense n'ayant pu se déplacer lundi.

Mis à jour le 24 sept. 2018
THOMAS URBAIN AGENCE FRANCE-PRESSE

Le principal avocat de la défense, Joseph Green, a expliqué lundi que l'expert psychologue Timothy Foley, cité par la défense, ne pouvait être présent que mardi.

Le juge Steven O'Neill lui a demandé d'insister, mais a accepté de n'entendre l'expert que mardi, avant de se prononcer sur la peine du comédien américain.

Il faudra donc sans doute attendre mardi pour connaître la première peine post-Weinstein, après ce qui fut présenté comme le premier verdict #MeToo, du nom du mouvement anti-harcèlement.

Reconnu coupable par un jury d'avoir agressé sexuellement Andrea Constand un soir de 2004 à son domicile, Bill Cosby est passible de 30 années de réclusion au maximum.

Mais même une peine réduite serait une épreuve pour le comédien de 81 ans, amoindri physiquement et désormais quasiment aveugle.

Lundi, William Henry Cosby fils est arrivé au tribunal peu avant 8 h 30, accueilli par les cris d'une militante qui réclamait, avec un mégaphone, la fin de la prescription pour les crimes sexuels.

« Garde la tête haute, Bill », a lancé un homme au passage de celui qui reste, pour beaucoup, associé au personnage du Dr Huxtable, dans le Cosby Show. « Nous croyons en toi », a surenchéri une femme, tentant de couvrir le mégaphone.

À l'audience, qui a démarré peu après 9 h, étaient présentes Andrea Constand, ainsi qu'une petite dizaines de victimes présumées d'agressions sexuelles commises par l'acteur, qui ne sont pas concernées directement par cette procédure.

Dès la première suspension d'audience, elles ont toutes salué celle qui incarne leur combat, souvent en la prenant dans leurs bras.

La première partie des débats, entamés lundi, a été consacrée à la demande de l'accusation de voir l'octogénaire inscrit sur la liste des prédateurs sexuels violents de l'État de Pennsylvanie, comme l'a recommandé l'instance compétente, le SOAB.

C'est dans ce cadre que doit être entendu le Dr Foley, témoin de la défense, qui conteste cette classification, laissant notamment entendre qu'à 81 ans et atteint de cécité, Bill Cosby n'est pas une menace.

L'experte membre du SOAB a été entendue lundi et expliqué que, pour elle, Bill Cosby répondait bien aux critères relevant d'un prédateur sexuel violent.

Il y a encore cinq ans, Bill Cosby était considéré comme l'une des figures morales les plus éminentes des États-Unis, parmi les premiers acteurs noirs à avoir connu le succès, mais aussi militant inlassable de l'émancipation des Noirs.

Depuis, des dizaines de femmes l'ont accusé publiquement de les avoir agressées sexuellement, des faits prescrits à l'exception du cas de Mme Constand, le seul qui ait donné lieu à des poursuites pénales.

Sa réputation est d'ores et déjà ruinée, ensevelie sous les témoignages qui l'ont dépeint invariablement comme un prédateur sexuel au mode opératoire bien rôdé, qui comprenait, très souvent, l'administration de puissants sédatifs.

Condamné, mais libre ?

Après le prononcé du verdict, en avril dernier, le principal avocat de Bill Cosby, Tom Mesereau, avait clairement indiqué que le créateur du Cosby Show ferait appel de sa condamnation, quelle qu'elle soit.

Depuis, l'acteur a de nouveau changé de conseil, confiant sa défense à Joseph Green, son troisième avocat principal depuis son inculpation, fin décembre 2015.

Sollicité par l'AFP quant à un éventuel appel, Joseph Green n'a pas donné suite, pas plus que le porte-parole de Bill Cosby.

La loi de Pennsylvanie prévoit que si le condamné annonce son intention de faire appel dès le prononcé de la peine, le juge peut le laisser libre sous caution en attendant l'examen de cet appel.

En avril, immédiatement après le verdict, le procureur du comté de Montgomery (Pennsylvanie) avait demandé que Bill Cosby soit placé en détention.

« Il n'a pas d'avion, connard ! », avait alors éructé le comédien, montrant des signes d'agacement, pour la première fois depuis son inculpation, après que le procureur ait dit qu'il pouvait s'enfuir n'importe où dans le monde en jet privé.

Le juge O'Neill avait sèchement refusé la demande du procureur, rappelant que le comédien avait toujours respecté les conditions de son contrôle judiciaire et estimant qu'il ne présentait pas de risque de fuite.