C’était l’ouverture, jeudi soir, du premier Festival de Lanaudière à « plein régime » depuis 2019. L’Orchestre symphonique de Montréal et son chef, Rafael Payare, occupaient la scène de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay dans un programme qu’ils redonneront la semaine prochaine lors d’une tournée sud-coréenne.

Publié le 1er juillet
Emmanuel Bernier Collaboration spéciale

Le directeur artistique Renaud Loranger a judicieusement rappelé avant le début du concert que le nouveau chef de l’OSM s’était produit à Lanaudière avec l’orchestre le 27 juillet 2019, une soirée qu’il s’est plu à estimer déterminante dans le processus de sélection du successeur de Kent Nagano. Ce dernier avait clos le dernier festival prépandémie avec la Troisième symphonie de Mahler. C’est lui qui avait repris le collier l’an passé avec la Quatrième symphonie du même compositeur, Payare n’ayant pu se dégager pour l’occasion.

Suite logique, c’est la Cinquième symphonie qui était au menu pour ouvrir l’édition 2022, avec un Concerto pour violon no 1 de Prokofiev mettant en vedette la grande Hilary Hahn en guise de hors-d’œuvre.

PHOTO ANNIE BIGRAS, FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE LANAUDIÈRE

La grande violoniste Hilary Hahn a interprété le Concerto pour violon no 1 de Prokofiev.

Une symphonie de Mahler bien rodée en prévision d’une tournée de l’un des meilleurs orchestres d’Amérique du Nord avec un chef passionné, le tout dans un cadre festivalier, pouvait-on demander mieux ?

C’est oublier que l’alchimie mahlérienne est un art difficile que peu réussissent à doser de manière satisfaisante. Car cette musique, peut-être plus que bien d’autres, est avant tout affaire d’atmosphère.

Différence d’interprétation

Premier constat : un manque de contrastes patent entre le premier et le deuxième mouvement. Pour le premier mouvement, Mahler précise : « Marche funèbre. Avec un pas mesuré, sévère. Comme une procession funèbre. » On s’attend donc à avoir quelque chose d’affligé et de posé.

Après la célèbre sonnerie de trompette du début, jouée avec un son large et cuivré par Paul Merkelo, Rafael Payare se lance dans une course folle, là où Mahler multiplie les pesante et schwer (lourd). Le thème lyrique aux cordes qui suit l’épisode initial est par conséquent dirigé de manière quelque peu indifférente, et non « un peu retenu ».

Quand arrive le deuxième mouvement, indiqué « orageusement agité, avec la plus grande véhémence », on ne sent guère de différence de climat, d’autant que le chef ne sort pas assez de ses gonds. Le deuxième thème aux violoncelles est néanmoins réalisé avec un art du chant remarquable.

Le troisième mouvement est peut-être le plus difficile à rendre, étant donné son caractère bigarré. Sous la baguette de Payare, on peine à sentir l’unité de cette courtepointe, le fil conducteur qui parcourt ce scherzo de près de 20 minutes. Le premier thème, où Mahler écrit « pas trop vite », manque simplement de bonhomie.

PHOTO ANNIE BIGRAS, FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE LANAUDIÈRE

Rafael Payare en concert, jeudi soir

Puis arrive le célèbre Adagietto, qui, sous son apparente simplicité, cache bien des écueils. Le « bon » tempo n’existe évidemment pas ici, d’autant que le compositeur intitule le mouvement « un peu lent »… tout en précisant « très lent » en allemand juste en dessous.

Bruno Walter séduit autant en le faisant en 8 minutes que Bernard Haitink en l’étirant à 14 minutes. Ce qui importe, c’est de nourrir le son, de « remplir » l’espace par le legato.

Mais Payare ne convainc guère ici, d'autant que le molto ritardando exigé dans l’ineffable première entrée des violons n’est pas vraiment respecté. L’idée de faire le retour du thème principal à la fin plus doux et plus lent que le début était toutefois plutôt intéressante.

Une fin en beauté

Le Finale, que le chef dirige d’un trait, était son meilleur moment, en particulier vu la longueur et l’hétérogénéité à notre avis rédhibitoires de ce mouvement.

PHOTO ANNIE BIGRAS, FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE LANAUDIÈRE

Rafael Payare en compagnie de la violoniste Hilary Hahn

Et le Prokofiev dans tout cela ? Il est tout à l’honneur de Hilary Hahn de jouer ce concerto sans trop s’écouter, comme le font trop de ses collègues. Elle s’amuse comme une petite folle dans les montagnes russes de cette partition, et cela devient communicatif.

On aurait toutefois pris quelques doses d’acide de plus, autant au violon qu’à l’orchestre, qui aurait gagner à prendre un peu plus de place et à davantage souligner les passages marcato.