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Audiogram a 30 ans: tout à l'artiste

«Quand je reçois un jeune artiste, répond le... (PHOTO SIMON GIROUX, LA PRESSE)

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«Quand je reçois un jeune artiste, répond le patron, je me demande: "Est-il habité par la musique? A-t-il quelque chose à dire?"», explique le directeur et fondateur d'Audiogram Michel Bélanger.

PHOTO SIMON GIROUX, LA PRESSE

Daniel Lemay
La Presse

Trente ans après avoir fondé «sa» maison de disques, Michel Bélanger dirige toujours Audiogram, l'une des plus prestigieuses enseignes du showbiz québécois. Là comme ailleurs, toutefois, le passé n'est pas garant de l'avenir...

Enfant, Michel Bélanger jouait de la guitare pour s'isoler: «Chez nous, on était sept dans un trois et demi», raconte ce «musicien avant tout» qui, arrivé dans l'industrie comme préposé à la distribution de disques (shipper), conçoit vite son projet de vie: il aura sa propre étiquette.

Mais il faut d'abord apprendre les métiers, ce qu'il fait en «autodidacte total»: distribution, vente, promotion - domaine où il fonde bientôt son propre bureau et travaille surtout pour Kébec Disc, que dirige Gilles Talbot, un entrepreneur très respecté par les artistes de sa maison: Dufresne, Thibeault, Charlebois, Rivard, Piché le barbu.

En 1980, Michel Bélanger remporte le Félix du «Bureau de promotion de l'année - Disque» au deuxième gala de l'ADISQ naissante, association de producteurs indépendants dont il deviendra le président. La chance de travailler en production se présente bientôt et il voit vite que l'industrie québécoise du disque «ne va pas assez loin en production».

«À l'époque, les maîtres du studio étaient les ingénieurs de son, des techniciens compétents, mais ce n'était pas leur rôle d'assumer la direction artistique, qui faisait grandement défaut.» Michel Bélanger vient de trouver sa voie. En 1984, «tout est à terre». Bélanger n'a pas un sou mais peut disposer d'un certain nombre d'heures de studio reçues en compensation d'arriérés de salaire.

Il lance Audiogram et produit trois singles. Sans suite. Puis il aborde Paul Piché. «Paul avait quitté Kébec Disc après la mort de Gilles Talbot [ndlr: dans un accident d'avion en 1982]. Je savais qu'il avait un disque prêt à sortir, mais je n'avais pas d'argent. Et il en fallait beaucoup, beaucoup... Trans Canada m'a avancé la somme et Paul s'est joint à moi. On a sorti Nouvelles d'Europe en septembre 1984 et on en a vendu 30 000 exemplaires, quatre fois les ventes moyennes de l'époque.» Cochez OUI, cochez NON...

Richard Séguin arrive peu après, avec un album dont il ne voit pas le bout. Bélanger loue le studio d'André Perry à Morin Heights pour 5000$, remixe Double vie, un hit dès sa sortie, qui sera certifié disque d'or, pour 50 000 exemplaires vendus.

Audiogram a le vent dans les voiles. Peut-être trop, même... «J'avais besoin d'aide en gestion», se souvient Michel Bélanger, gars de studio plus que de bureau, disait-on alors dans le milieu. «Le bureau, dit-il en souriant, est plus simple à déléguer...»

Un nouvel Audiogram voit le jour avec comme partenaires Spectra, le producteur de spectacles, et Rosaire Archambault fils, de la grande maison montréalaise. Audiogram devient ainsi la première entreprise québécoise à réaliser l'intégration disque-scène-distribution-commerce au détail.

Bélanger Frères

Le grand coup se produit en 1987 quand Michel Rivard - arrivé chez Audiogram avec son agent, Alain Simard, le patron de Spectra - lance Un trou dans les nuages. Bang! 250 000 exemplaires. Tassez les Félix, Je voudrais voir la mer...

Audiogram fait ensuite un premier saut dans l'humour avec The Disque de Rock et Belles Oreilles, puis dans la nouvelle génération, quand Rivard présente à Bélanger un jeune chanteur de Québec du nom de Jean Leclerc, alias Jean Leloup. En 1990...

Michel Bélanger, par contre, connaissait déjà bien le chanteur du groupe Humphrey Salade, Daniel Bélanger - son frère. «Avec Daniel, ç'a été long. Il fallait trouver la voix, trouver l'artiste et - c'est notre approche - les présenter tout de suite dans le premier album.»

Sorti en 1992, Les insomniaques s'amusent atteint le degré platine (100 000 ventes) et propulse «le frère de Michel Bélanger» à l'avant-scène. Aujourd'hui, c'est «le frère de Daniel Bélanger» qui se réjouit des honneurs que reçoit son cadet: l'hommage du Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, le week-end dernier, suivait le prestigieux Miroir de la renommée du Festival d'été de Québec, où Salomé Leclerc, une «émergence» d'Audiogram, a reçu le prix Espoir FEQ.

Comment assure-t-on la relève, à Audiogram? «Quand je reçois un jeune artiste, répond le patron, je me demande: "Est-il habité par la musique? A-t-il quelque chose à dire?" Pour Peter Peter, le seul artiste que nous avons en gérance présentement, la réponse m'a sauté aux yeux! Même chose quand j'étais allé voir Lhasa, dans un bar...»

Quelle est la principale différence entre les grandes années d'Ariane Moffatt et de Pierre Lapointe et l'époque pas si lointaine de la fondation d'Audiogram? «La dématérialisation de la musique, l'accès à la gratuité, légale ou pas, qui a donné naissance à une nouvelle économie. Et à de nouvelles relations contractuelles, toujours changeantes... Sur quelles bases se réorganiser pour être encore là dans deux, trois ans?»

Spectra et Audiogram se sont séparées à l'amiable en 1992, mais, aujourd'hui, les deux maisons sont en concurrence tant dans le disque qu'à la scène, Audiogram ayant commencé à produire les spectacles de ses artistes il y a quelques années. Rosaire Archambault est toujours là, discrètement attentif, et Audiogram s'est adjoint les services de Daniel Lafrance, «Monsieur Édition», de qui relève le management des droits, un champ d'une grande complexité. Dans son repositionnement stratégique, Audiogram se voit aussi comme agence artistique; pour l'heure, Peter Peter est le seul artiste que la maison a «en gérance».

Tout change, oui, mais certaines choses ne changeront jamais: «L'artiste a toujours besoin de quelqu'un à côté de lui pour l'aider à se voir mieux.» C'est là, à sa place et «pas jaloux du tout» que, la plupart du temps, on retrouve Michel Bélanger. Parce qu'il a fait la promesse à «l'autre» artiste d'être à ses côtés ...

Trente fois trente

Pour ses 30 ans, Audiogram a demandé à 30 auteurs-compositeurs-interprètes qui ont endisqué chez elle de revisiter une de leurs chansons dans une instrumentation dépouillée (au piano ou à la guitare acoustique, dans la plupart des cas). Enregistrées en une seule prise au Studio Victor (et également filmées), ces performances font l'objet d'un album triple intitulé Trente, qui paraît mardi prochain. Une manière de conjuguer au présent l'histoire de la maison de disques, avec des offrandes de ses tout premiers complices (Paul Piché, Michel Rivard) comme de ses plus récents protégés (Hôtel Morphée, Peter Peter, David Giguère).

- Frédéric Murphy

Leur expérience chez Audiogram

Paul Piché, Auteur-compositeur-interprète

«Trente ans dans la même maison de disques et j'en ai soixante... Tout est basé sur la fidélité: ça se fait à deux. En 1984, j'arrivais de Kébec Disc avec Nouvelles d'Europe, que j'avais produit moi-même. Ce qui m'a convaincu, c'est l'intérêt artistique de Michel Bélanger, son jugement par rapport à l'expression artistique, qui lui permet d'aider un artiste à peaufiner son statement et à garder le cap. Les artistes se l'arrachaient en studio, et il y avait même des chicanes quand Michel devait partager son temps. Le gars n'est pas là juste pour le cash...»

Jacques Primeau, Agent d'artistes

«Au début, Michel n'a pas accroché sur Ça rend rap. Avec Jocelyn Therrien [le claviériste], on est revenus avec un concept plus étoffé, The Disque, et il a vu le sérieux de la démarche musicale de RBO. Le scepticisme s'est alors transformé en enthousiasme. Avec Michel Bélanger, jamais les impératifs de marketing n'empiètent sur la création. Pour Arrête de boire, le séquenceur prévu était hors d'usage. On a voulu faire l'effet avec les voix - "A-a-a-arrête" -, mais Michel a dit "Non, on va trouver un autre séquenceur, retourner en studio et on sortira le disque quand il sera prêt."»

Isabelle Boulay, Interprète et productrice

«Pour moi, Audiogram, c'est de l'artisanat de luxe; une signature qui tient tout entière dans l'esprit de liberté et d'honnêteté que Michel Bélanger a insufflé à cette maison, dont j'avais déjà fait partie avant de lancer ma propre étiquette. Quand j'ai voulu faire mon album country, Retour à la source (2007), j'ai fait face à des résistances dans mon entourage. Je suis allée voir Michel Bélanger, qui donne toujours l'heure juste et qui est capable de se retirer de l'équation quand il ne croit pas en faire partie. J'ai retrouvé ce bonheur de côtoyer des gens qui travaillent de la même matière que moi.»

Bernhari, Auteur-compositeur-interprète

«Mon arrivée chez Audiogram, où je suis le dernier entré, est le résultat de belles conjonctures. C'est mon premier label et j'y ai trouvé l'appui total et inconditionnel de gens comme Mathieu Houde, le directeur artistique, qui ne m'a jamais demandé de changer d'approche ou de modifier mes propositions, une chose assez rare dans une industrie où on peut se retrouver seul très rapidement... Je trouve le même agrément, ces jours-ci, à faire la tournée de spectacles-promotion de mon album. Je me sens bien entouré.»




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